Aimant beaucoup le travail de Sam Esmail, j'ai décidé de me plonger dans sa première proposition de long-métrage. "Comet" est donc cette tentative, et autant dire qu'il m'a fallu du temps avant de poser mon avis sur ce projet. Comme prévu, le style du réalisateur transpire au sein du film et il n'est pas illogique de voir que les avis soient aussi hétérogènes. À l'instar de tous ces projets, soit on réussit à rentrer dedans, soit on y reste profondément insensible. Ici, nous sommes donc confrontés à une histoire d'amour assez particulière. Lorsqu'on lance le film, nous sommes accueillis par la représentation de la thématique du projet, au travers de peintures représentant des comètes. Symbole d'une ligne droite ayant un début et une fin, mais de manière arrêtée via ce principe du tableau, cela met en évidence l'opposition de points de vue qui règne dans le couple que nous allons suivre. Si Dell est un homme qui pense toujours à l'avenir, sans forcément se soucier du présent, Kimberly vit au jour le jour et ne réfléchit pas plus que cela. Ce sont donc deux oppositions, dans la vision que l'on peut avoir du monde, transposées via une narration non-linéaire. Nous allons suivre leur rencontre, puis la fin de leur relation, leur séparation, leur réconciliation, etc... L'objectif est donc, comme eux, de dresser un tableau fixe de leur histoire d'amour. Le but n'est pas de la regarder en ayant un simple début et une fin, mais de la voir dans l'ensemble, comme une comète figée sur un tableau. Néanmoins, comme je l'ai précisé, ceux-ci restent opposés, car même si on y sent une forme de marginalité dans certaines de leurs habitudes (notamment liées à des substances illicites), ils n'ont pas du tout la même vision du couple. Pour symboliser cette séparation, Sam Esmail se débrouille pour illustrer cela dans sa mise en scène. Pour le coup, il n'a pas bénéficié d'un immense budget, cela se ressent dans les décors, dans les fonds verts ou dans le peu de personnages à l'écran. Et c'est donc avec ces quelques astuces de réalisation qu'il réussit à donner plus d'ampleur à son histoire. Cela passe par l'éternel champ contre champ, mais toujours avec une envie de ne pas se faire croiser les regards. Cette idée créait une grille de lecture très particulière, pour symboliser que les deux personnages ne se comprennent pas. Mais également, cela passe par la photographie, teintée de nombreuses lumières rouge et bleu. Cette dualité apparaît surtout pour les scènes en intérieur, mais elle est aussi présente de manière subtile pour certains moments en extérieur. Les deux seuls moments où cette dualité n'est plus présente sont les deux séquences opposées : la rencontre et le moment où ils ne sont plus ensemble au bout de ces 6 ans. Par cette idée et par toute cette symbolique, j'ai donc vraiment été plongé dans le film. C'est du Sam Esmail dans la forme, cela ne plaira donc pas à tout le monde, mais ça m'a fait vraiment plaisir de voir une comédie romantique tentée autre chose que les standards du genre. Mais, encore une fois, je peux comprendre que certaines personnes y soient insensibles. À mon sens, le plus gros souci vient du rythme, le film étant quand même une longue discussion entre deux personnages sur 1h30. Le tout est donc très verbeux, et cela peut clairement repousser. Pour le coup, cet aspect ne m'a pas forcément dérangé, car je trouve que les deux acteurs s'en sortent bien. Ils forment un bon duo et une bonne alchimie se crée entre eux. En revanche, il y a effectivement des moments où les dialogues partent un peu dans tous les sens, à base d'explications très poussées et d'échanges vraiment perchés. Comme je l'ai dit, Sam Esmail justifie cette approche par le côté marginal de ces héros, comme il aime le faire à chacune de ses productions, mais il ne faut pas laisser passer le fait que c'est parfois vraiment à la limite du trop. Je prends la scène au téléphone en exemple, car celle-ci est vraiment limite dans ses dialogues et dans la manière dont la discussion avance. Par conséquent, il est clair que ce projet n'est pas parfait. Il est bourré de défauts et d'idées bien trop perchées pour réussir à fonctionner. Mais honnêtement, je l'apprécie quand même grandement. Je trouve que ce film reste bien au-dessus de beaucoup de grosses productions du genre, notamment, car il avait envie de bien faire et il déborde donc d'énormément d'idées. Si vous aimez le travail de ce réalisateur, je vous le conseille donc, c'est clairement la continuité de ce qu'il propose. Et si vous y êtes réfractaire, vous pouvez tenter le coup, mais ne vous attendez pas à un miracle. Pour conclure, un moment vraiment particulier.