Derniers Avis : Guêpier pour trois abeilles - Page 2
Guêpier pour trois abeilles
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Parkko
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4,0
Publiée le 15 août 2012
Très bon film si on se prête au jeu. Ne connaissant pas la pièce de théâtre dont s'inspire le film, je ne savais pas à quoi m'attendre, mais le cynisme dépeint par le réalisateur et l'humour cinglant m'ont bien plus. Une grande farce, une grande satire, où tout le monde ment, même Mankiewicz. Le tout ne pouvait reposer que sur un casting inspiré, et tous se révèlent être convaincants, mais mention spéciale à Maggie Smith, qui arrive à transcender chacun de ses personnages dans ses films...
Une vraie réussite mais qui en laissera probablement plus d'un sur le bas côté, ceux qui n'auront pas su se prêter au jeu.
Adaptation ingénieuse de la pièce de théâtre "Volpone" de Ben Johnson, "The Honey pot" (USA, 1967) de Joseph L. Mankiewicz entretient le cynisme de l'oeuvre originelle. Artiste déjà cynique, notamment sur le milieu d'Hollywood, Mankiewicz trouve dans l'intrigue théâtrale un excellent moyen d'exprimer son regard. A la simple farce moralisatrice de Johnson, Mankiewicz substitue une intrigue à tiroir dont les révélations n'ont de cesse d'émerger. Un homme riche engage un comédien pour jouer le rôle de son serviteur dans la farce qu'il prépare aux trois femmes de sa vie. Pour comprendre la richesse que le film semble contenir, il faut le reprendre au début. Sur scène, des comédiens costumés selon les traditions élisabéthaines jouent devant un seul homme : Cecil Fox. Lorsque s'amorce le dénouement, l'unique spectateur interrompt la pièce. C'est ainsi que Mankiewicz laisse place au film, nous le présentant comme la continuité du théâtre. Le cinéma de Mankiewicz est en effet connu pour n'être bien souvent que l'expression par procuration du théâtre. Théâtre par procuration sans être un théâtre filmé, "The Honey pot" élabore un cynisme tout d'abord amusant avant de tomber dans l'enquête policière dont les vertigineuses intrigues refrènent l'oeuvre. Cette accumulation des révélations, selon une préférence du quantitatif au profit du qualitatif, est le fruit d'une donnée mankiewiczienne : l'art est un mensonge auquel la vie ne saurait ce fier. En divulguant dans les dernières séquences les faux-semblants de la ruse, Mankiewicz écorche doucement l'oignon du récit pour tenter de dégager le coeur du réel. Qu'est-ce, in fine, que le réel pour Mankiewicz ? Une image pittoresque d'un jeune couple sur la place Saint Marc au levée du soleil. Poussant le vice d'un cinéma qui échappe aux cadres de la fiction, Mankiewicz se rend l'oeuvre étrangère à lui-même en l'achevant non pas sur une de ses pointes audacieuses mais sur une image romanesque, bien distincte de ses pieds-de-nez usuels.
Illustre résident vénitien, Cecil Fox se plaît à imaginer de rejouer laction de "Volpone ou le Renard" dans la réalité. Fox signifiant renard en anglais, le choix paraît des plus judicieux. Les prétendants à son fabuleux héritage seront trois femmes quil a aidées à une époque de leur vie et dont il aimerait jauger la gratitude. Pour parachever la distribution de sa "pièce", il ne lui manque quun interprète pour Mosca. Cest sur un certain William McFly quil porte son dévolu. Une inattendue voix de la morale (qui se refuse de lêtre) prendra également part à la représentation en la personne de Sarah Watkins (Maggie Smith), linfirmière anglaise qui accompagne Lone-Star Sheridan. Evoquant par certains aspects le magnifique "Le limier" qui sera cinq ans plus tard le dernier long-métrage de Mankiewicz, ce "Guêpier pour trois abeilles" vire à lexercice de manipulation complet. Grâce à un dernier quart de film des plus prenants, le spectateur finit dailleurs par prendre un malin plaisir à suivre tous ces intelligents rebondissements. Rex Harrison et Cliff Robertson forment une paire complice, joueuse et peu scrupuleuse. Aussi différentes que possible (froide, chaleureuse ou insupportable), les intéressées ne rêvent que décarter rapidement leurs rivales. "Largent, on nen a jamais assez" rappelle à lenvi Cecil Fox, pourtant elles ne sont pas animées par la même vénalité. Ainsi la richissime Lone-Star Sheridan attache t-elle peut-être davantage dimportance à la relation quelle entretint avec lui. Joseph Leo Mankiewicz nous livre une vibrante déclaration dAmour au théâtre. Cest aussi une belle méditation sur le temps et la valeur quon lui accorde.
Un film sur l'imbrication des sentiments : entre admiration, envie et calcul pour un héritage incertain... l'art de réussir est d'être tantôt très prudent et tantôt très audacieux (dixit Napoléon)... avec en argument principal le pouvoir de l'argent... cherche-t-on la quantité ou la qualité ? Mr Fox se désespère à ce sujet...