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Edouard64
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4,0
Publiée le 4 novembre 2018
Une romance dans la Pologne des années rouges ? Bien sûr, on trouvera cela dans Cold War. Mais on y trouve surtout une interrogation sur la liberté: celle dont un artiste a besoin pour travailler, mais aussi la liberté d'aimer, même si dans cet amour la raison doit céder la chair, les contraintes sociales à l’absolu du désir. Ces deux thèmes, la liberté et l'amour fou, que notre époque a érigé à peu près au même moment en mythe, Pawlikovsky invite donc à les questionner, et c’est sans doute pourquoi ce film magnifique et souvent apprécié a aussi déçu. A lire les critiques, rares sont ceux qui ont été insensibles à la beauté de la première partie du film, à ces spectacles du chœur populaire dirigé par Viktor, si réussis qu’il aura le privilège, moyennant l’introduction de quelques hymnes à Staline et à la paix, de représenter la Pologne dans tous les pays « frères ». La proposition, et ce qu'elle recèle de servilité, a fortement heurté Viktor. Son visage se crispe mais il acquiesce. Le pouvoir ne tient pas compte de la crispation soudaine de ceux qui ont compris qu’ils ne pourraient sauver leur liberté intérieure, et devraient volens nolens prêter la main à l’abjection. « Crispez-vous, semble dire un ministre, pourvu que vous vous couchiez, et que le spectacle soit beau, et que nul ne puisse rien savoir du reste. » D'ailleurs, à un musicien aussi talentueux que Viktor, le régime propose, à côté de l’humiliation permanente, une façon assez simple de s’y soustraire : en ce début des années Cinquante, une fois arrivé à Berlin, il n’est pas difficile, à en croire Pawlikovsky, même avec une grosse valise, de passer à l’Ouest, et de goûter à la liberté. Être libre ? Mais encore ? C’est là que le film déploie ses lancinantes interrogations, et qu’on peut ou non le suivre. Car si la main de fer du régime continue de s'appesantir, conformément à nos attentes, l'illusion de la liberté se dissipe et il ne reste que deux êtres fragiles et perdus bientôt devant l'immensité du désastre.
Dans la Pologne communiste de l'immédiat après-guerre, Wiktor (Tomasz Kot) est chargé de rassembler les trésors de la musique populaire et de créer une troupe folklorique. Il fait à cette occasion la rencontre de Zula (Joanna Kulig), une jeune femme récemment sortie de prison après avoir tenté de tuer son père. Entre le chef d'orchestre et la jeune femme, la passion éclate. Le couple vivra pendant une quinzaine d'années, de part et d'autre du Rideau de fer, une relation contrariée par les aléas de l'Histoire.
Après un premier film remarquable et pourtant passé inaperçu, "My Summer of Love", Pawel Pawlikowski a connu la gloire grâce à "Ida". Le film, qui racontait l'histoire d'une jeune novice en proie au doute à la veille de prononcer ses vœux dans la Pologne communiste des années cinquante, a obtenu l'Oscar du meilleur film étranger, un BAFTA, un Goya. Il a fallu patienter près de cinq ans pour voir son film suivant - en attendant l'an prochain son adaptation du "Limonov" d'Emmanuel Carrère.
Pour écrire "Cold War", Pawel Pawlikowski, né en 1957 à Varsovie, exilé en Occident à l'adolescence, en Allemagne, en Italie puis en Angleterre où il s'installe définitivement et effectue le début de sa carrière jusqu'à son retour en Pologne en 2013, s'est librement inspiré de l'histoire de ses parents. Ils étaient, dit le réalisateur, follement amoureux l'un de l'autre et incapables de vivre ensemble. Leur histoire d'amour fut mise à mal par l'exil, la séparation forcée, les retrouvailles retardées. Tel est le sujet de "Cold War", un film au titre bien mal choisi ; car si la Guerre froide constitue en effet l'arrière-plan de cette histoire, c'est la relation entre Wiktor et Zula, qui n'a rien de belliqueuse, ni de froide, qui en constitue le centre.
"Cold War" ressemble à Ida. Même noir et blanc poétique. Même format carré de l'image. Même paysages enneigés et glacials. Même Pologne étouffant sous la chape de plomb du communisme. Même élégance de la mise en scène - qui méritait largement le prix reçu pour ce motif à Cannes en mai.
