Comme il est bon de « plonger » dans un film sans aucuns aprioris, en n’ayant uniquement vu l’affiche de loin, je savais simplement que Gilles Lellouche jouait dans le film et basta !
J’ai donc découvert un film en trois mouvements assez inégaux, avec des passages maladroits, très 1er degré, parfois un peu appuyés et pourtant, je suis sorti de la salle troublé, car ce film ouvre à de belles réflexions sur le couple, qui subsistent après son voisinage. Ces dernières viennent de très belles phrases tirées du roman de Christophe Ono-Dit-Biot, mais aussi de belles images qui les mettent en valeur. Mélanie Laurent a vraiment fait un travail personnel sur l’image et la forme est très esthétique.
Dans la première partie, on assiste à une rencontre forte entre deux êtres différents. La passion est bien là, mais le temps maussade et une distance naissante se ressent déjà, surtout par un jeu de lumières oscillant entre des tonalités grises et des tons oranges. Le malentendu de la rencontre a fonctionné, mais on sent que l’équilibre est des plus fragile. La passion physique comble les failles… Malgré l’hiver glacial, c’est un peu «37°2 le matin » tous les jours.
Prénommée Dolores par le baptême, elle a choisi Paz comme nom d’artiste. Entre la douleur et la paix, il y a une forte distance qui semble diminuer au fur et à mesure et qui annonce un conflit intérieur profond. María Valverde est tour à tour charnelle, lumineuse, troublée et troublante.
Dans la seconde partie, la passion décroît, les barrières du langage, des cultures et surtout des aspirations commencent à s’ériger et deviennent incontournables au fur et à mesure que le mal être et les doutes de Paz croissent. César ayant beaucoup voyagé par le passé aspire à une tranquillité casanière et immobile, Paz est assoiffée de rencontres, de nouvelles expériences, elle veut aller vers un courant porteur et explorer les profondeurs, comme celles qui l’habitent.
Sa créativité est bloquée et la fuite semble l’unique solution pour celle qui n’avait pas particulièrement désiré avoir un bébé. Le film aborde alors un thème peu évident : celui de l’abandon d’un enfant par une mère, dans une scène poignante et déchirante, qui s’oppose aux quelques maladresses d’un psychologisme un brin forcé entrevues auparavant.
Dans la dernière partie, César abandonné, seul avec son fils, part sur les traces de Paz, à la recherche de réponses aux nombreuses questions laissées sans réponses.
Cette partie est la plus inégale et le film commence à sentir le malaise. Pourtant on découvre un Gilles Lellouche éploré, loin de son jeu habituel qu’il avait dispensé dans ses films, jusque-là.
Comme pour mieux insister sur les contrastes, la dernière étape du film est filmée sous un soleil éclatant puis dans les profondeurs de la mer d’Arabie. Et c’est dans cette obscurité, proche du « Grand Bleu », que l’on découvre une scène fabuleuse avec, et par l’œil d’un requin très symbolique. C’est dans ce lieu inattendu que le personnage, pourtant plongé dans l’obscurité, comprend enfin et met en lumière les raisons qui font que leur relation ne pouvait pas fonctionner.
C’est aussi lorsque l’ensemble du film commençait à devenir trop troublé et confus, que la sublime conclusion rattrape le tout et nous aspire vers la lumière (du fond ou de la surface, cela dépend de l’état de votre relation amoureuse !).
Un film sur le mouvement, sur les eaux troubles et l’incommunicabilité, sur l’immobilisme et sur la fuite, qui se révèle être une question de point de vue.