Hellraiser est une saga qui ne fait plus couler d’encre depuis plus d’une dizaine d’années, tombée dans les limbes et dans les bacs à DVD bons marchés, seuls reste dans les mémoires un premier volet et sa suite, inoubliables.
Malmenée comme beaucoup d’autre sagas, Hellraiser constitue néanmoins une exception, chacuns des films de la saga après BLOODLINES, quatrième et dernier volet à sortir au cinéma, sont pensés au départ comme des films indépendants n’ayant aucun rapport avec la saga, mais reliés à celle-ci par des ficelles scénaristique plus ou moins astucieuses par un studio soucieux de garder les droits de la franchise coûte que coûte. REVELATIONS sorti en 2011 marque un tournant important car il est spécialement écrit pour la saga, mais marque avant tout une descente aux enfers désastreuse, qui mérite de ne pas être cité et d’être oublié à tout jamais.
JUDGMENT constitue donc le deuxième récit écrit spécialement pour la franchise, un dixième volet légitime, qui renoue directement avec un univers poisseux et malsain que l’on n’avait plus vu depuis la sortie du second volet en 1989.
Gary J. Tunnicliffe, à la carrière immense dans le domaine du maquillage et ayant notamment travaillé sur la quasi-totalité des Hellraiser, écrit et réalise ce volet tout en incarnant l’un des personnages centraux ; carrière respectable ou non, talent ou non…il se voit offrir la somme de 500 000 dollars pour mettre en scène cette suite.
Ce qui peut sembler être honteux venant de la part de la Weinstein Compagny se révèle être un véritable parie que Gary J. Tunnicliffe relève haut la main.
Avec un tel budget, pas de mise en scène prodigieuse, et encore moins d’effets spéciaux, bande originale et photographie élégantes comme on l’aurait voulu, c’est du direct to video low cost. Mais cependant, il n’en faut pas moins pour le réalisateur, car plus qu’une réussite, ce film repousse le champs des possibles en matière de DTV, une suite osée dont découle une véritable liberté artistique.
Des les premières minutes le film transcende le ton des précédents films de la saga, l’horreur n’est pas suggérée ou presque, le film est très visuel, l’ambiance est malsaine, le décor est sombre, les personnage sont sales, intriguants.
Nous sommes dans une vieille maison abandonnée, le théâtre d’un procès et d’un jugement orchestré par des êtres étranges, trafiquants d’âme pour un Pinhead insatiable et avide de pouvoir.
Une ambiance propre jamais vu dans la saga, utilisant délibérément son aspect de dtv low cost pour coller avec cette ambiance poisseuse et sale, à l’image de ces femmes damnés, nues, enfonçant leur mains dans du vomis contenant le terrible jugement de l’assesseur, un personnage étrange, burlesque et effrayant.
Le film suit ensuite l’enquête de trois policiers sur une série de meurtres, dont chacun ont une signification bien particulière, quel est le lien entre tous ces meurtres ? Sont t’ils l’objet d’un culte ? Son t’ils issues du terrible Judgment de cette maison délabrée ? Chaques pistes mènera peu à peu les trois inspecteurs à Pinhead… et le jugement final ne viendra peut être pas de lui…
Malgré ses moyens limités, le film est honorable de bout en bout, tant par la forme que par le fond, un réel investissement, et des choix de casting astucieux avec de bonnes performances, le hisse largement au dessus de nos attentes.
Pour ce qui est du changement d'acteur pour Pinhead, Doug Bradley, à la grande différence d’un Robert Englund indissociable de son rôle de Freddy Krueger, n’a toujours été qu’un homme avec un masque, ajoutant une touche de charisme certes, mais ses trois réplique par films n’ont jamais pu lui permettre d’avoir de véritable occasions de montrer pleinement son talent, hormis dans des chapitre 3 et 4 où sa présence était impériale. Il est donc pour ma part : largement remplaçable. Paul T. Taylor est un choix astucieux, acteur de théâtre déjà aperçu dans quelques films et séries télé, il ajoute charme et charisme au rôle de Pinhead (choses que le Pinhead de 2011 était totalement dépourvu), accompagné d'un côté mystérieux, comme si une nouvelle fois on ne connaissait plus rien du personnage.
Pinhead, le prêtre des enfers, est définitevement de retour, et le manque de moyen ne gêne en rien la beauté de cette créature, qui a toujours su demeurer impérial en toutes circonstances, hormis dans l’abjecte Revelations ; il est accompagné une nouvelle fois par le Chatterer, toujours campé par Mike Jay Regan.
JUDGEMENT revient aux sources de la franchise, et regroupe de nombreuses choses déjà vues dans les 4 premiers et les 4 autres qui ont suivie, tout en y apportant beaucoup, à savoir son ambiance, son intrigue efficace, ses retournements de situations, et sa galerie de personnages originaux.
Il est a voir et a juger en tant que tel et à sa juste valeur, c’est-à-dire du dtv « bas de gamme » qui se bat pour exister, avoir une vrai identité et une qualité dont c’était pour lui un luxe avec un tel budget.
Une réussite, un renouveau dans la franchise, mais cela est encore très loin d’être la suite ultime que nous attendons tous.
Maintenant que les Weinstein sont hors circuit, le champ des possibles pour la saga est désormais ouvert, ne reste plus qu’a soutenir et apprécier ce volet, et de le faire savoir.
PS : Heather Langenkamp ? Où ça ? J’ai dû cligner des yeux…