Une superbe adaptation, du « petit » roman culte et sulfureux, de Paul Morand « Hécate et ses chiens ». Et pourtant la mission semblait impossible.
Un sujet ultra-délicat, qui semble inadaptable : l’amour fou d’un jeune diplomate, bien sous tous rapport, pour une superbe belle jeune femme, seule , séparée de son mari, dans le Maroc colonial des années 30 .
Un amour passion, qui basculera vite dans la recherche effrénée du plaisir intégral, de l’orgasme et de la réalisation de fantasmes. On est sur une thématique très moderne de la libération de la femme, de la recherche de son plaisir, de sa fantasmagorie puis du passage à l’acte, pour un érotisme border line . A cette époque on appelait cela le « vice » .
Ici le diplomate perdra pied, entraîné dans la luxure. La jeune femme s’intéresse aux enfants, on comprend que c’est ce qui lui procure des sensations fortes, une extase. Elle entrainera son amant dans ce puits sans fond, ce basculement vers l’interdit . Il faut comprendre les enfants comme une allégorie de la transgression, pas comme on pourrait l’entendre aujourd’hui.
L’esprit du livre est complétement présent, ce climat érotique, en quête d’extrême. Il faut se rappeler que le livre est écrit en 1954, bien avant Bataille , Emmanuelle Arsan, Jeanne de Berg, Robbe Grillet, ou Mandiargues
Comme le faisait très bien le livre, qui décrivait, mais surtout en suggérant sans détail explicite, loin du sordide , avec une écriture stylé , et fine comme de la dentelle , Daniel Schmid arrive à filmer l’infilmable, mais avec style et luxuriance, le film reste presque pudique , on aborde cette sexualité hors norme , avec respect et délicatesse.
Morand était un grand styliste, et ce livre est un de ses meilleurs avec « l’Homme pressé » et « le Flagellant de Séville » . Un auteur un peu oublié du fait de son passé ambigu sous l’occupation, il reste un écrivain majeur du XXe siècle , pas loin derrière les deux géants du XXeme , qu’étaient Louis- Ferdinand Céline et Marcel Proust,
Une réalisation ultra sophistiquée, éclairage dans les Ryads marocains sublimes, en bleu Majorelle, Médina de Fez , comme si on y était, ruelles sombres , personnages troubles, ombres sur les visages, couleurs ocre et terracotta . Dialogues très bien adaptés de Pascal Jardin, le « Zubial » , grand scénariste français (filleul de son mentor Morand) .
Et le couple d’acteur principaux, excellente Lauren Hutton sublime de beauté magique, qui tient là un de ses meilleurs rôles , jouant avec beaucoup de finesse , de justesse et de grâce, ce personnage impossible ; et B. Giraudeau qui tient un rôle majeur, épatant, resplendissant dans ses costumes de C. Dior superbes.
A noter les très bons seconds rôles de Jean Bouise et Jean Pierre Kalfon, et une bande son exceptionnelle avec, entre autres , des musiques arabes envoutantes et des tangos argentins très 20’s.
Une très belle œuvre de Pascal Schmid , cinéaste oublié, à redécouvrir.