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Un visiteur
4,5
Publiée le 23 novembre 2016
Encore un chef d'oeuvre signé Stéphane Brizé.
Reprendre un chef d'oeuvre littéraire qui a touché des générations de lecteurs, quoi de plus dangereux pour un cinéaste, d'autant plus pour succéder à la prouesse qu'a été "La loi du marché" ?
Et pourtant, en portant à l'écran la dure vie de Jeanne, jeune fille d'aristocrates normands du XIX siècle, Stéphane Brizé signe une oeuvre lumineuse et intimiste. Le film brille par son audace (film en 1,39 ; caméra à l'épaule; décor naturels ; plans serrés) et l'intelligence de la représentation du temps (incontournable lorsque l'on prétend montrer une vie). Tout en simplicité, Brizé et son équipe peignent une toile sombre mais parsemée d'éclaircies qui donne vie au roman de Maupassant. Magnifiquement interprétée par Judith Chemla, le personnage de Jeanne nous touche, nous parle à tous et nous donne envie de nous replonger dans le roman de notre enfance.
Dur... déprimant. Je me suis demandée pourquoi je m'infligeais ça car le réalisateur ne cherche à aucun moment à alléger la pauvre vie de Jeanne qui est si passive, justement on dirait qu'elle ne vit pas, qu'elle se laisse séduire par les mensonges qui la détruisent en même temps et l'enferment à côté de la vie. Le film est superbement réalisé, même si les plans sur les feuilles, les arbres qui changent selon les saisons me semblent un peu trop bateaux (contrairement à Tree of life où les plans sur la nature nous transportent en son sein!). L'histoire comme d'habitude est modifiée, adaptée au cinéma, et ça me fait toujours bizarrre...Je pense que je vais arrêter de voir les films adaptés de livres car je suis toujours déçue, impossible de ne pas comparer.
Dans son nouveau film, Stéphane Brizé met en place une tension narrative aussi forte que dans son opus précédent La loi du marché. Sa caméra ne quitte pas Jeanne, la protagoniste, au prise avec une société patriarcale qui ne laisse pas le moindre espace à cette femme sensible, forte et avide de liberté. Les cadres serrés font ressentir au spectateur l'oppression permanente que fait reposer ce monde corseté sur la jeune femme, magnifiquement interprétée par Judith Chemla.
Construction subtile, temporalité intéressante, bons acteurs. La narration n'est pas bavarde et fait confiance au spectateur. D'où vient alors qu'il y manque quelque chose. Judith Chemla porte seule le film, et c'est un peu lourd pour elle. Cette remarquable comédienne au théâtre souffre de la "qualité Comédie Française" : la perfection. Darroussin et Moreau remarquables comme d'habitude, tout en ambivalence et finesse. Stéphane Brizé use et abuse d'une caméra un peu systématique et auto-satisfaite. Les plans serrés alternent avec les paysages ensoleillés puis pluvieux, toujours les mêmes - manque de moyens sans doute . Le film est inutilement long, et le dernier tiers est franchement pesant. Au final, il y manque l'essentiel : l'émotion. Trois étoiles malgré tout pour une certaine originalité, et même une originalité certaine.
L’idée de ne pas suivre linéairement le roman est intéressante, mais on s’y perd un peu au début, surtout si on n’a pas lu le roman avant de se rendre en salle. Tout n’est pas forcément cohérent. Mais l’intention du réalisateur n’est peut-être pas dans la retranscription précise de l’histoire, puisque se dégage du film plus un sentiment qu’un récit, et c’est peut-être ce que recherchait Stéphane Brizé, pour mieux retranscrire l’œuvre de Maupassant.