Alors pourquoi trois étoiles seulement et pas quatre voire cinq ? Parce qu'à la différence de "Ida" qui m'avait bouleversé, "Cold War" ne m'a pas ému. Parce qu'à force de garder l'émotion à distance, le film de Pawel Pawlikowski m'a laissé sur le bord du chemin. Parce que la perfection de chaque plan, les traits parfaits de Joanna Kulig, l'âpre beauté des chants polyphoniques slaves m'ont sidéré plus qu'ils ne m'ont touché.
Un film décevant par rapport à IDA , parabole sur la quête de liberté d'une femme dans les années 60 et la résolution, dans le spirituel. Cord war nous raconte la rencontre des parents du réalisateur dans la Pologne des années de 1949-1964 dans un style noir et blanc chic et soit disant épuré . L'aspect historique communiste est traité par la propagande au travers de la diffusion de la musique dans le pays et l"Europe . Les comédiens jouent la même partition durant cette période , vieillissent à peine . Aucune émotion , aucun élan vital et une distanciation empêchant toute émotion Un bel écrin pour masquer l'absence de regard et d"empathie , d'où un ennui diffus .
De Pawel Pawlikowski j’avais vu le magnifique Ida, oscar du meilleur film étranger en 2015…D’Ida, Pawel Pawlikowski reprend dans Cold War, le noir-et-blanc et le format quasi-carré qui est devenu sa signature. Le noir-et-blanc respecte ce qu’était la Pologne de l’après guerre, grise comme ses villes en ruine, gris comme les vêtements de ses habitants…Cold War se déroule sur 15 ans…on assiste à l’appropriation par le nouveau régime d’un art populaire afin de constituer un groupe de chanteurs et de danseurs destiné à propager dans le pays, les pays frères, voire le monde entier, la glorieuse culture polonaise…Pour ce faire un triumvirat composé d’un musicien, Wiktor ( Tomaz Kot), d’une musicologue, Irena ( Agata Kulesza) accompagné d’un apparatchik Kaczmareck ( Borys Szyc) , parcourt la campagne polonaise, le micro tendu, pour auditionner chanteurs et danseurs…dans un château en ruine, les jeunes retenus travaillent à mettre au point un programme…parmi ces jeunes, Wiktor n’est pas insensible au charme de Zula (Joanna Kulig), belle blonde à la réputation sulfureuse …Cold War devient l’histoire de cet amour tout aussi violent qu’il en est impossible…Zula est issue d’une famille modeste d’une ville de province et son entrée dans le groupe folklorique au sein duquel elle finit par en devenir la vedette, est pour elle le moyen de sortir de la misère…Wiktor, plus âgé, vient d’un milieu plus raffiné et instruit, c’est un musicien très talentueux, calme et posé mais que le nouveau régime prive de sa liberté musicale… Des cadres du régime demandent d'ailleurs au triumvirat de sortir du cadre folklorique pour faire entrer des thèmes plus politiques dont un morceau à la gloire de Staline…Irena se met en retrait, Wiktor accepte, Kacsmareck s’enthousiasme…L’ensemble musical et de danse rencontre le succès en Pologne, puis est appelé dans les pays frères…Lors d’un déplacement à Berlin, Wiktor propose à Zula de passer à l’Ouest ( le mur n’est pas encore construit)…Zula y réfléchit mais finit par laisser Wiktor partir seul…Pour elle le communisme n’est pas un problème et elle s’en accommode fort bien, de plus elle nourrit envers Wiktor un sentiment d’infériorité qui la conduit à penser que son amour pour Wiktor n’a pas de futur…Wiktor se réfugie à Paris où il reprend composition, musique de film et jazz dans un cabaret, L’Eclipse …Zula continue ses tournées mais celles-ci lui permettent parfois de retrouver Wiktor, rencontres à la fois intenses et quelque peu irréelles…Wiktor toujours un peu passif, Zula, charnelle, exubérante, excessive et parfois pathétique…Il faut aussi parler de la musique omniprésente…le film commence par un gros plan sur le Kosiol, cornemuse à soufflet en peau de chèvre…les auditions montrent la diversité de la musique traditionnelle polonaise, très rythmée et cadencée…l’ensemble créé dans le film est en réalité l’ensemble folklorique Mazowsze, fondé après la guerre et toujours en activité…Avec Wiktor à Paris, on passe au jazz, et même au rock…Joanna Kulig, qui jouait déjà un rôle de chanteuse dans Ida, se révèle chanteuse et danseuse de talent…Le film est dédié aux parents de Pawel Pawlikowski, qui ont vécu quarante ans ensemble, se séparant plusieurs fois pour mieux se retrouver, se cherchant tout en se punissant des deux côtés du Rideau de Fer…Il a reçu le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes…Un film simple et beau et un regard lucide sur la difficulté à aimer…qui vient d’être désigné à l’unanimité pour représenter le Pologne aux prochains Oscars !!!
