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Un visiteur
5,0
Publiée le 13 mai 2015
Un film qui réussit là où la plupart des autres se sont plantés de façon bien plus compliquée, bien plus esthétique ou bien plus intello. Un témoignage autant qu une oeuvre. Essentiel.
Pour contourner l'interdiction de filmer dans son propre pays, Jafar Panahi capte l'état d'esprit de la société iranienne en caméra cachée depuis l'habitacle d'un taxi et démontre une nouvelle fois, s'il était besoin, que le cinéma est plus fort que la censure.
Voilà ce que l'on peut appeler : un chef d'œuvre. Ce film est l'exemple parfait et nous montre qu'avec peu de moyens il est tout à fait possible d'avoir : des intrigues, des plans généreux et artistiques, des acteurs nickel et d'importants enjeux ! Je ne connais aucun film tourné intégralement dans un espace aussi petit avec autant de restrictions ! N'oublions pas que l'Iran est face à une politique artistique très strict et que le film évoque à la merveille toutes les règles sans jamais les enfreindre ! Les iraniens ont toujours ce "truc" pour pouvoir captiver le spectateur avec de petites intrigues du quotidien, et ont ce sens très poétique et artistique de nous montrer les choses. Jafar Panahi a encore signé un film d'exception et de génie. Ce film est majestueux et mérite toutes ces récompenses. Je défie Hollywood de nous faire des intrigues avec si peu de moyens et autant de restrictions ! BRAVO !
Une balade astucieuse et sensible mais parfois un peu ennuyante qui dresse le portrait de la société iranienne d'aujourd'hui, tout en se jouant de la censure des Mollahs.
Jafar Panahi jongle brillamment avec l’illusion… illusion d’un vrai-faux documentaire, illusion d’une expression libre, illusion d’un pays qui sortirait de l’ombre. Le vrai-faux documentaire est saisissant, même si, dès les premières minutes (et les premiers propos un peu subversifs pour l’Iran) l’on capte la mise en scène, l’apparence est telle que l’on découvre chaque passager lors de ce trajet comme dans une franche réalité. On se trompe également sur la sereine apparence du réalisateur en pseudo chauffeur de taxi. Tout sourire et expansif, la tension est toutefois palpable et son malaise nous étreint à chaque arrêt. En écoutant les passagers aux piques furtives ou les proches dans ce fameux taxi, on se met à espérer qu’enfin l’Iran, ou pour le moins sa population, se libère de ce carcan totalitaire de pensée qui veut que la politique intérieure ne puisse qu’être mise en valeur, que l’on ne pende plus de jeunes racketteurs ou plus superficiellement que Woody Allen soit un auteur interdit… cela n’est qu’une illusion. Panahi veut y croire avec légèreté et surtout ne perd pas espoir. C’est cette foi en des jours meilleurs qu’il nous communique avec son film plein d’humour, de tendresse et de gravité. Avec d’infinis détails, des moyens réduits à leur plus simple expression, beaucoup d’esprit et de générosité, il démontre ici que le cinéma se relève toujours des censures, mais aussi qu’il est toujours un formidable et efficace vecteur de communication. A voir l’enthousiasme des spectateurs à la sortie de salle, on sait que Jafar Panahi a réussi son pari (risqué certes), comme en son temps Paradjanov, ou récemment les documentaristes Cayan Demirel et Ertugrul Mavioglu ou encore Jia Zhangke et tant d’autres, son envie de donner des émotions, de dénoncer et surtout de faire du cinéma reste la plus forte des pressions.
Je n’ai absolument pas accroché à ce film assurément courageux et subtil. Courageux parce qu’on ne se moque pas de la société iranienne théocratique, exemple Les Chats persans. Mais ennuyeux et trop documentaire, même s’il y a une vraie conscience politique dedans. Voilà un Ours d’or aux Berlinades bien mérité pour sa valeur sociale mais guère pour sa valeur cinématographique.
