Bourdieu se vautre dans un biopic à quelques kilomètres de Céline. L'ensemble de la narration se serre autour de 1948, ce qui eut dû faciliter l'entreprise : pas besoin de faire la généalogie d'une personnalité géniale et ambiguë. Il suffisait de camper un caractère fixe, en s'inspirant des nombreuses interviews filmées ou enregistrées de l'écrivain. Mais quiconque regardera tour à tour ces dites interviews et le film se rendra compte de l'échec total du film ; il n'y a pas même besoin pour ça de se plonger dans la poésie, dans la musique de ses œuvres... le langage légèrement déformé, le regard vif, les réponses métaphoriques ou ironiques de l'homme à la fin des années 50 suffisent à révéler que Denis Lavant, dans son théâtre comme au cinéma, ne joue qu'un pastiche de grossièreté... en plus d'oublier tout "raffinement". Scènes semblables : vous comparerez les discussions de Hindus avec Céline sur son travail, ses réponses, et celles du vrai Céline à des questions similaires. Le mauvais biopic ne fait jamais qu'abaisser l'intelligence de celui qu'il est censé illustrer. En terme d'abaissement, filmer de haut un Lavant déjà petit, alors que toutes les personnes qui ont connu Céline le décrivent comme grand et charismatique... c'est être le génie de la subversion des âmes.
Que reste-t-il du film, quand toute la partie de reproduction du personnage Céline est ratée ? Une intrigue qui ennuie, fondée uniquement sur le livre de Hindus, qui est un pamphlet contre l'écrivain ; un antisémitisme qui n'a même pas violence logorrhéique qu'on attendrait après avoir lu les pamphlets de Céline ; un talent cinématographique assez nul, plein de clichés, et de scènes bien sympathiques mais sans force.
Bourdieu aurait dû prendre encore plus de risque, quitte à assassiner l'auteur... il en serait peut-être ressorti un peu plus : un biopic sur la vie entière, lettres de Céline enfant à l'appui, lettres de guerres, témoignages, Voyage au bout de la nuit, les Pamphlets, l'après-guerre, Meudon... Quelque chose de plus sombre, sur la vie et l'homme.