Le scénario (allez soyons sympas !!!) tiendrait même pas sur trois lignes mais la réalisation de l'impersonnel mais solide Norman Z. McLeod, metteur en scène qui était capable de bien charpenter les délires les plus burlesques des acteurs les plus burlesques, la source quasiment intarissable de gags et l'immense talent du véritable maître d'oeuvre W.C. Fields, vraiment en très grande forme, font qu'on passe un bon moment. Et puis sous des airs anodins de comédie burlesque aux très bons gags se cache un film beaucoup moins inoffensif qu'il n'en a l'air. La vie de l'américain moyen, ici W.C. Fields qui doit juste faire face aux pires casse-couilles de l'univers, la cellule familiale et puis la sacro-sainte institution du mariage, et ceci pour cette dernière avec une férocité qui n'a rien à envier à celle dont fera preuve Pietro Germi plus d'un quart de siècle plus tard dans "Divorce à l'italienne", sont montrées comme des véritables enfers ; pas très politiquement correct car n'allant pas du tout dans le sens des bonnes vieilles valeurs américaines. Résultat : un burlesque poil à gratter qui ne fait pas de mal.
Non seulement cette comédie ne m'a pas décroché un rire (usant de gags, de réactions absurdes des personnages - que l'on mette cet aveugle grossier à la porte!, de répétitions ennuyantes, de comportements vulgaires ou impolis), mais suivre le départ vers la Californie d'un homme passablement méprisable accompagné de sa femme acariâtre (à raison: qu'il doit être douloureux d'être mariée à un tel raté!), de sa fille insignifiante et de son fils agaçant (futé du moins) ne provoque strictement aucun intérêt! Certes, on sent la critique sous-jacente sur la société, mais c'est bien la satire de caractère qui prend le dessus sans mener bien loin, à l'image d'une réalisation plate au possible... Une arnaque, oui!
Si l'on compare Une Riche affaire à Mines de rien (qui sont peut-être les plus célèbres films de W.C.Fields), on trouve un schéma narratif en tous points semblables : l'intrigue est reléguée au second plan pour permettre à Fields de laisser libre cours à ses gags et ses plaisanteries. Il s'agit toujours du personnage du poivrot paisible et maladroit (et au nom impossible, en l'occurrence Harold Bissonette) , qui souffre d'injustices de la fortune et du caractère insupportable de sa famille, et après une série de malheurs qui vont en crescendo, se retrouve inexplicablement richissime. Une fois de plus, Fields n'évite pas les lieux communs : une épouse acariâtre et horripilante, le fatigué incapable de trouver du repos (dans une séquence pourtant digne de Buster Keaton). Une riche affaire a été réalisé par Norman Z.McLeod, ce metteur en scène qui s'effaçait derrière le génie comique de ses acteurs, véritables vedettes de ses films, des Marx Brothers à Bob Hope en passant bien évidemment par W.C.Fields. Certaines séquences sont irrésistibles, celle justement de la nuit pénible du héros, mais aussi le démarrage difficile de la voiture, accompagné d'éternels "au revoir", et surtout le pique-nique sans gêne dans une riche propriété privée, et où Fields et sa famille n'en finissent pas de tout démolir.
Soyons justes, on est loin d'être écroulé de rire mais c'est néanmoins assez amusant. Mais par delà les gags aussi savoureux qu'ils soient dans leur absurdité, on retiendra surtout une peinture iconoclaste assez réjouissante de la petite famille américaine.