A la vision de Taxi Téhéran, on pense irrémédiablement à Ten de Kiarastami, un chef d'oeuvre injustement oublié. Le film de Panahi n'atteint jamais le niveau de celui de son compatriote mais est souvent très intéressant. Le cinéaste nous montre plusieurs aspects de la société iranienne à travers un enfant (pour parler du cinéma), une gosse gâtée qui évoque le garçon de Ten, deux vieilles femmes bigotes et ridicules (pour traiter de la religion), une femme en rose (beau personnage de cinéma par son charme) (pour évoquer la notion de justice dans son pays), un voleur et une institutrice pour parler de la notion du civisme, un homme accidenté pour renvoyer à la violence en Iran et un nain pour questionner l'industrie et le cinéma dans leurs rapports incestueux. Selon moi, dans ce film inégal mais plein de charme (un peu obligé tant le cinéaste souffre), les passages avec la femme en rose et le livreur de DVD sont les plus passionnants (on ne s'attendait pas à ce qu'il fut nain). N'oublions pas Jafar Panahi lui même au visage si sympathique qui passe de la joie (feinte ?) d'être reconnu au doute, à la crainte et au moment difficilement perceptible où une idée créatrice pour un prochain film semble pouvoir surgir à tout moment. Un film à voir rien que pour le cinéaste
"Ah là là, c'est génial ! Eblouissant ! Le film "Taxi Téhéran" est une fabuleuse "fausse" camera cachée dans le taxi conduit par le réalisateur de ce beau film, Jafar Panahi pour filmer des conversations, des avis des passagers de Téhéran sur la société iranienne ... Les conversations sont spontanés, vivants et drôles qu'on a vraiment l'impression d'être à coté des vrais passagers de taxi dans ma salle de cinéma ! Les comédiens anonymes sont Il est intéressant de découvrir le contexte social et politique d'un pays très enfermé : Iran ... Le film "Taxi Téhéran " est une belle occasion pour le réalisateur Jafar Panahi de recueillir des avis, des réactions par rapport à la justice, à la peine de mort, à la culture en Iran ... Surprenant car on découvre la vraie facette des citoyens iraniens qui semblent osciller entre l'exigence de la politique islamique et la liberté d'expression, leur attrait vers les pays occidentaux. Jafar Panahi qui ne le dit pas directement mais qui profite des conversations pour véhiculer des messages pour faire réfléchir la société, dénonce avec subtilité l'hypocrisie de la République islamique qui semble croire maitriser les citoyens, la rigidité et l'absurdité de la censure culturelle. Justement, il encourage le téléchargement et le trafic illégaux des films occidentaux interdits dans ce pays. Il défend ardemment le cinéma comme l'art ... Courageux, ce film car Jafar Panahi est interdit de tourner des films en Iran mais il continue à se battre pour la liberté d'expression et d'opinion ... La réflexion sur la place des femmes est également implicitement évoquée. D'ailleurs, j'ai trouvé ce film original par la mise en scène dans le taxi. Un seul regret, hi, c'est que j'aurais aimé ce film (1H20) dure encore plus longtemps ... Vraiment intelligent, ce film ! Je l'ai beaucoup aimé ! A voir absolument !
Film politique ( courageux , d'un vrai beau courage puisque en cette année 2022 Panahi a fini par être incarcéré sans doute pour 6 ans ) , insolent et drôle qui est aussi une belle réflexion sur le cinéma et l'image . C'est aussi un hymne à une ville et à un peuple , cultivé, intelligent et drôle qui mérite mieux et mérite aussi d'être compris autrement par le monde extérieur . C'est un cri plein d'humour , mais un cri quand même , de colère et d'amour . Alors , sans doute pas un chef d'oeuvre ; oui, un film très "Nouvelle Vague" , dans les limites de l'exercice et qui forcément peut aussi décevoir mais , tout de même , ce courage là méritait l'Ours d'Or et , surtout , la vision . Sans aucun doute , avec le temps , on se rend compte que ce petit film va faire sa place dans nos souvenirs et notre intelligence , discrètement et avec élégance . Merci mille fois Monsieur Panahi .
Une ballade dans les rues de Téhéran en taxi qui permet à son réalisateur d’explorer les différentes facettes de la société iranienne et de ses habitants pointant du doigt les contradictions qui animent l’Iran. Ode à la libre pensée qui fait preuve d’une grande maitrise formelle et qui avec ses traits d’humour acérés représente une bouffée d’air généreuse et humaine.
