Columbus
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Yves G.

1 845 abonnés 4 017 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 1 septembre 2022
C'est l'histoire d'une rencontre improbable à Columbus dans l'Ohio entre deux individus dont les chemins n'auraient pas dû se croiser.
Jin, métis américano-coréen, y débarque en toute urgence en provenance de Séoul au chevet de son vieux père qui vient de sombrer dans le coma.
Casey, de dix ans sa cadette, y a grandi et, par dévotion pour sa mère, refuse d'en partir.
L'architecture moderniste de cette ville au demeurant anodine va les rapprocher.

Après avoir vu "After Yang", j'ai été curieux du précédent film de Kogonada, datant de 2017, qui n'était pas sorti en salles à l'époque, mais que le Grand Action a eu la bonne idée de reprogrammer.

J'avais été très sensible à la douceur d'"After Yang" que j'ai retrouvée avec délice dans "Columbus". Loin de la mode actuelle des caméras portés et des plans séquences épileptiques, Kogonada prend son temps. Il filme en plan fixe. Tout y est calme et volupté. Qu'on s'intéresse ou pas à l'architecture contemporaine, on suivra avec un vif intérêt le tour guidé auquel il nous invite dans cette ville de l'Ohio dont on ignorait les richesses méconnues.

Le lien qui se construit entre les deux personnages est de la même nature. Aucune passion enfiévrée, aucune tension sexuelle qui se conclurait fatalement, à la fin du film, par leur union amoureuse. Rien qu'une douce amitié asexuée et, osons le mot, post-moderne.

Cette réussite doit beaucoup à la jeune Haley Lu Richardson. Elle n'est pas exceptionnellement jolie comme le sont parfois les starlettes. Elle aurait même d'ailleurs quelques kilos en trop par rapport à la norme draconienne qu'elles se doivent de respecter. Mais elle a un charme fou, une douceur irrésistible, dans sa relation à sa mère, à Jin et même à son collègue bibliothécaire avec lequel une romance aurait pu s'ébaucher.

"Columbus" ne raconte pas grand-chose. Mais ce pas grand-chose est déjà beaucoup.
Ashitaka3
Ashitaka3

129 abonnés 1 233 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 22 décembre 2017
J'ai trouvé dans ce film une légèreté qui s'appuie totalement sur le couple formé à l'écran. Autant leur histoire est passionnante, autant le rythme n'arrive pas à tenir sur la longueur. C'est d'autant plus dommage que les acteurs donnent tout, surtout Haley Lu Richardson, une révélation. Si certains plans sont bien trouvés, la mise en scène reste trop longtemps sur d'autres. Il manque un équilibre. Le compositeur Hammock est un bonus indispensable à l'atmosphère du film. C'est un petit film qui n'a rien à envier à d'autres plus gros budgets moins intriguants.
Cadreum
Cadreum

59 abonnés 777 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 août 2025
Qui est le film ?
Columbus est le premier long-métrage de Kogonada, cinéaste et essayiste visuel venu du champ du montage. Son nom circulait déjà pour ses vidéos-essais consacrées à Ozu, Kubrick ou Tarkovski. Son passage à la fiction garde la même rigueur formelle : il choisit la ville de Columbus, dans l’Indiana, haut lieu du modernisme architectural américain, pour en faire le théâtre d’une rencontre.

En surface, l’histoire est simple : le fils d’un éminent théoricien de l’architecture arrive de Séoul car son père est dans le coma. Une jeune femme, passionnée d’architecture mais retenue auprès de sa mère, l’accompagne dans l’attente. Promenade après promenade, un lien se tisse. Mais le film ne promet ni rebondissements ni drame spectaculaire. Il propose d'apprendre à regarder, et à habiter le temps.

Que cherche-t-il à dire ?
Kogonada déplace notre attention du récit vers le regard. Columbus n’est pas un film qui consomme les lieux, il les laisse résonner. Les bâtiments modernes deviennent des interlocuteurs, des surfaces où viennent s’inscrire émotions et pensées. Chaque échange entre Casey et Jin redouble une question adressée à l’architecture : que soutient une structure ? que laisse-t-elle passer ? qu’abrite-t-elle ? Ce qui se joue n’est pas la résolution d’un drame, mais l’apprentissage d’une éthique de l’attention. Le projet du film consiste à nous montrer que voir, au sens fort, demande de la durée et de la disponibilité.

Par quels moyens ?
Plutôt que d’organiser une montée dramatique, le film choisit la suspension. La crise est déjà advenue (le père hospitalisé, la mère dépendante) et il ne reste qu’à vivre avec. Ce refus de la dramaturgie forcée déplace l’intérêt : moins vers ce qui va arriver que vers la manière d’habiter l’instant.

Les cadres sont souvent frontaux, symétriques, laissant les lignes architecturales se déployer avec calme. Les personnages s’y insèrent comme des figures modestes, ni écrasées ni héroïsées. L’espace devient un langage, où les murs et les vides participent à la conversation.

Plans fixes, hauteurs de caméra modestes, transitions par des objets : Kogonada reprend des gestes ozuviens, mais non pour les citer. Il les réinscrit dans un contexte américain, au milieu des bâtiments modernistes.

Casey vit dans la tension entre son goût, sa compétence, et son attachement à sa mère. Le film ne moralise pas ce dilemme. Il le filme comme une économie affective et sociale : ce que la fidélité permet, ce qu’elle empêche.

Jin traduit les propos de son père sans parvenir à traduire leur lien. Cette difficulté résonne avec la question plus large de la transposition : comment passer d’un plan à l’autre, d’une forme à un sentiment, d’une fidélité à une décision ? Chaque bâtiment devient un dictionnaire, une tentative d’équivalence entre structure et émotion.

Où me situer ?
Ce qui me touche dans Columbus, c’est sa modestie ambitieuse. J’admire la manière dont Kogonada fait tenir, dans une mise en scène calme, des questions immenses : le soin, la fidélité, la transmission, la possibilité d’un départ. J’aime que l’architecture ne soit pas filmée comme un décor, mais comme un partenaire moral. Le risque, peut-être, est que cette exigence décourage un spectateur en attente de mouvement. Mais je crois que cette lenteur est précisément le geste du film : une pédagogie du regard, qui suppose la patience comme condition de pensée.

Quelle lecture en tirer ?
Columbus n’est pas un film « sur » l’architecture, mais un film qui s’en sert pour inventer une méthode : regarder mieux, nommer ce que l’on aime, transformer l’admiration en choix. Ce qu’il raconte de ses personnages se traduit dans une forme cinématographique qui refuse la vitesse, qui préfère le voisinage patient des choses. Dans une époque saturée d’images rapides, Columbus rappelle que la lenteur peut être un acte critique, et que la beauté a encore le pouvoir discret de soigner.
Lujsharkzz
Lujsharkzz

13 abonnés 675 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 12 juin 2025
C'est un film qui donne matière à réfléchir. C'est très lent, c'est quasiment que des plans fixes et des scènes qui durent longtemps, mais étonnamment j'ai pas trouvé ça ennuyant à part à de rares moments. Le propos est flou mais en même temps très intéressant, les dialogues sont très bon eux aussi, de même que l'acting. C'est un film qui encourage la lenteur et le silence. Plusieurs thématiques sont abordées et sont toutes intéressantes et bien traitées et intéressantes malgré les non-dit. C'est beaucoup d'analyse mais c'est très intéressant.
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