"Le grand bain" ou la quintessence du "feel good movie" à la française. Sorti en mai 2018 après avoir été projeté à Cannes hors compétition, le deuxième film en qualité de réalisateur de Gilles Lellouche a reçu un accueil dithyrambique de la critique qui ne lui a trouvé pratiquement aucun défaut. Il faut dire qu'échaudé par l'échec cuisant et justifié de "Narco" en 2004 et lorgnant sur les recettes employées par son ami Guillaume Canet pour son film de potes, succès de l'année 2010 ("Les petits mouchoirs"), il a cette fois-ci coché toutes les cases utiles du moment. Aidé par Ahmed Hamidi et Julien Lambroschini pour l'écriture du scénario, il a en effet délibérément surfé sur la vague féministe du moment. Les hommes c'est bien connu sont depuis des lustres des goujats dominateurs qui désormais doivent payer leur dette vis à vis d'une partie de la gent féminine enragée, à coups de dénonciations sur "me too" ou sur "Balance ton...". Les femmes sont en rogne contre ces messieurs qui ne leur laissent pas assez de place et se moquent d'elles quand elles jouent au foot, Gilles Lellouche va tenter en les faisant entrer dans son "Grand bain" de les réconcilier avec l'autre moitié de l'humanité. Huit loosers pour la plupart quadra ou quinquagénaires vont se lancer le défi incroyable de devenir champions du monde de danse aquatique (tout un programme!). La philosophie surpuissante du film consistant à "faire entrer un rond dans un carré et inversement" (sic!!!) est exposée doctement en entame par la voix rauque de Mathieu Amalric. La maxime a le mérite d'être claire, Gilles Lellouche n'a pas l'intention de faire dans la nuance. On ne sera pas déçu. Outre le mérite, maintes fois souligné lors de la promotion, des huit acteurs à exposer leurs corps dénudés qui ne sont pas ceux de jeunes athlètes, on peut aussi les gratifier d'avoir accepter d'endosser des rôles tellement caricaturaux qu'ils ont souvent bien du mal à les défendre, devant recourir à des mimiques qui trahissent leur inconfort plus qu'elles ne participent à faire avancer l'histoire ou à nous arracher un sourire. Un revendeur de piscine en quasi faillite pour ne pas avoir pensé plus tôt que le climat régional n'était pas propice à son commerce (Benoit Poelvoorde), un chef de chantier acariâtre qui martyrise sa petite famille après avoir été lui-même malmené par sa maman (Claire Nadeau) qui lui rappelle combien il est laid à chaque fois qu'elle le voit, un improbable rocker (Jean-Hugues Anglade) de salles des fêtes sexagénaire qui ne s'est pas encore remis de n'avoir pas intégré les Rolling Stones, un chômeur (Mathieu Amalric) dépressif au tempérament lunaire qui ne sait plus très bien où il habite et que sa femme (Marina Fois) patiente, soutient comme elle le peut et enfin un maitre nageur (Philippe Katerine) à la voix de fausset, sans doute encore vierge faute d'avoir su prendre à temps le bateau pour quitter "L'île aux enfants" (émission de télévision très populaire des années 1970). Pour se hisser jusqu'au titre, la petite bande sera encadrée tout d'abord par une ex-championne de la discipline (Virginie Efira) alcoolique, en déshérence sentimentale puis par son ex-partenaire (Leila Bekhti) devenue paralytique, incapable de parler sans hurler et injurier et qui cerise sur le gâteau, ne rechigne pas à frapper ses dociles élèves avec une cravache. Tous ces personnages improbables qui dans la vraie vie ne tiendraient pas plus d'un quart d'heure réunis dans la même pièce, vont former un groupe uni à la vie à la mort qui pour souder son osmose a choisi de faire du vestiaire de la piscine un cabinet de psychanalyse improvisé où chacun raconte ses malheurs en maillot de bain, allongé à côté de ses camarades d'infortune, grimaçant à qui mieux-mieux devant tant de mal-être intérieur. C'est ce que l'on appelait autrefois "délivrer un discours infantilisant" ou plus vulgairement faire "prendre des vessies pour des lanternes". Aujourd'hui cela s'appelle "entrer en empathie" ou encore être un militant proactif du "vivre-ensemble". Mais Gilles Lellouche était certainement dans le vrai car avec ses plus de quatre millions d'entrées, le film a réussi à rentabiliser un budget plutôt élevé pour un film national sans effets spéciaux (un casting de choix ça se mérite!). Pour être tout à fait juste, il faut saluer la prestation de notre équipe nationale de "cabossés" de la vie qui face à des athlètes musclés et affutés est allée jusqu'en Norvège (la seule partie réjouissante du film) pour ramener le titre mondial de natation synchronisée masculine. Cocorico !!