Valérian et Laureline, j’en ai lu un seul album il y a de cela au moins 30 ans et ça ne m’avait pas plus inspiré que ça. Peut-être étais-je alors trop jeune pour apprécier mais d’un autre côté, cette méconnaissance du matériau d’origine me permet, pour une fois, de ne pas être tributaire d’attentes ou de références visuelles et scénaristiques que toute adaptation cinématographique est vouée à trahir dans des proportions variables. De plus, à l’écran, j’ai tout de même retrouvé l’essence de ce qu’était, à mes yeux, la BD de Science-Fiction française des années 70 et 80, celle de Métal Hurlant, de Moebius et de Jodorowski : un mélange virevoltant de Space-Opera et de Fantasy, un peu comme Star Wars l’était mais dans des proportions et avec une audace visuelle et conceptuelle bien supérieures...ce qui me laisse penser que Besson s’est montré capable de rester fidèle à cet univers tout en s’en écartant quand c’était nécessaire, le rythme soutenu de l’action en apportant la preuve. De ce point de vue, ‘Valérian et la cité des milles planètes’ est sans doute la meilleure adaptation de BD francophone qu’on ait vu depuis des années, même si avec une concurrence incarnée par Spirou, Gaston Lagaffe ou Boule & Bill, la victoire ne me semble pas chèrement acquise ! La principale faiblesse de cette superproduction hexagonale était, de toute façon, totalement attendue : Besson a agi comme le fanboy qu’il est vis-à-vis de la série de Christin et Mézières et a écrit le scénario et les dialogues tout seul, alors que depuis le temps, quelqu’un chez Europacorp aurait quand même du prendre son courage à deux mains pour lui dire que l’écriture n’est franchement pas son point fort. Du coup, les discussions entre Valérian et Laureline, leur flirt maladroit, leurs tentatives d’humour, tout tombe affreusement à plat, et convoque les souvenirs pénibles de Anakin et Padme...ce qui n’arrange rien à la monumentale erreur de casting des deux personnages principaux, incarnés par un Dane DeHaan insipide et une Cara Delevingne à gifler les trois quarts du temps. Du coup, à un certain moment, le scénario passe complètement au second plan, et il faut faire des efforts pour se rappeler que Valérian et Laureline - qui ça? - explorent la station Alpha - quoi ça ? - à la recherche le réplicateur-kawaï-chieur-d’objets-clonés (je ne suis plus tout à fait certain de la formulation exacte de la bestiole). Pour en revenir à la filiation Star Warsienne, si Lucas écrivait des dialogues pénibles, en revanche, il savait parfaitement écrire des scènes d’action et, cette fois en tout cas, Luc Besson aussi. Le film ne manque pas de morceaux de bravoure spectaculaires, de courses-poursuites ébouriffantes, ou de scènes d’action ultra efficaces menés à une allure grisante...ce qui nous amène directement au défaut de cet avantage : compte tenu de cette obligation de tenir la dragée haute aux blockbusters américains, on n’a pas le temps de profiter autant qu’on le voudrait des décors, des personnages secondaires et du bestiaire, qui constituent la véritable réussite du film, autant grâce à leur luxuriance visuelle (par exemple, la planète paradisiaque des Mül) que dans certaines trouvailles originales et brillamment exploitées (la planète-souk, qu’on ne peut visiter que virtuellement). De ce point de vue, Valérian est beaucoup plus satisfaisant que l’écrasante majorité des blockbusters américains et on renoue même occassionnellement avec la surprise et l’émerveillement qu’on avait pu ressentir à la découverte du “Cinquième élément�. Ecrit, réalisé et produit par le même homme, ‘Valérian et la cité des milles planètes’ est finalement presque un film d’auteur “auto-produit� (même si Besson est sans doute le seul auteur à pouvoir mettre 170 millions sur la table pour un projet perso), au sens où il semble n’être le fruit d’aucun compromis, ce qui devient rare de nos jours : qu’il s’agisse d’élaborer des univers numériques somptueux, de foirer les dialogues, d’aligner le bestiaire le plus kitsch qu’on ait vu depuis Le Retour du Jedi ou de caster Rhianna en transformiste métamorphe, Alain Chabat en pirate de l’espace et Herbie Hancock en général de la fédération, tout est à mettre à l’actif et au passif de Besson, qui a fait exactement ce dont il avait envie, que les idées soient bonnes ou plus douteuses. Le résultat final est un space-opera boursouflé, bancal et souvent maladroit...mais aussi rafraîchissant, généreux et débordant de liberté créative, toutes choses qui, à niveau équivalent de budgétisation, ont déserté le cinéma américain depuis longtemps.