Après le film culte des années 20 et le projet beaucoup plus oubliable de la fin des années 70, c'est Robert Eggers qui s'attaque au mythe de "Nosferatu". N'étant pas un fan de l'œuvre originale, j'avoue avoir douté de ce projet. Mais clairement, le fait que ce soit Robert Eggers aux commandes m'a rassuré, ayant beaucoup apprécié son dernier film. Et globalement, je dois dire que le résultat est plutôt réussi ! En tout cas, pour moi, c'est la meilleure version de cette histoire. Sur le papier, elle reprend pourtant toute la base de celle-ci, avec ce voyage de Thomas qui l'amènera à rencontrer Nosferatu. Cependant, quelques petites choses ont déjà été un peu modifiées, et je pense surtout à l'importance du personnage d'Ellen. Dans l'œuvre originale, j'avais assez peu accroché à celle-ci, cette dernière n'étant pas explorée plus que cela. Ici, tout son lien avec Nosferatu est expliqué en profondeur, Robert Eggers y rajoutant plusieurs de ses thématiques. On y retrouve cette approche de la masculinité toxique que l'on avait vue dans "The Northman", qui est ici associée au personnage de Nosferatu. Ellen est donc bien plus intéressante, et le lien avec le démon est encore plus important. Malgré tout, celui-ci reste encore au centre du film, et je dois dire que Bill Skarsgård est parfait pour le rôle. Évidemment, je préférerais toujours l'interprétation de Max Schreck en 1922, car son maquillage et sa posture étaient iconiques. Mais ici, je le trouve quand même assez convaincant, même si l'image aide clairement à cela. Pour moi, c'est d'ailleurs le gros point fort du film, car la mise en scène est plus qu'étudiée et impressionnante. On est réellement plongé dans l'ambiance, par le fait que l'on retrouve cette photographie très désaturée notamment. Celle-ci est clairement propre à ce réalisateur, mais la pénombre sera encore plus utilisée que d'habitude au sein de ce projet. Tout d'abord, au niveau du montage, avec beaucoup de transitions jouant sur le noir pour fonctionner. Mais aussi pour créer des images iconiques, et j'en aurais beaucoup trop à énumérer si je devais aller plus loin à ce niveau-là. Je parlerai de cette scène d'introduction par exemple, qui est sur l'affiche, ou bien de cette superbe reconstitution de la ville étant parcourue par l'ombre de la main de Nosferatu. Le travail de reconstitution a d'ailleurs été plus qu'abouti, les décors étant particulièrement puissants. Par conséquent, le long-métrage est globalement très sombre, dans l'optique de garder une certaine forme de mystère, notamment autour du personnage de Nosferatu. Par exemple, il faudra de nombreuses apparitions de celui-ci pour vraiment se rendre compte de son design, le réalisateur choisissant de le traiter comme une créature extrêmement complexe à appréhender. On commence par ses mains, ses yeux, puis son corps, pour enfin y voir l'ensemble. Cela renforce sa présence, et c'est également le symbole de l'excellent travail de réalisation de ce film. Cependant, malgré tous ces efforts, je trouve que le film possède beaucoup de longueurs. Je pense notamment à la deuxième partie du long-métrage, car Robert Eggers a choisi de rajouter énormément d'éléments à celle-ci. Là où l'œuvre originale va assez vite à partir de ce moment-là, ce film-ci traîne beaucoup la patte. Sur le papier, ce n'est pas un problème, mais beaucoup d'éléments qui sont ajoutés ne servent pas à grand-chose. Je pense notamment au personnage joué par Willem Dafoe, qui, s'il est bien interprété par ce dernier, aurait vraiment pu être retiré du script. Par conséquent, malgré cette conclusion qui tire sur la longueur, je recommande quand même ce film. C'est toujours un plaisir de voir un projet de Robert Eggers au cinéma, car même si ce n'est pas un style qui m'attire énormément, on ne peut pas enlever à ce réalisateur qu'il a beaucoup de talents. Pour conclure, une bonne adaptation.