Voici donc le fameux "Métropolis"...pour sa première partie, je confirme: un chef d'oeuvre de SF culte et incontournable. Une vision très pessimiste du futur se présente au spectateur: celle d'une humanité divisée en deux "classes", dont l'une vit une idylle dans un monde merveilleux tandis que l'autre travaille sous terre et sans répit pour la première classe. Cette société futuriste esclavagiste et déshumanisée par le travail et les machines nous est dépeinte avec brio et art par Fritz Lang. Le scénario est prenant dès le début: on s'attache au personnage principal et à son rêve de fraternité, on est fasciné par cet univers. Visuellement le film est extraordinaire; non seulement de par ses décors révolutionnaire, mais aussi grâce à l'onirisme et à la poésie de sa mise en scène (ça doit être ça, l'expressionisme allemand...); signalons au passage que le film abonde en références mythologico-antiques (les décors utopiques dans laquelle vit la classe supérieure ne sont pas sans rapeller les jardins suspendus de Babylone, la monstrusoité du travail à la chaine est rendu explicite par la comparaison à Moloch, et la référence à la Tour de Babel est une allégorie de la folie des grandeurs des hommes...), qui donnent à ce film une ambiance surréaliste et le rend efficace et pertinent dans son propos. Chaplin n'est pas le seul à avoir dénoncé le système capitaliste: Lang nous dévoile dans la première partie de Métropolis toute la monstuosité du travail à la chaîne,et la société inhumaine qui en découle. "Entre le cerveau et la main, le médiateur doit être le coeur": très belle phrase, qui peut résumer la thèse du début du film. En matière de SF, Lang introduit le thème de l'ambiguïté robot-être humain avec la présence d'un magistral androïde. Bref, une première partie passionnante, humaniste, prémonitoire et poétique. Puis, à partir de la création de cet androïde, tout part en c*******. Le film change radicalement de point de vue: voilà que les travailleurs se rebellent (mon dieu!) contre leurs patrons (les pauvres!), ils se défoulent sur l'usine qui les as exploités (quelle abomination!) pour plus d'égalité (pourquoi pas pour la liberté tant qu'on y est?)! Fritz Lang opère une diabolisation, non à propos des machines, mais des ouvriers et de leur "folie destructrice"...il recourt encore à la comparaison mythologique, biblique cette fois, afin d'assimiler les Sept Péchés Capitaux à.....l'insurrection des ouvriers! "Entre le cerveau et la main, le médiateur doit être le coeur": cette phrase prend un tout autre sens dans la seconde partie du film, plus explicitement à la fin: l'ouvrier est un être irresponsable lorsqu'il est livré à lui-même, qui a besoin de son gentil patron pour mener sa vie et son travail à bien. Aussi incroyable que cela puisse paraître, voilà à quoi on pourrait réduire le second acte de cette oeuvre! Autant la première partie auait plu à Karl Marx, autant la seconde partie aurait réjoui Mussolini (ce film était d'ailleurs l'un des favoris du Duce...). Si quelques scènes restent réussies (la poursuite dans la cathédrale est magistrale), cet incompréhensible changement de point de vue, ote tout son souffle, sons suspense et sa portée à ce qui aurait pu être un pur chef d'oeuvre...Toute sa vie, Lang regrettera la fin de son film, voulue par sa femme, la scénariste Théa von Harbou (qui sera pour anecdote membre du nazisme...); on ne peut que regretter avec lui ce revirement. Bref c'est à voir absolument pour sa première moitié, à regarder avec un certain recul pour sa seconde partie...