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Marceau Deschamps-Ségura
61 abonnés
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5,0
Publiée le 16 janvier 2017
Dans ce film-testament de la masculinité blanche de nos pères, Casey Affleck incarne l'inconséquence virile et la destruction par l'alcool, qui finissent par retourner leur violence contre soi une foi commis l'irréparable. Quelle destinée accepter, quand la disparition est impossible et qu'un nouveau monde cherche à se bâtir ? Peut-on encore l'y aider, une fois conscient que ses fondement ravagés l'ont été par nos coups ? Une traversée douloureuse mais nécessaire de notre temps en transition.
J'ai un peu hésité avant d'y aller... N'ayant pas le moral plus que ça, je craignais que ce soit bien trop mélodramatique pour ma face.
Mais non, ça ne l'a pas été. Un film profondément humain qui m'a tiré des larmes et provoqué des rires. Et qui au final m'a plutôt fait bien aller. Comme si le deuil dont j'ai été témoin m'avait permis de faire celui de quelque chose dont je n'ai même pas conscience.
Voilà un film américain d'une grande finesse qui évite les clichés manichéens si fréquents outre atlantique. L'émotion ne tombe pas dans le pathos. La psychologie des personnages est finement ciselée. L'acteur central est majestueux : tout dans des expressions rentrées. Un long métrage où l'on ne s'ennuie pas un seul instant. Les drames de la vie qu'il décrit donne lieu à de multiples comportements dont le réalisme est saisissant. Certes, on en sort quand même un peu plombé, car l'histoire est loin d'être réjouissante. Mais, le talent du réalisateur et des acteurs en fait un moment de cinéma qui marque longtemps après être sorti de la salle obscure.
"Manchester by the sea" fait désormais partie de ma liste de films/livres/musiques, celle qui fait que je me dis que de temps à autre, l'humain atteint au sublime et que la vie vaut la peine d'être vécue, malgré les temps sombres que nous traversons.
Après des expériences diverses et éclatées, il est fort à parier que Kenneth Lonergan ait effectué sa percée définitive dans le paysage cinématographique avec "Manchester by the sea". Celui-ci conte l'histoire d'une famille ouvrière, les Chandler, réunis après le décès d'un membre et confronté à un passé tragique. Le synopsis ne fait pas dans l'originalité me direz-vous mais il n'est rien de plus beau que de voir un classicisme maîtrisé. Durant sa première moitié, la structuration du film s'avère d'une part très intelligente, où les fractions passées permettent de restituer puissamment les plaies du temps. La bande-son s'en fait aussi le vecteur ; on n'avait jamais entendu l'adagio d'Albinoni si bien utilisé depuis "Le Procès" d'Orson Welles. L'ensemble est surplombé par un immense Casey Affleck qui prend ici sa revanche magistrale sur Hollywood. Lonergan pose enfin une nouvelle pierre à cet inépuisable thème qu'est la fatalité, dominé par des déchirures et des décisions qui ne sont en réalité que des non-décisions. Le grand mélodrame américain dans toute sa gravité.
Malgré le froid et le ciel blanc de Manchester by the sea, quel plaisir d'être pris par une histoire si bouleversante. On est tenu en halène (et en larmes) devant un cinéma si beau. Il a tout ce qu'on attend d'un film. La traduction exacte du mot "entertainment": intelligent, émouvant, drôle, surprenant...
Acteurs, réalisation, remarquables. Une utilisation de la musique exceptionnelle. Dommage que certains personnages et certaines séquences manquent un peu de finesse.