Les spectateurs d'aujourd'hui, trop habitués peut-être à voir des films qui ne leur épargnent rien, à avoir affaire à des cinéastes qui se croient tenus de tout montrer à l'écran, prenant le risque du voyeurisme, ces spectateurs-là risquent fort d'être déstabilisés s'il leur vient l'idée d'aller voir cette adaptation d'un roman de Guy de Maupassant. Le réalisateur, Stéphane Brizé, y a fait des choix de mise en scène si radicaux qu'ils vont clairement à l'encontre de ce qui se pratique le plus souvent de nos jours. Son film est épuré à l'extrême, laissant de côté à peu près tout ce qui est de l'ordre du sensationnel ou de l'événementiel, ce qui, évidemment, peut surpendre et dérouter plus d'un spectateur. Il suffit d'aller voir, comme je l'ai fait, l'un après l'autre, « La Fille de Brest » d'Emmanuelle Bercot et ce film de Stéphane Brizé pour percevoir deux manières radicalement opposées de mettre en scène un récit. Dans « La Fille de Brest », film au demeurant intéressant, la réalisatrice a cru bon de tout mettre sous nos yeux, y compris le corps d'une défunte en train d'être autopsiée, ce que je déplore. Rien de tel dans « Une Vie », film qui élude, qui laisse hors champ presque tout ce qui est de l'ordre du spectaculaire. Je n'ai pas besoin de préciser que c'est la manière choisie par Stéphane Brizé qui me paraît de loin la meilleure. C'est celle qui respecte le spectateur, c'est celle qui parie sur son intelligence, sa perception et sa sensibilité (au lieu de lui servir un spectacle qu'il n'a plus qu'à consommer passivement). Dans « Une Vie », c'est par le moyen d'une voix off ou d'un plan très fugace que le réalisateur évoque des moments importants de l'histoire, préférant montrer à l'écran l'avant et l'après plutôt que les événements eux-mêmes. Ceux qui ont vu récemment « La Mort de Louis XIV » d'Albert Serra (qui nous fait assister à l'agonie du roi-soleil jusqu'à la nausée) seront tout étonnés par le moyen dont use Stéphane Brizé pour nous renseigner sur le décès d'un des personnages du film : simplement en filmant son nom sur une pierre tombale, rien d'autre. J'imagine bien volontiers que ce qui précède risque d'en décourager plus d'un. « Ce film, s'il est si économe en événements, doit être très ennuyeux », se dit-on peut-être. Mais non, il n'en est rien. Ou, plus exactement, ne s'ennuieront que ceux qui ne conçoivent le cinéma que comme un produit à consommer passivement, que ceux qui ne vont voir un film que pour assister à un spectacle qui ne leur demande aucune participation ni de compréhension ni d'imagination. Ajoutons que, dans « Une Vie », Stéphane Brizé prend cependant grand soin de mettre en scène des moments clés du récit : non pas les événements à proprement parler, mais les choix que doit opérer son héroïne, Jeanne (jouée par Judith Chemla), choix qui déterminent son avenir. Deux de ces moments se déroulent d'ailleurs dans une confrontation avec un prêtre. D'abord avec le vieux curé de son village qui lui demande avec insistance si elle accepte de pardonner à son mari fautif. Ensuite, plus loin dans le cours de l'histoire, avec le nouveau curé, beaucoup plus jeune, avec qui elle débat rudement à propos de la vérité et du mensonge. Faut-il dire la vérité en toutes circonstances, quelles qu'en soient les conséquences, même lorsque la confession de vérité doit engendrer des désastres humains ? Filmé en format carré (qui convient bien à cette histoire) et au moyen d'une superbe photographie, ce film, qui conte les malheurs d'une femme qui perd tout (spoiler: y compris celui qu'elle aime le plus au monde, son propre fils ) restera dans les mémoires, je le suppose, comme une des œuvres cinématographiques les plus touchantes de cette année. 8/10
« Une Vie » D’après le récit de Guy de Maupassant, Stéphane Brizé nous donne à voir un film minutieux. L’histoire de Jeanne, jeune femme heureuse auprès de ses parents, riches propriétaires terriens, avant que ne lui soit présenté un jeune et beau vicomte. Rien de bien nouveau sous le soleil et la pluie normands. Elle affrontera mensonges et trahisons. Jeanne c’est Judith Chemla qui lui prête traits, corps et âme, d’une intensité forte. La comédienne est investie de ce personnage. Tour à tour radieuse sous le soleil dans le parc, ou sombre le long d’un chemin boueux; telle une météo de son destin.
