Librement inspiré des faits qui ont secoué l’Autriche voici une dizaine d’années (les affaires Kampusch et Fritzl notamment), “Room� développe une approche cinématographique atypique, qu’on pourrait qualifier “d’intérieure�, des affaires d’enlèvement et de séquestration ; une vision qui ciblerait la victime plutôt que ceux qui, à l’extérieur, souffrent de son absence ou la recherchent activement. “Room� ne cherche d’ailleurs jamais à transformer son point de vue de départ en leçon de courage et de lutte pour la vie comme le ferait tout bon Thriller américain : pour cette jeune femme détenue depuis des années dans une pièce de quelques mètres carrés avec le fils que lui a donné son ravisseur, les journées passent, mornes et répétitives, seulement troublées par les visites de leur geôlier venu apporter des provisions ou satisfaire ses besoins sexuels. Si “Room� ne fait pas l’impasse sur le côté désespéré de cette existence ni sur les plans d’évasion que fomente la jeune femme, ces considérations ne constituent même pas le pivot de la première moitié du récit : c’est à travers les yeux de l’enfant que se révèle la vérité de cet “univers� tout entier contenu entre quatre murs, un enfant qui ne perçoit de la réalité que les reflets transmis par l’écran de télévision, et pour qui chaque recoin et chaque parcelle de cette pièce-monde est porteur de sens exacerbé. Le coup de théâtre survient dès la moitié du film, lorsque la mère et son fils s’évadent : débutera le difficile processus de réadaptation au monde réel. Là aussi, c’est la capacité d’émerveillement de l’enfant qui lui permettra de surmonter l’obstacle, alors que sa mère, prisonnière mais aussi figure démiurgique de leur ancien monde, peine à trouver un second souffle. Une des plus grandes forces de “Room� est de ne jamais s’apesantir sur la nature foncièrement anxiogène de son sujet et de ne pas perdre son temps à dénoncer quoi que ce soit : pour évoquer ces épreuves tels qu’elles peuvent être perçues à hauteur d’un enfant de cinq ans, le film fait le choix d’une fable, où se bousculent pêle-mêle la figure de l’ogre des contes de fées, celle de la métamorphose qui entraîne la résolution de tous les enjeux, l’évocation des sociétés distopiques aux règles ubuesques ou celle du mythe de la caverne. Dans sa seconde partie, “Room� emprunte des sentiers plus prévisibles, plus “statuettisables�, ceux d’une lutte purificatrice dont l’issue serait nécessairement positive. On aurait préféré qu’il creuse davantage ce changement vertigineux de paradigme qui frappe l’adulte et l’enfant, forcés de se réadapter à l’altérité pour l’une, de renverser radicalement sa perception abstraite de l’univers pour l’autre. En toutes circonstances, le résultat demeure humble face au drame, jamais enclin à verser dans la démagogie dramatique, et ces qualités s’avèrent largement suffisantes pour rendre “Room� très différent du film d’enlèvement lacrymal moyen.