STILL THE WATER de Naomi Kawase
J’ai enfin pu voir « Still The Water » au cinématographe nantais dans le cadre de son cycle « prendre le large : grands espaces en scope ». Il est sorti en 2014, plus d’une décennie après le très beau « Shara » de la même réalisatrice. De ce film, je conserve une émotion particulière. Elle m’aura fait courir au début de l’été dans l’ancienne capitale nippone, la ville de Nara, avec la tentation intime d’y retrouver un peu du son réalisme surnaturel. Là où la frontière entre le réel et l’imaginaire semble si floue.
« Still The Water » n’échappe pas à cette ambiance propre à la culture nippone. Mais ce film m’aura encore plus enthousiasmée, j’en suis ressortie subjuguée.
Un typhon vient de passer sur les îles Amami. Le corps d’un homme tatoué, a été rejeté par la mer. Le jeune Kaito est profondément marqué. Tandis que son amie, Kyoko, assiste à la fin de vie de sa mère. La petite île est en émoi, et les adolescents ne doivent pas s’approcher du rivage.
Des êtres vivants habitent des espaces de la nature, à moins que ça ne soit complètement l’inverse. La nature apparaît avec une force de vie, une puissance qui saisit les êtres vivants. Il devient nécessaire pour eux de pouvoir dialoguer avec elle.
La ruralité, les rites ancestraux du quotidien, la séparation, l’harmonie, la pulsion de vie et la mort sont ici très présents. Ces thèmes sont récurrents dans l’œuvre de Naomi Kawase. Les ancêtres de la réalisatrice viennent eux aussi d’Amami, ces îles aux chants et aux danses traditionnels uniques. Ils sont présents dans le film et permettent aux vivants de communier ensemble.
Avec sa caméra, la cinéaste filme de manière intimiste la nature, comme elle s’attarderait sur les rides d’un visage pour en capter l'expression. Nous percevons la montagne boisée, telle la peau de la terre. La mer rugissante ressemble elle, à un Dieu en colère.
Il y a dans ce film une fluidité dans l’image. Il s’en dégage une poésie mystique, superbe et douloureuse à la fois.
Still The Water (Japon – 2h01) de Naomi Kawase avec Nijirõ, Jun Yoshinaga, Miyuki Matsuda, Tetta Sugimoto, Makiko Watanabe, Jun Murakami, Fujiio Tokitunea