Le Jeune Ahmed
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poet75
poet75

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4,5
Publiée le 22 mai 2019
« Il faut aimer Ahmed, pas le juger », affirment les Frères Dardenne à propos du personnage éponyme de leur nouveau film. On reconnaît bien, dans cette affirmation, la manière de faire des deux réalisateurs, la qualité de leur regard. De film en film, ils n’ont cessé de proposer la bienveillance plutôt que le jugement qui pourrait si facilement glisser vers la condamnation. Pensons, par exemple, au personnage joué par Cécile de France dans « Le Gamin au Vélo » (2011), personnage qui ne se laisse pas priver de sa prévenance envers un enfant dont le comportement pourrait en décourager plus d’un.
Il y a quelque chose du même ordre dans le film qui vient d’être présenté à Cannes. Cette fois-ci, le regard des deux frères se tourne du côté de l’islamisme radical, non pour essayer d’en expliquer les raisons, mais pour approcher au plus près d’un de ceux qui adhèrent à ce courant : un jeune garçon comme il y en a, malheureusement, plus d’un, mais que les Dardenne ont pris soin de ne pas trop identifier aux clichés habituels lorsqu’il est question de ce sujet. Avec ses lunettes et avec sa bouille plutôt avenante, Ahmed ne ressemble guère aux images toutes faites. Dans sa famille, certes, il n’y a pas de père, mais le garçon est aimé par sa mère qui, manifestement, veut le meilleur pour lui. En le voyant, on a le sentiment qu’il est plutôt bien entouré et, néanmoins, on découvre qu’il s’est laissé séduire par les propos inflexibles d’un imam radical.
Ahmed est à un âge où l’on est influençable, un âge où l’on peut facilement se laisser envoûter par un adulte qui s’exprime avec autorité tout en sachant manipuler autrui. Du coup, son regard se transforme et il se met à considérer tout contact avec les femmes comme impur. C’est d’ailleurs devenu l’obsession première de ce garçon que cette question de pureté et d’impureté. On le voit, plusieurs fois, faire ses ablutions non seulement avec soin mais avec une sorte d’acharnement, comme s’il redoutait de conserver sur lui le moindre indice de souillure.
Pourtant, dans son parcours, quelque chose change petit à petit. On le devine à certains signes. Alors que le garçon, parce qu’il a commis un acte d’une extrême gravité envers une femme dont l’imam estime qu’elle est coupable d’apostasie, se retrouve en centre éducatif, quelques indices font entrevoir l’ébauche d’une fêlure dans sa carapace de musulman fondamentaliste. Même s’il semble toujours déterminé à commettre l’irréparable, cherchant à dissimuler ses intentions à ses éducateurs, il n’en reste pas moins qu’il tient à écrire une lettre d’excuse à sa mère. Et puis surtout, il y a la présence d’une jeune fille de son âge, une jeune fille qui s’est entichée de lui et qui profite d’une occasion pour l’embrasser. Tout cela est fort innocent, mais pas aux yeux d’Ahmed, toujours obsédé par la nécessité de rester pur.
spoiler: Les Dardenne suivent le garçon dans son obstination, à la fois en laissant entrevoir les terribles conséquences qu’elle pourrait avoir et en ménageant une issue envisageable vers quelque chose de l’ordre d’un pardon.
Christian Wacrenier
Christian Wacrenier

24 abonnés 33 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 23 mai 2019
On retrouve dans ce film l'écriture des frères Dardenne, nerveuse, près des corps. On retrouve également leur humanité, leur vision d'une société capable de solidarité. La partie n'était pas gagnée avec cet adolescent buté, enfermé dans son radicalisme, sans grâce. La réaction normale serait d'être exaspéré, sans patience devant lui. C'est cette réaction "normale" que dynamitent les cinéastes. Car autour de cet ado exaspérant sûr de détenir la vérité divine qu'on lui a inculquée, prêt à tuer une "apostat" et obéir ainsi à des injonctions sacrées, autour de ce jeune insupportable comme peuvent l'être les ados, on trouve des gens ouverts, à l'écoute, respectueux, désireux de l'aider. On ne sait pas dans le détail les raisons de l'évolution du jeune Ahmed, et c'est une qualité du film que de ne pas rendre tout compréhensible alors que l'irrationnel du radicalisme ne peut se limiter à une étude logique. Influencé par un imam qui a déjà envoyé son cousin au "martyr", Ahmed décide de tuer Inès, la jeune enseignante qui l'a aidé depuis des années et a fait de lui un bon élève. C'est son but, son idée fixe. Après une première tentative qui lui vaut l'internement dans une structure chargée de le remettre dans la réalité, il pratique la dissimulation autorisée quand il s'agit de servir les intérêts divins. Il devient un apprenti modèle dans la ferme où il est accueilli et où il se lave les mains après que la chienne, impure l'a touché. La jeune Luce n'est pas insensible à cet adolescent étrange et elle veut l'embrasser. Quand elle lui fait cette demande, Ahmed sourit. C'est le seul sourire du film. Un sourire qui éclaire son visage et lui rend sa grâce juvénile. Mais c'est une illusion. Ce sourire n'est pas un sourire de vie, c'est un sourire de rejet, la moquerie et le dédain mêlés pour une "femme" impure" qui imagine qu'on peut comme ça, sans s'être converti, toucher un homme pur, voué à servir Dieu.
La fin du film est bouleversante. Alors qu'il est venu après s'être échappé, tuer la jeune enseignante, il fait une chute qui le laisse sur le sol, souffrant, incapable de bouger. Dans une scène qui prend son temps et nous montre les efforts du garçon pour bouger centimètre à centimètre, il redevient petit enfant et appelle sa mère qu'il avait rejetée parce qu'elle était selon lui alcoolique. On le voit sortir de sa poche le tenon qu'il avait descellé pour tuer Inès et frapper contre la barrière pour appeler au secours...
Dora M.
Dora M.

78 abonnés 544 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 mai 2019
Sujet délicat mais très bien traité, sans clichés. On s'attache vraiment aux personnages, les acteurs sont parfaits. Les dialogues sont justes, on y croit vraiment. L'histoire est très touchante. Il y a même quelques petits traits d'humour. Bon film.
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