Durant sa première décennie d’existence, ‘Heavy metal’ fut une traduction américaine du magazine français “Metal hurlant’ et une fenêtre ouverte sur la science fiction et la fantasy européennes pour adultes. Les difficultés du magazine en France, l’importance du marché américain, l’évolution des goûts du public tout simplement, entraînèrent un éloignement des deux versions et, en 2000, Heavy metal était presque totalement américanisé. Dans cette nouvelle adaptation, les fondamentaux du récit “Metal hurlant” sont de la partie : des voyages dans l’espace, des races mystérieuses et des artefacts magiques, des grosses pétoires et des amazones à très gros poumons qu’un rien habille. On est en l’an 2000, le monde est plus libéral qu’il ne l’était 20 ans plus tôt, et ‘Heavy metal 2000’ n’hésite pas à s’adonner à une surenchère (relative) de violence, de gore et d’érotisme par rapport à son grand frère, avec Pantera et Machine Head en guise de bande originale adaptée. En revanche, il se montre plus limité que ce dernier sur les plans narratifs - les personnages sont désagréablement lisses et le reste est à peine plus relevé qu’un jeu vidéo de la même époque - et visuel : de ce point de vue, l’esthétique habituelle du dessin-animé américain réaliste ou semi-réaliste m’a toujours déplu et l’usage soutenu d’effets numériques alors balbutiants a vraiment pris un méchant coup de vieux. Au fond, peu importe car l’esprit de ‘Heavy metal’, tel qu’il s’incarnait toujours à cette époque, était à la fois révolté et con, très MTV donc, et consistait à ruer dans les brancards du bon goût, de ne jamais redouter l’excès et de se vautrer comme un goret dans tout ce qu’il est impossible de juger noble et digne : à ce compte là, le résultat remplit son office sans se fouler mais sans démériter non plus, et reste une curiosité, le reflet d’une autre époque…encore qu’il y a vingt cinq ans, il avait déjà l’air d’un objet temporel non identifié égaré dans une ère qui n’était pas la sienne.