Nourriture du corps, nourriture de l'esprit. Jonathan Nossiter aime le vin, Jonathan Nossiter aime le cinéma. Ces deux assertions suffisent à rendre d'emblée le personnage éminemment sympathique et l'idée d'associer, 10 ans après "Mondovino", ces deux passions au sein d'un même documentaire, sous l'angle de la préservation du patrimoine et au nom d'une certaine éthique et d'une certaine authenticité, est extrêmement séduisante. Pourtant, le résultat est plutôt décevant. La partie cinoche, surtout, le sujet n'étant vraiment que survolé, pour faire un lien artificiel avec le discours sur l'agriculture. Quant au choix des extraits de films censés illustrer le propos, il laisse vraiment perplexe. La poitrine généreuse de Sabine Haudepin dans "Max mon Amour", par exemple, c'est très bien mais il dit qu'il voit pas le rapport. Pour la partie pinard, c'est beaucoup plus réussi, grâce notamment aux différents intervenants dont le combat illustre parfaitement le titre du film, "Résistance naturelle". La plupart des docs consacrés au monde paysan se focalisent essentiellement sur les souffrances des petits agriculteurs, sur leur impuissance face à la modernité et face à la compétition des "autres", ceux qu'on ne voit (hélas) jamais, ceux qui polluent, roulent en Mercedes et se gavent de subventions. Même si le cas de ces moulins à vent est un peu abordé ici à travers notamment les aberrations kafkaïennes des certifications agro-alimentaires, pas de crises de larmes, pas de pathos mais une volonté de persévérance donquichottesque dans ses idées et dans sa vision du métier. Alors bien sûr, les points de vue militants tous orientés dans la même direction et l'enthousiasme débordant et parfois un peu gênant du réalisateur (on atteint par exemple le point Godwin avec une rapidité inouïe quand Nossiter affirme à son interlocuteur que sélectionner tel ou tel plant de vigne pour le cloner, c'est la même chose que ce qu'on fait les nazis en matière de politique raciale. Ah ouais ?) doivent délivrer leur lot de contre-vérités mais comme on est plus ici dans le domaine de la thèse enflammée plutôt que dans celui de la froide objectivité, ça passe. Ca passe d'autant mieux que Nossiter intègre assez judicieusement et astucieusement des images d'archives tirées d'un vieux documentaire des années 60 sur l'évolution du monde agricole en Italie. Par contre, on lui pardonnera difficilement la séquence d'animation assez hideuse du début du film qui compile un certain nombre d'amalgames douteux. In vino veritas, d'accord, mais attention à ne pas trop déborder.