Laborieux parallèle entre le chaud de l'incendie et le froid de la congélation ou de l'hiver qui figure l'état de Carey. Les personnages sont trop figés sans surprise et sans variations. La mère de Patrick qui rechute en allant picoler dans la cuisine est la seule qui apporte un élément de nouveauté. Mais ça donne envie d'aller en Nouvelle-Angletere
Manchester est un petit port de pêche de la côte Est des Etats-Unis, pas très loin de Boston. C'est dans la banlieue de cette métropole qu'est venu se réfugier Lee, après la tragédie absolue qu'il a vécue et dont il se sent atrocement responsable. Son couple s'est brisé et il vit maintenant seul, bougon, impoli, homme à tout faire d'une cité d'immeubles. Au début du film, son frère meurt en le désignant tuteur de son jeune fils. Voilà donc Lee de retour au bord de la mer, retrouvant sa belle-sœur divorcée qui a refait sa vie avec un catholique intégriste, auprès desquels le jeune Patrick ne se sent guère à l'aise, et son ex-épouse qui, dans une scène bouleversante, le supplie d'oublier les paroles horribles qu'elle lui a adressées au moment de la tragédie. Comme on est dans un récit réaliste, profondément vrai et humain, rien ne se passera tout à fait comme prévu. Le neveu poursuit sa complicité tendre d'autrefois avec son oncle, du temps des jours heureux et des parties de pêche: comme il a grandi, il le charge à présent de le conduire en voiture à ses nombreux rendez-vous amoureux, - en échange, le jeune homme ménage des rencontres entre son tuteur désigné, rétif aux plaisirs de l'existence, et les mères de ses copines. Mais Lee paraît désormais imperméable à tout sentiment, tout contact humain: il ne peut reporter son amour mort sur qui que ce soit. De son côté, l'adolescent, pas toujours malléable, refuse de suivre son oncle à Boston, ce qui le contraindrait à quitter ses ami(e)s, sa vie. Casey Affleck est extraordinaire de justesse et d'émotion; sa voix, son immobilité rocheuse et ses soudains éclats de violence donnent l'image de cet homme à jamais abattu, désormais incapable de goûter la vie. Quant à la douleur de Michelle Williams, elle transperce le cœur du spectateur le plus endurci et le jeune Lucas Hedges ne sombre pas dans les clichés de l'adolescent pénible par son indifférence au sort des adultes. Une histoire touchante bien racontée, une photographie hivernale sans fioritures, des acteurs parfaits: n'est-ce pas ce que l'on appelle un bon film?
Qu'il soit encensé par la critique c'est une chose mais qu'en est il réellement de l'avi de ceux qui l'ont vu? ça reste un sacré bon film, poignant, bien joué, bien amené, avec de très bons acteurs et une histoire terrible. Il mérite d'être vu même s'il y a certains passages un peu long.
C’est la première oeuvre de Kenneth Lonergan que je découvre. Je suis allée voir Manchester by the Sea sans savoir que se profilait déjà à l’horizon le titre de chef d’oeuvre. Je ne savais pas à quoi à m’attendre et c’est peut-être pour cette raison que ce film a laissé son empreinte sur moi. Ce drame est finement traité, ne sombre jamais dans le pathos : il me fait oublier que nous parlons ici d’un film américain. L’immersion est instantanée et pourtant Lonergan prend son temps pour nous raconter cette histoire de famille et les tragédies qu’elle traverse via une double narration. Les flashbacks nous permettent de comprendre les liens qui se nouent et se dénouent entre « Oncle Lee » et « Patty » (remarquablement interprété par Lucas Hedges). Le deuil et les sentiments quels qu’ils soient, s’expriment avec pudeur et justesse. Lonergan fait le choix de suggérer plus que de montrer :spoiler: comme ces trois cadres qui ne se tourneront jamais vers nous. J’ai aimé ces vagues d’émotions, du rire aux yeux humides. Le duo Casey Affleck - Michelle Williams est poignant :spoiler: je pense en particulier à la scène où les langues et les remords se délient, où il se retrouvent tout en se disant adieux. Mémorable. On notera certains clichés : « l’homme vide », « l’adolescent rebelle », mais ils seront toujours brisés par une touche d’humour ou au contraire, par l’expression des regrets. Ce que je retiens des critiques que j’ai lues quant à cette oeuvre, c’est l’expression « Un film profondément humain ». Je crois que cela résume (presque) tout. Manchester by the sea est un drame en bleu et gris, qui donne du relief à l’océan et aux sentiments.
Que dire si ce n'est que j'ai vu le plus beau film de l'année 2016. Un drame aux images et à la lumière si belle que le pathos est gardé à distance. Casey Affleck est extraordinaire dans ce rôle d'homme bourru, agressif que le deuil a laminé et qui peine à rester vivant. Des petites touches d'humour viennent essuyer les larmes du spectateur captivé par le scénario bien construit entre l'avant et le maintenant, entre la mer et la neige, entre la ville (Boston) et Manchester.