Stéphane Brizé offre une narration elliptique -ce qui est le mieux lors d’une adaptation littéraire- faîte aussi de flashback réminiscents ou d’avancées prémonitoires de l’histoire. A l’image du film les comédiens sont justes et précis (Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau, Swann Arlaud…) Stéphane Brizé leur permet de s’installer dans leurs personnages, et les personnages dans le récit. La Normandie est joliment montrée -le paysage est filmé comme les comédiens- éclairée, cadrée, elle teinte l’ambiance de ce film. La minutie de la réalisation nous conduit au 19e siècle, par la précision des décors et des costumes, éclairée avec justesse d’époque sans que les artifices ne paraissent ! C’est selon moi l’atout majeur du film, un rien longuet mais qui nous transportent bel et bien dans un autre temps. Ceci dit les siècles ont bien fait de changer.
Cette nouvelle adaptation du roman est excellente. C'est chic, sobre, délicat. L'actrice principale est parfaite. Un petit reproche : les plans trop serrés fatigants.
un film magnifique qui nous plonge bien dans l'atmosphère unique de Maupassant. Belle restitution de la campagne normande et une fort intelligente et fine interprétation.
Il me paraissait difficile d'adapter un tel monument de la littérature, mais j'ai vite changé d'avis en voyant le film : l'adaptation est très réussie, et le résultat est tout simplement sublime! Bravo!
Extrêmement ennuyeux. Pas de rythme. Je n'ai pas accroché au scénario à aucun moment à l'exception du second passage avec le curé qui recommande à Jeanne d'aller parler au mari trompé. Cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas autant ennuyé. Passez votre chemin, il y a tant de films intéressants à regarder.
super un film avec Daroussin et Yolande Moreau. L'idée qu'ils jouent est la seule chose positive au sujet de ce film. D'un ennuie profond, la salle était répartie en 3 catégories de spectateurs : ceux qui dormaient, ceux qui partaient et ceux qui soufflaient car ils ne pouvaient pas partir. Second point positif du film : le directeur photo qui nous propose de belles lumières. Rester jusqu'au bout est une expérience unique.
C'est toujours difficile d'adapter à l'écran un roman, un des principaux dangers est de "courir" pour couvrir tout le livre en 1h30. Et là, on est en plein dedans. Les scènes se succèdent si vite, comme si les personnages faisaient une course, et d'ailleurs, ce ne sont pas les morceaux les plus révélateurs de l'ouvrage qui sont choisis. On se perd au milieu des mille flash-back et on ne comprend pas toujours pourquoi le réalisateur s'attarde sans fin sur certaines scènes... Le rajout de la fin n'apporte rien de constructif et n'est pas logique... En fait, ceux qui ont aimé Maupassant feraient bien de s'abstenir de voir ce film... et de relire Maupassant. Ceux qui ne l'ont pas lu peuvent peut-être voir le film et l'aimer, mais il vaut mieux, quand même, découvrir le livre.
UNE VIE de Stéphane Brizé est une adaptation fidèle de l’œuvre de Maupassant, même si la forme, extrêmement travaillée et la structure, faite d’allers-retours entre passé, futur et présent, modernisent ce grand classique de la littérature française. Jeanne, jeune bourgeoise provinciale, revient du couvent et se marie rapidement avec un noble local qui s’avère assez vite pingre, brutal et volage. Toujours prête à pardonner les incartades de son époux, elle s’enfonce peu à peu dans la dépression tout en subvenant aux besoins financiers de plus en plus pressants de son fils qui précipite sa ruine. Ce récit d’une vie faite de sacrifices, de souffrances, de solitude, d’ennui et de renoncement exige du spectateur une totale disponibilité. Le réalisateur prend son temps pour faire le portrait d’une femme dont la crédulité, l’innocence et la foi en l’humanité la condamnent au malheur. Le format carré (qui revient à la mode) prend ici tout son sens car il enferme son héroïne dans un cadre, la tenant prisonnière de son statut et de sa condition. Le silence (le film est assez peu dialogué), l’usage parcimonieux du piano forte, l’attention portée aux bruits des éléments, la pluie qui tombe plus souvent qu’à son tour (nous sommes en Normandie), les saisons qui se succèdent, le vent, les oiseaux, le feu dans la cheminée, les feuilles qui craquent sous les pas (on croirait presque sentir l’humus) mettent tous nos sens en éveil et intriguent comme un tableau impressionniste. C’est du grand art, même si je trouve que l’émotion peine à poindre. Probablement en cause la grande pudeur avec laquelle Brizé filme sa comédienne (Judith Chemla) dont on ne voit pas souvent le regard et ses partis pris formels un peu austères.