Après avoir lu deux critiques dithyrambiques de La Proie Nue (dans Fantastyka et dans 50 ans de Cinéma américain), j’ai longtemps fantasmé sur le film jusqu’à ce qu’une projection à la cinémathèque Grands Boulevards (c’était il y a 6 ans environ) me permette enfin de le découvrir. Ce que j’ai vu s’est avéré supérieur à mes rêves les plus fous : La Proie Nue est un monument qui dépasse quasiment tout ce qui s’est fait en matière de films d’aventures exotiques. Si le sujet (un blanc pourchassé par des noirs) fera sans doute hurler au racisme les moralistes de service, le traitement fait preuve d’une honnêteté absente même de nombreuses œuvres humanistes, malgré elles empruntes de condescendance. Rien de cela ici : La Proie Nue est une épopée pure, à la simplicité géniale. Quand à la réalisation de Cornel Wilde, elle anticipe et surpasse les meilleurs films de McTiernan par son radicalisme : une fois passé le prologue, il reste 1h30 sans le moindre dialogue intelligible (le dialecte africain n’est pas sous-titré). La musique est uniquement composée de rythmes ethniques. Pas de jugement moral (les chasseurs vivent les mêmes avanies que leur proie). Un regard pénétrant sur la nature et une profonde réflexion sur le respect (le salut final). Du cinéma non pas moralisateur, mais éthique (le plus rare). On reste les bras ballants devant cette rencontre de l’action pure et du documentaire à travers une démarche expérimentale accessible au grand public. Peut-être le seul film d’aventure qui surpasse, à mes yeux, Le Dernier Train du Katanga. La Proie Nue a clairement traumatisé Mel Gibson qui tente de l’imiter sans jamais en retrouver l’intégrité sans concession (même son Apocalypto ne peut se passer de sous-titres alors que le Cornel Wilde fait tout passer par l’image). Bondissez sur la très récente édition en DVD Zone 1 chez Criterion, avec image remastérisée et BO en supplément ! Comme quoi les miracles existent.