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chas
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3,0
Publiée le 10 février 2016
Une maison aux volets fermés au milieu des champs de canne à sucre boliviens. Le rythme lent convient bien pour accompagner la fin de vie d’un travailleur épuisé par le travail. Son père revient l’assister, lui qui est parti loin depuis des années. Sous ses allures de macho latino, il va à l’encontre du cliché et se fait tout doux avec son ancienne épouse, restée sur ses terres et avec son petit fils qu’il initie aux chants d’oiseaux. L’entreprise qui emploie aussi cette vieille femme et sa belle fille est intraitable et surexploite les coupeurs de canne. Etouffant et fort.
Le film dégage une impression étrange, en cela il est original. C'est un drame social et humain, amené par l'arrivée du patriarche, de retour dans sa famille. Le film hésite entre les problèmes sociaux des coupeurs de cannes à sucre et les problèmes familiaux, les deux étant liés. Le film est beau, superbement filmé, mais manque singulièrement de rythme. Le scénario est sans surprise et du coup le film laisse un peu sur sa faim. La maitrise du film impressionne quand même.
La Terre et l’ombre, si magnifique soit-il, est malheureusement cruellement sous influences…♥♥
Dès les premiers plans de La Terre et l’Ombre, nous remarquons les images; belles, magnifiquement photographiées et somptueusement mises en scène par la caméra mobile de César Acevedo. Lauréat de la Caméra d’or remis au meilleur premier film lors du dernier Festival de Cannes, Acevedo, fait preuve d’une admirable maitrise du matériel cinéma dans sa mise en scène, et ce, malgré son peu d’expérience. Clairement, il a étudié en détail le cinéma pour en venir à produire une œuvre à ce point aboutit techniquement, ce qui pose toutefois rapidement problème comme nous le verrons.
La terre et l’ombre raconte l’histoire d’un homme qui revient à la résidence familiale, qu’il avait quitté il y a une quinzaine d’année, pour être au chevet de son fils très malade. Les relations tendues avec son ex-femme, couplées avec celles plus tendres avec son petit fils et tous les autres membres de la famille, seront entremêlées de troubles sociaux plus forts alors que les ouvriers agricoles manifesteront parallèlement leur mécontentement suite au manque de salaire pour leur travail sur la terre.
la terre et l'ombre
Un cinéaste sous influences
Comme nous l’effleurions toutefois, une fois l’émerveillement du tape-à-l’oeil des images passé, nous restons perplexe face à ce qui se déroule sous nos yeux. La mise en scène, si réussie et maitrisée soit-elle, est cruellement sous influence, du plans fixe du personnage principal avançant sur la route au début du film au plan fixe de la femme de la maison assise sur un banc à la fin. . Acevedo a malheureusement la malédiction de ces cinéastes qui en viennent au cinéma après avoir vu et analysé beaucoup trop de films. Si certains en viennent à offrir néanmoins une œuvre originale et intéressante, Acevedo ne réussi à dépasser le cadre de sa mise en scène avec un propos qui n’est rien de plus qu’un drame familial des plus classique et sans grande impulsion.
Nous pensons à Wenders, pour ce moustachu hirsute réapparaissant au sein de sa famille, à Tarr our Reygadas pour ces plans longs et langoureux en mouvement… Entre l’approche réaliste et contemplative pour un drame de cet acabit, Acevedo prend le pari de la seconde. Si le mariage entre le propos et la mise en scène est somme toute de bon ton, le mélange des genres est toutefois, avec les brèves incartades sociales impliquant les ouvriers, plutôt mal amené. Il semble davantage témoigner d’un manque de profondeur de la part du metteur en scène ou encore de la crainte de manquer de souffle avant la fin du film. Plutôt que d’élargir son propos en lui donnant une nouvelle dimension, ces apartés ne viennent malheureusement que confirmer nos craintes sur le manque de vision du cinéaste qui ne nous quitteront plus jusqu’à la fin.
César Acevedo évoque ici les retrouvailles d'un homme avec sa famille, 17 ans après avoir quitté celle-ci. Au travers de la maladie de son fils, il prendra conscience du drame, plus collectif, des ouvriers employés dans les grandes exploitations agricoles colombiennes, où les orangers et les arbres à pluie ont cédé la place à des cultures plus lucratives...
Deux cadres délimitent l'espace de ce film : l'intérieur caravagesque de la maison familiale, lieu d'agonie du fils, et l'extérieur, où s'étendent à perte de vue des champs de canne à sucre, qui s'éploient autour de la demeure, comme pour l'étrangler. C'est que dehors, pour récolter plus facilement la canne, celle-ci est d'abord brûlée. L'air est alors ensemencé de cendres, sorte de pluie noire toxique, telle qu'il en tomba sur Hiroshima, le 6 août 1945...
Dans ce paysage d'apocalypse, où la nature est suppliciée, industrialisée, pour mieux entretenir le diabète des sociétés occidentales, et où les paysans ne sont plus que des ombres lacérées, couvertes de suie, des morts-vivants enveloppés d'un linceul de fumée, le malade, dont la respiration est de plus en plus douloureuse, ne trouve un peu d'apaisement que dans les ondoiements d'un voilage de dentelle. Le message est le même que dans L'étreinte du serpent, autre film d'origine – en partie – colombienne : les blessures infligées à la nature ne laisse pas l'Homme indemne !
Ce premier long métrage, empreint d'une tristesse profonde, se distingue par une maîtrise technique impressionnante. Chaque plan est construit avec un soin ciselé, avec, souvent, comme point de repère, l'ultime arbre à pluie de la ferme familiale. Son port majestueux, semblable à celui d'un arbre-monde, apparaît comme le souvenir mélancolique d'un éden a jamais disparu...
La tierra y la sombra est un film sobre et efficace.C’est un récit familial. Le temps s’écoule lentement comme le film. Trop lent certainement pour nous spectateurs mais ce rythme est nécessaire pour comprendre la souffrance quotidienne de vies qui sont finalement sacrifiées. Les salariés de l’exploitation sont des galériens. Le travail les tue, c’est presque un assassinat. L’exploitant ne donne rien pour les aider à se soigner. La photographie est magnifique. La mise en scène est minimaliste, les dialogues peu nombreux. La réalisation est un peu trop rigoureuse. Peut être cela nous empêche de trop nous impliquer. De nous faire comprendre l’urgence de la situation. La tierra y la sombra est un drame sincère, épuré et sombre.
C'est lent... mais ce sont aussi des moments poignants (la rencontre d'un homme et d'une femme qui ne se connaissent plus), des allégories (les oiseaux qu'on entend mais que l'on ne voit plus...), des réalités (les "grandes cultures" qui balaient tout: la nature originelle, les petites gens,...). Des vérités qui accablent mais qui sont aussi un puissant stimulant une "leçon" pour ne pas se laisser "bouffer par le système" mais sans militantisme. Belles images aussi avec des plans fixes parfois pesants, mais c'est sans aucun doute fait exprès. Pas un "grand film" mais un "beau film" dans la sélection de la Semaine de la Critique Cannes 2015.