Quand un réalisateur allemand décide de faire basculer la vie d'une jeune étudiante espagnole, fraichement débarquée à Berlin, en un seul plan séquence de 2h14, sans aucune coupe, ni aucun montage, caméra au poing, on ne peut qu'être emporté. D'autant que le résultat est assez génial et que les acteurs, après 2 premiers essais qui avaient malheureusement échoué, ont fini à la troisième et dernière prise, par se livrer totalement et faire de ce projet une pièce unique, dramatique, crispante, virevoltante, sale et élégante à la fois...On ne peut qu'admirer la performance de l'actrice principale Laia Costa qui, à la sortie d'une boite de nuit, se laisse convaincre de suivre un groupe de mecs un peu pommés, marginalisés, mais toujours légers, vrais, entiers...A noter également une gueule, celle de Frederick Lau, qui parvient à frapper juste avec un naturel déconcertant, touchant malgré une certaine dureté imposée. S'en suit une aventure insensée, esthétisées par les rue d'un Berlin encore endormi, déserté et déstructuré. Prouesse également des équipes autour et particulièrement du cameraman qui, sans relâche, suivra ce groupe jusque dans des endroits très retranchés de la ville, théâtre idéal d'une passion naissante entre 2 êtres plongés malgré eux dans la tourmente, minute après minute. Au final, Victoria bénéficie d'un rythme à couper le souffle, d'acteurs dont on sent qu'ils ont absolument tout donné pour servir un scénario très bien ficelé et surtout magistralement orchestré. Récompensé aux Ours de Berlin, Victoria est un film à part, d'une génération écorchée où le jeu d'acteur, l'intensité des énergies rassemblées, prime sur tout les artifices d'un autre cinéma plus classique aux angles arrondis. Un film de Sebastian Shipper,réalisateur passionné et surdoué, qui joue avec nos nerfs, nos émotions et ne s'empêche jamais de nous faire malgré tout rêver.