Comme pour Citizen Kane, Le Cuirassé Potemkine ou Le Voyage dans la Lune, Metropolis est difficile à juger avec les standards actuels. Faut-il le voir comme si l'on était en 1927 ou prendre en considération sa traversée temporelle ?
J'aurais plutôt tendance à opter pour la deuxième lecture. C'est d'ailleurs un des traits distinctifs du chef-d'œuvre, tout art confondu : certains grands classiques de la musique classique, qu'on soit réceptifs ou non à leur mélodie, demeurent des compositions remarquables.
Au cinéma, c'est pareil : Sueurs froides, comme Mullholland Drive ou Le Voyage de Chihiro sont des chefs-d'œuvres de leur génération, et, en dépit des années, ont conservé leur grandeur. Par ailleurs, à leur sortie, ce sont aussi des œuvres qui ont beaucoup apporté au cinéma, techniquement ou scénaristiquement.
On reconnaît à Metropolis un avant-gardisme exceptionnel pour l'époque. D'abord sur sa lecture marxiste de la société ; puis dans ses décors virtuoses. 1984, Le Roi et l'Oiseau, Blade Runner ou Pauvres Créatures, entre autres, suivent le sillage de Metropolis.
Maintenant que l'on est conscient de son impact artistique, on peut aussi reconnaitre que le rythme de Metropolis, par son mutisme et la lenteur du scénario, nous disperse un peu. Et que, contrairement aux comédies de Chaplin ou de Keaton, l'interprétation des acteurs s'intègre moins bien à ce type de registre cinématographique et paraît, par conséquent, plus suranné.