Paul Greengrass, l’homme derrière deux des précédents opus de la franchise, et Matt Damon, réenclenchent le processus Jason Bourne, n’adaptant désormais plus les écrits de Robert Ludlum mais se contentant de nous offrir des prolongations. La trilogie initiée par Doug Liman reprend donc vie, après maintes hésitations de ses principaux artisans et un film dirons-nous annexe, ou Jeremy Renner tentait de reprendre le flambeau. Le résultat de cette relance 2016 est-il digne des espérances? Sans doute que non. N’empêche, autant Greengrass que Matt Damon prouvent qu’ils n’ont pas nécessairement faiblis depuis. Quoiqu’il en soit, la trilogie composée de la mémoire, la mort et la revanche dans la peau avait proposé, durant la dernière décennie, une nouvelle vision du film d’action/espionnage, avait introduit une dureté de ton jamais vue, un rythme soutenu, détrônant un certain James Bond, rien de moins.
En 2016, alors que bien des trains ont passés, Paul Greengrass et Matt Damon nous sortent leur défibrillateur maison et redonnent vie à ce personnage charismatique, d’abord amnésique puis vengeur baroudeur. Matt Damon a pris de l’âge, certes, mais reste toujours aussi percutant, dans l’action comme dans l’attitude, dans la peau de son personnage le plus emblématique. L’acteur, on n’en doutait pas, livre là une prestation honorable, dans la lignée de ce qu’il fît précédemment. Coté réalisation, si le film n’est franchement pas aussi réussi que la mort et la vengeance dans la peau, Paul Greengrass prouve qu’il est un metteur en scène sur lequel il faut encore et toujours compter. Pour le reste du casting, hormis un Vincent Cassel convaincant, on ne peut pas dire que c’est emballant. Alicia Vikander et le vétéran Tommy Lee Jones font clairement dans le stéréotype, comédiens pour le coup jamais à la hauteur de la tête d’affiche et s’épanouissant, pour la forme, dans un registre purement alimentaire de méchant ambitieux et de charmante effarouchée qui grimpe la hiérarchie de la CIA.
Mais, ce qui pêche surtout, ici, c’est bien entendu le scénario. Non pas qu’il soit mauvais, on ne peut pourtant passer à côté du fait que tout ici n’est qu’un prétexte pour relancer, peut être uniquement pour l’occasion, allez savoir, la machine Bourne. Pour ne rien spoiler, évidemment, disons simplement que la conclusion de la trilogie, au demeurant excellente, laissait encore quelques portes à ouvrir, horizons à explorer, du moins prétendument. Lorsque le public réclame un retour, lorsque l’argent est posé sur la table, la franchise ré-ouvre ses portes. Logique. Bref, si tout sent ici un peu le réchauffé, même si l’on nous propose là des prolongations dispensables, on a tout de même le plaisir de retrouver le tandem Greengrass et Damon, tous deux pleinement investis.
Jason Bourne, bien qu’imparfait, fait oublier au public la tentative plus ou moins heureuse de Spin-off et redonne un peu confiance dans la fonction de cinéaste capable d’éblouir sans une escouade de programmateurs informatiques. En effet, Paul Greengrass n’est de loin pas un tâcheron, et cela est sans conteste bénéfique au film, à la franchise. Reste, finalement, que je ne serais pas forcément emballé à l’idée d’un nouvel opus. 12/20