En Bref
Ah que c'est frustrant ! Beaucoup d'ingrédients, beaucoup d'intelligence dans le scénario, une mise en scène encore une fois époustouflante et haletante, mais une histoire mal expliquée qui perd le spectateur en cours de route. C'est une chose de vouloir faire un film complexe qui nécessite plusieurs visionnages, c'en est une autre de survoler les objectifs avec une suffisance et une pédance peu appropriées. A quoi sert un labyrinthe où l'on nous guide vers la sortie les yeux bandés ?
Plus en Détail
(ATTENTION ! je n'ai pas surligné les quelques spoils qui font ici un peu partie intégrante de la critique)
Le sauveur du Box-Office ! Le messie des blockbusters ! Oui oui bon, Nolan a déjà un nom bien implanté dans le milieu, balancez le film je suis déjà assis dans ma salle de cinéma full options, je sais qu'il y aura du spectacle. Et je n'ai pas été déçu, on en prend plein la figure.
Pour commencer, je ne trouve pas que Ludwig Göransson fasse pâle figure devant l'habituel Hans Zimmer. Un peu moins de notes longues et grasses et un peu plus de rythme siéent bien au film, la musique est captivante. Elle accompagne parfaitement un montage millimétré, qui elle-même dessert une mise en scène brillante. Vraiment. Nolan est définitivement un maître du suspens et ses scènes d'action sont affolantes. Que sa production me plaise ou non, je sais que je pourrai me consoler avec une dose excessive d'adrénaline et que je vais voyager émotionnellement, même au bout de plusieurs visionnages.
Ici, le principe du film est purement génial pour deux raisons principales :
- voir les conséquences d'une scène d'action avant qu'elle ne se produise met directement en apnée, que ce soit le simple trou d'une balle ou la mort de Neil qui a lieu avant ses (très beaux) adieux ;
- vivre une scène dans les deux sens est jubilatoire, c'est là que la mise en scène excelle et montre toute son inventivité.
On a donc une succession de scènes jouissives et très originales. Le concept d'inversion d'entropie est assez bien expliqué et quelques détails sont soulevés, comme le fait qu'on ne puisse pas respirer l'air inversé (malin pour reconnaître qui va dans quel sens) ou que certains effets ont des conséquences inversées. C'est étrange, Clémence Poésy nous dit "ne cherchez pas à comprendre" et c'est le phénomène le mieux expliqué du film ! Certes on ne comprend pas forcément la cohérence scientifique mais qu'importe, on nous dit "c'est comme ça que ça se passe" et ça me va très bien.
Ce qui me va beaucoup moins en revanche, c'est que l'histoire, elle, a besoin d'être compréhensible. J'ai vu des défenseurs du film proclamer que ceux qui ne l'aiment pas n'ont juste pas envie de réfléchir et sont incapables d'apprécier un produit plus complexe. Je trouve qu'il faut distinguer
- le déroulement de l'action ;
- la raison de cette action.
Comme je l'ai dit, le premier point est brillamment exécuté, et je revois le film avec plaisir pour essayer de dénicher les détails qui échappent forcément au(x) premier(s) visionnage(s). Par exemple, un ami n'avait pas fait attention au fait que Neil meurt, je n'avais pas capté le trajet de la pièce lors de la course poursuite sur l'autoroute. Encore maintenant les différents étaux temporels (merci à La Truite sur le site pour l'explication détaillée) me donnent le vertige. Mais ce sont des éléments que l'on découvre avec joie a posteriori, c'est un vertige agréable qui soulève la profondeur de ce que Nolan a créé avec son concept, ou plutôt son principe (Tenet quoi).
Cependant, ça ne m'amuse pas du tout d'essayer de comprendre le pourquoi de tout ça devant une paresse aussi évidente qu'orgueilleuse pour raconter l'histoire. Des petites phrases pleines de sous-entendus qui s'enchaînent à la vitesse de la lumière, des sous intrigues de partout, on place l'imminence de l'extermination de la temporalité et la vie de Kat au même rang. Des faux tableaux de Goya à un trafic de plutonium en passant par un petit village russe, je n'avais pas du tout compris que le but principal était d'empêcher de réunir 9 pièces que je n'ai même pas vu passer pour créer un inverseur temporel, alors que ça ne paraît pas si compliqué. Et chaque revisionnage donne cette vilaine impression d'être face à un professeur imbus de lui-même qui dit "c'est pourtant simple" et réexplique son sujet exactement de la même manière floue.
"Tenet" a donc tout pour séduire et se laisse très agréablement (re)regarder, mais il m'énerve aussi un peu plus à chaque fois avec son ton désintéressé et son histoire qu'il balance à la figure du spectateur, ce qui minimise l'intérêt qu'on a pour les événements. Au vu de l'intérêt déjà grand que j'ai eu, je n'arrête pas de me dire qu'on a frôlé le chef d'oeuvre.