Thomas fuit. On ne sait pas s’il regarde les montagnes, ou s’il regarde le spectateur comme pour le prendre à témoin de son exil forcé dans les Alpes. Car le jeune-homme est drogué et on lui a conseillé un séjour dans un lieu de prières pour soigner ses addictions. C’est à peu près le sujet de ce film étrange, « La Prière » qui prend le parti pris de considérer que la spiritualité, a fortiori religieuse, est un remède efficace contre les drogues.
Cédric Kahn est un réalisateur de l’intimité familiale ou conjugale, mise à défaut par des situations inédites. Sa dernière œuvre retraçait le périple d’un père qui, pour fuir les services sociaux et ses beaux-parents, cache ses enfants dans une forêt. Cette fois, le cinéaste transporte sa caméra dans une autre nature, celle des hautes montagnes. Pour autant, la nature apparaît de nouveau rassurante et dangereuse à la fois, rassurante car elle protège les humains de leurs excès, dangereuse car elle met à l’épreuve les équilibres affectifs et psychologiques.
« La Prière » ne parvient pas à résoudre une cruelle équation. S’agit-il un film sur la rédemption ou un film sur la foi ? En cultivant l’ambiguïté, le réalisateur ne parvient pas à dépasser l’écueil de l’invraisemblance. On a du mal à croire, pendant près de deux heures, que ces jeunes hommes ont vécu les tourments de l’addiction, et surtout que l’adoration du Christ est un remède d’une redoutable efficacité contre la consommation de toxiques. L’institution regroupe en effet des jeunes gens, tous très beaux, qui s’adonnent sans aucune critique, à une religiosité forcenée. Véritablement, le metteur en scène ne connaît pas les effets destructeurs des drogues et de l’alcool. A la limite, le film aurait pu se contenter de raconter un séjour choisi par des jeunes gens de bonne famille dans une institution religieuse, mais y adjoindre le récit de la désintoxication frise le ridicule. La mise en scène s’égare dans les stéréotypes de la jeunesse chrétienne, à coup de guitares autour du feu, de pièces de théâtre sur la Pâques, et de chansonnettes tout aussi pieuses que totalement agaçantes.
Quelques moments de grâce pourtant égayent ce film. A chaque fois par exemple que le réalisateur accompagne le jeune héros d’une musique baroque, à l’occasion de sa rencontre avec une jeune femme du village ou des doutes qu’il éprouve quant à sa religiosité soudaine, l’émotion est nette. Par ailleurs, le jeune acteur mérite particulièrement le prix qu’il a reçu à Dublin. Il fait preuve d’une grande beauté spirituelle qui force à une certaine admiration.
Bref, « La Prière » est loin d’être le meilleur des films de Cédric Kahn. On oubliera vite cette incursion naïve dans l’univers des bénitiers éperdus.