S’il s’inspire respectueusement d’un fait social avéré, le soutien aux mineurs gallois en grève par un groupement gay, Pride, comédie sociale engagée, n’épargne pas le public de son ton bon enfant, tout beau, tout rose. Pour autant, le film de Matthew Warchus s’affiche comme un succès populaire indéniable, non seulement au Royaume-Uni, mais partout à travers le monde. Disciple du maître Ken Loach, le cinéaste tisse une représentation édulcorée d’une époque difficile pour la classe ouvrière britannique, pour les milieux sociaux mal considérés, les groupes gays et lesbiens, notamment. Si d’apparence il paraît difficile de faire cohabiter les homosexuels et les mineurs gallois, l’entraide face à la rigueur du gouvernement, en particulier face à l’inflexibilité du Premier ministre de jadis, Margareth Thatcher, se montre plus fort que les aprioris et toutes autres considérations. Oui, il est clairement ici question d’une curieuse alliance permettant un communautarisme solide face à l’autorité vieux jeu qui domine les provinces britanniques. Pourquoi pas.
L’humour, marque de fabrique des artisans flegmatiques mais doué d’humanité qui suivent clairement les pas du toujours le même Ken Loach au Royaume-Uni, prend une part considérable des débats. Certes, le sujet est grave mais le traitement, lui, est sévèrement plus léger. Le monde est beau, oui, mais il est parfois essentiel de faire preuve d’entraide, d’humanisme, pour contrer ce qui est mal. Voilà bien un postulat socialiste qui fait merveille auprès des classes ouvrières, notamment celles du Royaume-Uni, là où le partit des travailleurs pèse un poids considérable sur la scène politique nationale. Si Pride charme de par sa bonne humeur, son ton léger, il n’en reste pas moins un produit très formaté, l’équivalent anglais du stéréotype de la famille dans les comédies américaines. Peu de surprise, donc, lorsque tout le monde se retrouve finalement bons amis, n’affichant ni ressenti ni mesquinerie envers autrui, tous liés dans la lutte pour les droits civiques. On trouve ça sympathique.
Mais le succès de Pride réside d’avantage dans son casting varié, sa mise en scène et son humour savamment dosé. Oui, l’histoire narrée est intéressante, certes édulcorée, mais elle n’est pas la force première d’une comédie qui réunit un grand nombre d’intervenants, tous bien différents les uns des autres. Coté gay, entre ceux qui assument et vivent avec du recul leur homosexualité et ceux qui n’ont pas encore entrepris leur Coming-Out, une mer s’étend. Du côté de la communauté galloise, dont les hommes sont les bras et les femmes l’esprit, c’est du moins le postulat de Matthew Warchus, les différences de point de vue sur cette aide bienvenue mais gênante constituent le nerf de la guerre. Divers personnalités s’affirment, prenant part au débat, prenant parti. Ce rassemblement de caractères, de mœurs, donne lieur à quelques savoureux moments de satyre social, de comédie. Il faut en effet avouer que les comédiens qui composent cet univers ne sont pas nés de la dernière pluie, Bill Nighy, Paddy Considine et Dominic West en tête.
Voilà donc une comédie populaire dans l’air du temps, à l’heure ou le cinéma aime revenir sur des évènements passés avec le regard de la société d’aujourd’hui. Oui, il est clairement plus aisé de promouvoir les valeurs sociales d’une communauté gay en 2014 que cela l’aurait été aux termes des années 80. Pride nous prouve aussi que les britanniques aiment rire de leurs sociétés passées ou récentes, que l’engagement est au centre des productions comiques sur l’île de sa Majesté et que cette passion pour des sujets aussi sociaux dépassent leurs frontières par connaître le succès partout ailleurs. S’il n’était pas aussi niais, naïf, Pride aurait pu certainement s’imposer comme un incontournable absolu. 12/20