Les frères Larrieu nous avait laissé avec l’agréable souvenir du plutôt réussi « L’amour est un crime parfait », virage de leur cinéma reconnaissable entre tous vers le film policier qu’ils se sont admirablement appropriés. Ils reviennent ici à ce qu’ils savent faire de mieux : une chronique qui parait d’abord primesautière et enjouée mais qui devient vite rébarbative à force de ne rien raconter. Ou plutôt de raconter plus ou moins l’éveil du désir sexuel d’une drôle de manière. On a certes un certain plaisir à voir des acteurs tels qu’André Dussollier mais surtout la toujours excellente Karin Viard débiter des dialogues aussi crus dans un naturel confondant. Mais, si l’on rit des premiers échanges coquins, cela lasse vite une fois la surprise passée. Et malheureusement, plus le film avance, plus il prend une direction de mauvais goût. La jolie chronique hédoniste et épicurienne se transforme en farce de très mauvais aloi avec fantasmes glauques traités de manière tout à fait triviale. Une idée de cinéma osée mais qui nous mettraient presque mal à l’aise. Avec le recul, bien que les paysages soient magnifiques et que l’on rencontre encore de drôles d’énergumènes propres au cinéma des frères Larrieu, on se rend compte qu’il ne se passe quasiment rien durant près de deux heures et que l’on s’ennuie plus les minutes passent. La dernière partie étant d’ailleurs vraiment peu engageante. Le charme bucolique des films de la fratrie n’opère malheureusement pas cette fois-ci et on est loin de la réussite de leur meilleur film à ce jour, « Peindre ou faire l’amour », en dépit d’un joli casting et de quelques scènes mémorables.
Un très bon Larrieu, c'est-à-dire un film qui sort des sentiers battus, bien barré et avec une superbe direction d'acteurs(-trices). Le film est cependant assez inégal avec une première partie assez enlevée souvent très drôle et une deuxième partie qui part un peu dans tous les sens et comporte quelques longueurs. Toutefois on ne boude pas son plaisir devant ce film "transgenre", à la fois vraie comédie, faux thriller virant dans le fantastique et "porno oratoire". Comme toujours chez les Larrieu, c'est très bien écrit, quasi littéraire, avec des paysages qui participent à la beauté et à la bizarrerie du film. Et le film vaut aussi et surtout pour ses acteurs, tous très très bons, du premier au plus petit rôle. Isabelle Carré, de tous les plans, est d'une belle justesse et fait "vivre" les seconrs rôles plus farfelus les uns que les autres. En premier lieu, Karin Viard alias Pattie, absolument géniale dans ce rôle de folle du c.. qui débite des monologues extrêmement crus avec un naturel assez épatant, ce n'est jamais vulgaire ou provoquant mais très drôle. André Dussolier est également parfait dans ce rôle "multiple", apportant sa puissance comique et sa classe naturelle.
Je suis plutôt très cliente de l’œuvre des frères Larrieu. J’aime leur cinéma profond, atypique, fantaisiste et un peu baroque (« L’Amour est un crime parfait », « Les derniers jours du monde », « Peindre ou faire l’amour »…), toujours servi par un casting de choix. Celui-ci ne déroge pas à la règle avec cette fois, une incursion fantastique, au sens propre du terme (mais dont je ne peux vous dévoiler l’objet ici). Caroline (Isabelle Carré, subtile) débarque mi-août dans un village du sud-ouest de la France pour enterrer sa mère, Zaza, qu’elle connaissait assez peu, et vendre la sublime maison dont elle était propriétaire. En arrivant sur les lieux, elle fait la connaissance de Pattie (Karin Viard, épatante comme toujours), la femme de ménage, qui lui raconte avec force détails sa vie sexuelle débridée. Mais le corps de Zaza disparaît mystérieusement. Ce film solaire, original, surprenant et très drôle la plupart du temps, réserve des moments de grâce inattendus. Ce qu’il dit de l’amour physique, du désir, de la fête et du bon vin provoque un sentiment bienfaisant qui irrigue tout le récit. Pattie, libre dans sa tête, libre dans son cul, met le doigt sur les fragilités de Caroline, privée des bonheurs sensuels avec un mari qu’elle aime mais qu’elle ne désire pas. L’arrivée d’un ex-amant de sa mère (André Dussollier, burlesque) qu’elle prend pour J. M. G. Le Clézio (!), va faire vaciller son apparente sérénité et bousculer ses certitudes. Une grande importance est accordée à la nature, filmée comme un personnage à part entière : le soleil, l’orage, la forêt, les prés et les rivières qui cernent Caroline, vont, eux aussi, la révéler à elle-même. 21 NUITS AVEC PATTIE est un film impressionniste qui donne envie d’aimer, d’être en vacances et peut-être, aussi, de lâcher prise. En salles dès demain. #21nuitsavecpattie #frereslarrieu #isabellecarre #karineviard