C'est fait avec rien, des petits bouts de réalité retravaillés, une sympathie profonde, un humour inébranlable, des personnalités enthousiasmantes comme l'auteur lui-même, ou l'avocate, un regard chaleureux sur toutes choses... Merci!
Jafar Panahi est dans un taxi. Voilà en gros le pitch de ce "Taxi Téhéran" dans lequel la caméra ne quitte jamais le véhicule, filmant les pérégrinations de Panahi en chauffeur de taxi dans les rues de Téhéran. Au fil des clients qui montent dans son véhicule, le réalisateur brosse un portrait de la société iranienne contemporaine, celle où on peut être enfermé tout en n'étant pas en prison. Le procédé utilisé pour filmer brouille habilement la frontière entre la fiction et la réalité et offre une réflexion assez large sur le pouvoir du cinéma qui est généralement censuré en Iran à moins de répondre à des tas de critères totalement absurdes (le personnage positif ne doit pas porter de cravate, par exemple). Avec humour, Panahi déclare sa flamme au cinéma et offre un film intelligent dont le procédé est également sa limite, nous contraignant parfois à quelques longueurs.
En 2011, sous le coup d'une condamnation d'interdiction de tourner (toujours en vigueur), Jafar Panahi avait réalisé Ceci n'est pas un film clandestinement chez lui. C'était à la fois terrible et magnifique. De ces films qui marquent pour très longtemps. Taxi Téhéran a été tourné tout aussi secrètement. Mais à l'air libre cette fois-ci, ou plutôt dans un taxi, aménagé spécialement pour ne pas être repéré. L'effet est saisissant, mais c'est très drôle ce coup-ci. Même si le constat sur la société iranienne qui en ressort est toujours aussi alarmant. Chaque personnage est une preuve vivante de l'intolérable injustice subie par le peuple iranien. Mais elle est surtout cristallisée dans les propos de la petite fille (et de l'avocate). Cette dernière joue son propre rôle, comme d'autres personnages. Les autres sont aussi tous des comédiens non-professionnels qui jouent anonymement. La force et l’intérêt de l'ensemble, outre l'émotion suscitée, est qu'on a vraiment l’impression d'être devant un documentaire et que les passagers du taxi sont de vrais clients. Visuellement, ce n'est donc pas très beau à voir. Et pour cause, la technique est réduite au minimum, sans budget, et dans la plus totale illégalité. Mais on s'en fiche complètement. Le film ne dure que 1h22 mais on souhaiterait qu'il en fasse deux ou trois de plus. Avec rien, Jafar Panahi réussit encore un tour de force et nous offre un des plus drôles, des plus beaux et des plus forts film de l'année. Et qui, pour couronner le tout, fait la nique au pouvoir iranien, en ayant raflé l'Ours d'or au Festival de Berlin en février dernier...
Dans son taxi, les passagers et passagères se succèdent, discutent entre eux ou avec le réalisateur. En 80 minutes, des scènes comiques vont succéder à d’autres plus tragiques, quand bien même elles sont traitées avec humour ; les sujets les plus divers vont être abordés : le rôle dissuasif ou non de la peine de mort, la situation de la femme dans la société iranienne, le rôle que jouent les vendeurs de DVD pirates dans la diffusion de la culture (Les séries et les blockbusters américaine, certes, mais aussi Woody Allen et Nuri Bilge Ceylan), les règles qui font, qu’en Iran, un film est, ou non, diffusable ; des scènes de la rue iranienne vont nous être dévoilées : femmes en hijab, petits métiers de la rue ; une personnalité importante de la société iranienne va nous est présentée : Nasrin Sotoudeh, la femme aux roses, avocate et militante des droits de l’homme (et de la femme !!!), allant visiter Ghoncheh Ghavani, alors en garde à vue. Rappelez vous : cette jeune irano-britannique condamnée pour avoir milité pour le droit des femmes à assister à des matchs de volley masculin ! Incroyable la richesse que peut receler un film tourné dans un taxi ! Autant "Ceci n’est pas un film" se révélait ennuyeux à regarder malgré l’intérêt du thème, autant "Taxi Téhéran" est passionnant, cocasse et riche en surprises.