Si on peut reprocher à « Anon » de ne pas être aussi abouti que ses autres grands frères, « Gattaca », « In Time », « Simone », on ne peut pas lui reprocher de ne pas être aussi innovant. En effet, comme la plupart des films de science fiction d’Andrew Niccol, le scénario de "Anon" part d’un concept technologique d’avant garde. Dans « Gattaca », c'est la sélection génétique, dans « In Time » le temps est devenu la seule valeur d’échange socio-économique, et dans « Simone », c'est l’utilisation au cinéma d’êtres virtuels en lieu et place d’acteurs ou d’actrices. Dans Anon, le concept moteur est l’usage abusif des données personnelles en temps réel, par les citoyens, et les autorités, tous équipés d’un système de vision augmentée. Et comme, pour ses autres films du même genre, le réalisateur Néo-Zélandais construit un thriller très captivant. Le problème est que tous les tenants et aboutissants de l’intrigue, elle même, basée sur des concepts technologiques très avancés, ne sont pas faciles à suivre dans le détail. Mais globalement, la trame se comprend parfaitement. On pourrait qualifier Andrew Niccol de l’Almodovar de la Science Fiction, tant pour la forme que le fond. Les films d’Almodovar sont reconnaissables aux accoutrements chamarrés des personnages, et aux couleurs pétards de ses décors (rouge, jaune et oranger). Autant de signes distinctifs d’une Espagne exubérante, souvent en butte avec ses contradictions. Une société où cohabitent un fort machisme, et une homosexualité masculine importante, une liberté sexuelle et morale qui s’affiche en même temps que le poids oppressant des traditions religieuses. Les habits des personnages des films de SF de Niccol sont toujours sobres, sombres, un peu vintage, tout autant que les voitures. Autant de signes distinctifs du pessimisme que nourrit Niccol pour cette société occidentale du futur, qu’il voit prisonnière d’une technologie extrêmement sophistiquée, contrastant avec un fonctionnement socio économique extrêmement réactionnaire. Ce titre de Almodovar de la SF ne serait pas tout à fait justifié cependant, car Niccol, depuis longtemps, a montré qu’il est aussi capable de réussir dans des genres très différents. « Lord Of War », ou « A Good Kill » en est un bel exemple.