Après des comédies softs ("Des gens qui s'embrasse", "Le code a changé",...), Danièle Thompson s'attaque à un projet ambitieux et riche mettant en scène l'écrivain Emile Zola et le peintre Paul Cézanne, noms qui résonnent comme un lointain souvenir d'école et dont on ignore tout (en tout cas pour les moins littéraires d'entre nous). Pour interpréter ces figures historiques françaises, Guillaume Canet (Zola) et Guillaume Gallienne (Cézanne) revivent cette amitié passionnelle et extraordinaire, de leur jeunesse à leur vieux jours, partageant moments complices et embrouilles. Le scénario est agencé curieusement, non-chronologique, et fait des allers-retours dans le temps entre leur amitié naissante et leur dispute future. Deux artistes, deux génies mais avant toute chose, deux hommes ! En effet, je n'ai pas eu l'impression d'une biopic millimétrée (et tant mieux !) mais plutôt à un focus sur une relation amicale où l'un a pu dépeindre sur l'autre, l'autre a influencé l'un tout au long de leur vie intime et artistique. Les deux acteurs forment un duo puissant, intellectuel et émotionnel. Guillaume Gallienne est passionnant dans ce rôle complexe d'artiste tourmenté et frustré, solitaire et où l'amour se traduit par de la haine (je présage d'ores et déjà une nomination pour les prochains César...). A leurs côtés, on retrouve Alice Pol et Déborah François pour jouer leurs compagnes ; beaucoup de présence mais peu d'intérêt, sauf pour leur scène "coup de gueule" respective laissant l'actrice prouver son talent en une scène, justifiant ainsi leur présence au casting... Le début est passionnant, et il faut avouer que cette amitié naissante et absolument méconnue entre deux hommes historiques et bien différents l'un de l'autre est très proprement racontée (trop ?). Mais les va-et-viens dans le temps, beaucoup trop nombreux à mon goût, finissent par nous perdre et à nous lasser, ne laissant envisager aucun éléments inattendus ni acmé. Les scènes s'éternisent et n'aboutissent pas. Cette prise de risque, ou quête d'originalité penne à nous emballer. Seul le jeu des deux acteurs préserve notre intention jusqu'à la fin, et ce, malgré un scénario qui s'épuise et nous lasse. On notera les superbes paysages picturaux et la bande originale d'Eric Neveux qui ne vient pas accentuer une époque.