Depuis plus de 15 ans, la réalisatrice japonaise Naomi Kawaze fait partie des réalisateurs invités très régulièrement au Festival de Cannes. Caméra d'Or avec "Suzaku" en 1997, elle est revenue en compétition officielle en 2003 avec "Sharasojyu", en 2007 avec "La forêt de Nogari" (Grand Prix du Jury), en 2011 avec "Hanezu, l'esprit des montagne" et, en 2014 avec "Still The Water". Cette année, beaucoup la voyait aller très haut dans le palmarès et furent déçus de la voir repartir bredouille. Pas moi, je l'avoue ! Certes, Kawaze ne me laisse jamais indifférent mais ses films sont tellement particuliers que la réception qu'on en a dépend beaucoup de sa forme du moment et je ne devais pas être très disponible le jour où j'ai vu "Still The Water". Alors que j'avais énormément aimé "Sharasojyu", que j'avais beaucoup aimé "Hanezu, l'esprit des montagne" et que mon jugement était incertain après avoir vu "La forêt de Nogari", "Still The Water" m'a passablement ennuyé. Certes, c'est très beau, certes, il y a plein de bons sentiments, certes il y a une ou deux scènes très fortes mais, mais ... Je ne suis pratiquement entré dans ce film. J'en ai presque honte, en tout cas je le regrette. En plus, un film où beaucoup de scènes voient les 2 jeunes protagonistes circuler à vélo !!
Quand j'ai vu ce film je n'en connaissais que le nom de la réalisatrice (que je ne connaissais que par des avis partagés sur "shara"). Je suis sorti de la salle en ayant la certitude d'avoir vu un chef d'oeuvre. Je conseille donc de ne pas lire quoi que ce soit avant d'aller voir ce film...
La sensation du festival de La Rochelle. Pour ceux qui ont vu et pas oublié "La forêt de Mogari", on retrouve ici cette attention aux êtres humains et à la nature. Les trois thèmes de la mer, de l'amour et de la mort s'entrecroisent avec subtilité. Les deux adolescents vivent un amour juvénile difficile, tant ils sont prisonniers des parents à problèmes : la mère de la jeune fille a un cancer en phase terminale, et le jeune homme ne sait pas pourquoi son père a quitté sa mère. Il est en manque de repères donc. C'est un film d'une rare délicatesse. Sublime de mon point de vue. Et d'une beauté à couper le souffle...
Sensoriel, délicat, minimaliste : le cinéma de Kawase poursuit son exploration des tourments de l'homme au sein d'une nature ici plus hostile que paisible. Une somptuosité esthétique.
« Still the water » se déroule sur une île de l’archipel d’Amami au Japon. Par son inscription très profonde dans la nature de cette île et dans les rapports qu’entretiennent les habitants avec cette nature, « Still the water » semble en permanence à la recherche de ce qu’on appelle « la grâce » au cinéma : lorsque, par le jeu des acteurs, la lumière, l’adresse d’un mouvement de caméra ou d’un raccord, des images d’un film réussissent à se connecter à une émotion pure. C’est un état où la scène d’un film semble tout à coup excéder le cinéma et en même temps le réaliser, l’accomplir le plus parfaitement – c’est un moment toujours bouleversant pour le spectateur. Or, fort regrettablement, ce film de Naomi Kawase échoue presque constamment à atteindre cette grâce.
A l’instar du reste de la filmographie de Naomi Kawasi, "Still the Water" reste dans la contemplation avec une portée ésotérique très forte. Du coup, on parle de cinéma exigeant. Pourtant, il n’est pas renfermé sur lui-même et laisse passer de nombreuses émotions. On retiendra quelques scènes emblématiques notamment lorsque des danseurs viennent honorer la mère mourante, qui semble revivre au contact de la musique.