Critique du film “Le goût des autres”
De quoi ça parle ?
Un chef d'entreprise peu porté sur la culture, va par obligation assister à une représentation de Bérénice, et tombe en adoration de l'actrice principale qui, par coïncidence, va être aussi sa prof d'anglais. Autour de ces deux là, leurs proches se retrouveront ou se trouveront et connaîtront succès ou déboires.
Un Jaoui / Bacri de légende.
Plus dense qu’ Un Air de Famille, ou bien plus profond que Cuisines et Dépendance.
J’ai eu envie de le revoir, un jour de mai 2025 sur Netflix.
Certes, il faut aimer ce genre de film, il faut aimer les scénarios d’Agnès Jaoui et là, il faut aussi se réjouir de découvrir sa première réalisation et son talent.
Ici, il y a tout, il y en a en fait pour tout le monde. C’est intimiste, c’est un beau plongeon dans la diversité des personnalités et leur interaction. Belle critique de la société, critique qui allie très bien subtilité et émotion.
Les personnages sont comme ciselés, peaufinés, sculptés, sans ne rien laisser au hasard, sans un mot de trop, surtout sans un mot absent. Même les personnages non présents dans le film (l’ancien coéquipier flic, la petite amie partie aux Etats-Unis) ont une importance dans l’histoire.
Rarement les dialogues ont eu dans un film autant de précisions.
Du travail d'orfèvre.
Ce film est une fable, une fable drôle. J’ai souri plein de fois, mais ce genre de sourire qui parfois vous pince aussi une larme. Il est possible que le rire que provoque Le Goût des autres, n’est pas uniquement un rire provoqué parce que le film est drôle, mais aussi parce qu’il est féroce et que sa férocité nous fait prendre conscience que peut être c'est de nous-mêmes que nous allons rire.
Pour soutenir cela, il fallait une sacré distribution, et il y a une sacré distribution, avec entre autres Lanvin et Chabat, respectivement ancien flic devenu garde du corps et flûtiste amateur devenu chauffeur, tous les deux amants de Agnès Jaoui.
Dès la première scène, ils donnent le ton.
J’ai trouvé que Xavier de Guillebon, dans le rôle de l’énarque qui s’adapte, donne le ton.
Une mention spéciale à Christiane Millet qui incarne Angélique, la riche épouse, attentive et naïve, décoratrice d’intérieure ratée, amatrice d’animaux et de décors type “bonbonnière”. Elle donne aussi le ton, autant que tous les autres, dans ce film.
Bien sûr, il faut aimer Bacri, aimer cet acteur si merveilleux dans les rôles du mélancolique bougon ; dans ce film, il est formidable.
Ces cinq acteurs, dès les premières scènes et avant même le générique, donnent vraiment le ton, et montrent bien ce qu’on va déguster avec délectation.
Puis arrive Anne Alvaro dans le rôle de la prof d’Anglais.
J’ai trouvé que Anne Alvaro était très douée, très bien dans le rôle de Clara, l’actrice. Très bien de voir la métamorphose de son attitude envers l’industriel amoureux gauche.
La sœur du chef d’entreprise, interprétée par Brigitte Catillon, me semble essentielle aussi dans ce film. Un beau complément dans la palette des personnages.
Et puis, bien sûr, Agnès Jaoui en employée de bar, serveuse dévouée et disponible et un peu dealeuse, est superbe, mais je suis fan, pas objectif.
Et tous les autres.
Je me demandais pourquoi je n’ai aperçu Jean Pierre Darroussin que quelques instants alors qu’il a une si grosse place dans la présentation du casting sur AlloCiné.
Je me demandais aussi pourquoi nous n’avons pas revu le père, Robert Bacri, dans un autre film. Je me demandais pourquoi, on n’a pas retrouvé Chabat dans les autres films de Jaoui. Mais peu importe.
Ce film est en fait autant un hymne à l’amour qu’une critique de la société, depuis longtemps dans la catégorie des chefs-d'œuvre et c’est à mon avis mérité, car il décrit si bien les subtilités de l’amour et de la difficulté des relations.
Ce film est toujours d’actualité. Il n’a pas vieilli d’une ride.
Ma note : 5.
Mon conseil : à voir au plus vite si pas déjà vu.
Attention : ce n’est pas un film d’action. Pas de rafales de mitraillette, pas d’hémoglobine, pas de poursuites en voiture.
Ma compréhension de cette histoire : l’amour ne triomphe peut-être pas toujours, mais il trouve toujours un chemin, son vrai chemin.
Et, il va de soi que c’est aussi à revoir au plus vite bien sûr si comme moi, vous êtes très fan de ce genre là, fan de Agnès Jaoui et Jean Pierre Bacri, fan du cinéma qui provoque une grande émotion.