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Un visiteur
5,0
Publiée le 13 novembre 2019
Baccalauréat est un grand film. Cristian Mungiu rappelle le cinéaste iranien Asghar Farhadi avec une intrigue policière qui se mêle à l'étude psychologique des personnages assez similaire de celle du grand cinéaste Iranien. Mais si en Iran il serait impossible de parler de la corruption du pouvoir et des institutions, car tout le monde à tous les échelons est coupable à des degrés divers, Cristian Mungiu lui a une grande liberté. Alors bien sûr le mythe des études à l'étranger est dénoncé, oui mais le public et les critiques en France qui ont adoré ce film envoient tous leurs enfants justement faire leurs études à l'étranger. Vous voyez le comique de la situation. J'espère que Cristian Mungiu les fera réfléchir sur leur hypocrisie, leur fausseté ou peut-être croient-ils naïvement que le film de Cristian Mungiu ne dénonce que le système scolaire roumain ? Que penser en France de ces parents qui contournent la carte scolaire ? Jérôme Forqueret écrit dans son livre l'Archipel Français :" La nature inégalitaire du système scolaire français est ressentie par les Français. Ce système n'assure pas à chaque enfant la même chance de réussir sa scolarité." C'est justement le thème central du film. Alors duplicité du public français ? Ont-ils compris le film ? Le film s'adresse justement à cette classe favorisée française (les CSP+) car hélas on se doute qu'un certain public seulement pourra voir ce film en France. Mais à travers son histoire Cristian Mungiu montre que c'est aussi une critique du système scolaire français. C'est ça qui est fascinant dans son film. On ne voit ça écrit nulle part. Baccalauréat est sans doute un des films les plus importants de ces dernières années car il montre la société, les inégalités sociales et la décomposition de la société qui affecte les comportements en Europe. Et les gens auraient tort de croire qu'il ne s'adresse qu'à son pays. Cristian Mungiu nous montre aussi du doigt, car nous sommes autant coupables que les Roumains du film. Tous issus des mêmes catégories socio-professionnelles les plus favorisées.
Film qui avait le mérite de partir sur une problématique intéressante : corruption, description d'une société assez méconnue du grand public... Mais les défauts sont trop nombreux et gâchent le plaisir d'être devant un film. Essentiellement : - La répétition à outrance de la difficulté pour ce médecin de vivre en Roumanie. Mais là, le mieux aurait été de le filmer pour ne pas avoir à le faire répéter par tous les acteurs. Parce que franchement, le "héros" du film ne fait absolument pas pitié et si c'est cela la difficulté de vivre en Roumanie (il bosse 30 minutes par jour en moyenne sur le film, connaît toute la nomenklatura de sa ville, est redevable de moult services...) je connais plein d'Européen de l'Ouest (ancienne dénomination) qui voudraient bien prendre sa place. Mais peut être que le réalisateur ne conçoit que la vie occidentale que comme celle des acteurs et réalisateurs français subventionnés ... - Le scénario qui ressemble à celui d'un film "français" : des pistes qui ne débouchent sur rien (le viol...), des effets de manche (les cailloux et la peur ...) et une fin en eau de boudin.
En fait, en y repensant, j'ai trouvé que tous les archétypes de Roumains présentés étaient fort sympathiques, et que le seul méprisable est celui qui cherche à faire réussir sa fille coûte que coûte, c'est à dire en gros lui donner les moyens de devenir mettons, ... assistante parlementaire en France. Je pense que lorsqu'on a si peu à dire sur la société et surtout si peu d'imagination on ne doit pas embêter les spectateurs et se mettre à chercher un vrai boulot. N'est pas Ken Loach qui veut. Il faut surtout en avoir les tripes.
Le film est une immersion dans la Roumanie actuelle autour de la relation entre un père et sa fille. Mungiu explore à travers le prisme de la petite histoire celui de la grande s'écrivant actuellement, dans un pays constamment tiraillé entre son passé (corruption généralisée, pauvreté relative) et son statut actuel d'état tentant de se faire une place au sein de l'Europe. Le film distille quelques éléments issus du thriller dans un récit profondément humain mêlant famille, amour, drame, suspense et société, et qui voit tous les enjeux d'une vie concentrés dans quelques épreuves du baccalauréat. Le passage à l'âge adulte d'Eliza va faire vaciller le monde à la fois illusoire et bancal dans lequel ses parents se sont installés, le tout mis en scène avec retenue et sans fausse note par un Mungiu toujours dans la continuité de ses précédents films.
Baccalauréat n’est pas un film sur un examen. C’est un examen du monde. Cristian Mungiu filme la corruption non pas comme un excès, mais comme une norme. Comme un ciment social. Un père essaie de faire réussir sa fille. Et pour cela, il doit trahir ses principes. C’est toute l’ironie tragique du film : l’homme veut transmettre l’honnêteté, dans un système qui ne récompense que la triche.
Ce que Mungiu met en scène, c’est l’impasse morale d’une classe moyenne épuisée, coincée entre ses rêves d’intégrité et les compromissions quotidiennes. Le père, médecin respecté, devient petit à petit un rouage de ce qu’il dénonce. Il glisse, lentement, sans violence, dans un engrenage où chacun rend service à chacun — à condition de fermer les yeux.
Le film est d’une sécheresse clinique. Pas d’effets, pas de pathos. Juste des silences lourds, des visages fatigués, des décisions prises à huis clos. Mungiu filme la Roumanie post-Ceausescu comme un espace saturé d’espoirs déçus, où la transition démocratique n’a pas effacé l’arbitraire, juste changé ses codes. L’État de droit existe sur le papier. Dans la rue, c’est encore les réseaux, les arrangements, les passe-droits.
Mais Baccalauréat, c’est aussi un film sur la transmission brisée. La jeunesse, censée incarner la sortie du cycle, se retrouve contaminée. Ce que la fille reçoit, ce n’est pas seulement un coup de pouce au bac. C’est une leçon de résignation.
À l’heure où la corruption est souvent traitée comme un scandale ponctuel, Mungiu montre qu’elle est structurelle. Ce n’est pas une pomme pourrie dans le panier. C’est le panier tout entier qui a moisi. Et ça, ça dépasse la Roumanie. Ça parle aussi de la France, de l’école, des élites, de nos propres renoncements.