Attention ! Trompe-l'œil... Sous l'emballage hyper stylisé de ce drame conjugal drapé d'un faux polar se cache peut-être un brûlot social..? Après une nuit agitée de rêves violents et étrange (preuve que la fonction imaginaire du film m'a bien remué), je n'ai cessé de penser à ce "Nocturnal Animals" visionné hier et à ce qu'il a bien voulu nous dire... De fait, c'est en lisant les réactions de certains internautes qui pointaient l'absurdité des séquences d'ouverture et de fin du film que m'est apparue une interrogation. Tom Ford nous aurait-il en fait proposé une métaphore sur le combat de la nature humaine (faiblesse, amour, velléités, ambivalence, valeurs, hasards, destinée) contre le modèle ultra libéral incarné ici par l'héroïne et son environnement, le monde de l'art contemporain (pragmatisme, calcul, provocation, avidité, cynisme, cruauté, inhumanité, vacuité) ??
Avec cette grille de réflexion, la mise en abyme et les jeux de miroirs de la narration m'ont semblé infiniment plus riches: l'héroïne comme personnage réel et fictif, "succes woman" mariée mais infiniment seule, lectrice se projetant en victime, mais révélée par son ex-mari comme étant le véritable meurtrier du polar qu'il lui dédie...
La fin de la bande-annonce abonderait dans ce sens. Il peut paraître étonnant que Tom Ford ait pu signer une œuvre aussi amère et revancharde sur un monde dont il a été l'un des plus beaux représentant mais après tout, on ne peut pas lui reprocher d'ignorer son sujet !! Je ne m'étalerai pas sur les qualités du film maintes fois évoquées: qualité de la mise en scène, du casting et de la photographie. C'est parfois trop soigneux et j'ai même eu peur que l'histoire ne démarre pas dans la première 1/2 heure. Mais je ne bouderai pas plus mon plaisir. Et j'ai beaucoup aimé l'hommage de Tom Ford à David Lynch (l'usage de la couleur rouge entre autres), que j'ai trouvé intelligent, tout en proposant un film plus compréhensible que ceux du maître.