Sublime! Tout! Atmosphère incroyable ! Les héros principales, les amoureux de caractères et tempéraments si différents, Zula et Wiktor, brisé comme leur pays après la guerre cherche à se retrouver aussi dans ses ruines... lui, il a ses raisons pour fuir en France, elle a ses raisons pour pas lui suivre. Au moins toute de suite.
Tous les titres des critiques parlent “L’amour impossible dans le temps impossible »... Non, plutôt, l’amour est possible même dans les temps les plus impossibles.
" cold war " prix de la mise en scène du dernier festival de cannes par le réalisateur d' "Ida " oscarise fut en dessous de mes espérances. En effet j'ai eu du mal à m'enthouaisme devant cette histoire d'amour impossible trop froide à mon goût, cependant j'ai trouvé la photographie sublime, avec une élégante mise en scène et certaines belles chansons .
Film magnifique. Aurait mérité la Palme d'Or à Cannes 2018. Ecriture très personnelle. Pawlikowski, le metteur en scène, maîtrise son art avec un fantastique talent, proche de celui d'un Bergman ou d'un Visconti. Grande beauté des images en noir-blanc, cadrages, lumières, décors, reconstitutions... Tout est parfait. Musiques admirables et acteurs remarquables. Ambiance très fidèlement retranscrite de l'atmosphère qui régnait dans ce pays en ruine sous l'ère Stalinienne. Et dans le Paris des années cinquante ! L'actrice principale a une voix remarquable de sensibilité et de raffinement. Une grande réussite, Et beaucoup d'émotion. Et quel bonheur de revoir les chœurs et ballets Mazowsze !
Tout expliquer. Tout surligner. Aurait-on oublié que le cinéma est (aussi) l'art de la suggestion ? Cold War, à l'opposé de la majeure partie des films d'aujourd'hui, est écrit sous forme d'épure, un récit construit autour d'ellipses qui se concentre sur une histoire d'amour qui court sur 15 ans entre la Pologne et Paris en passant par la Yougoslavie et Berlin. La chaleur d'une passion vouée à la tragédie au temps de la guerre froide. Un exercice de style qui adopte une certaine distance, raccourcit les dialogues, préfère les intermèdes musicaux (somptueux) aux longs discours. Autant dire que Pawel Pawlikowski fait appel à l'intelligence et à la sensibilité du spectateur pour combler les vides ou, plus exactement, pour rédiger sa propre intrigue qui différera selon sa connaissance de la période de part et d'autre du rideau de fer. Presque drame musical, Cold War est aussi très proche des mélodrames muets du merveilleux Frank Borzage, avec ses amants maudits. Chef d'oeuvre esthétique et de mise en scène, le film propose un vrai pari narratif, déconcertant et cadencé, dont la froideur apparente cache une grande pudeur. Héroïne sublime et poignante, Joanna Kulig s'impose par un jeu subtil et intense. Au niveau d'une Nina Hoss dans Phoenix de Christian Petzold.
Celles et ceux qui ont aimé le film Ida sorti en 2014 retrouveront la même ambiance et le style si particulier de Pavel Pawlikovski. Noir et blanc, images sublimes, rendu magistral des sentiments. Nous voici cette fois dans cette Pologne rustique et triste de la Guerre Froide où évolue un groupe folklorique dont les chants et danses seront récupérés par les camarades soviétiques. C'est dans ce cadre où la politique agit comme fil conducteur que naît une histoire d'amour compliquée mais emprise de passion. Du "vrai" cinéma comme avant, quand on avait le temps de donner aux personnages une réelle grandeur.
Pawel Pawlikowski est vraiment le cinéaste du désespoir. Après le magnifique Ida, où un personnage se suicide alors que l'autre entre dans un couvent pour fuir le monde, dans Cold War il laisse entendre qu'il n'y avait pas grand chose d'autre à faire que de se suicider dans la Pologne des années 50-60. Si la photo est d'une grande beauté, les interprètes excellents, le tableau de la Pologne de la période "socialiste" est tout de même très simplificatrice. Passée la période stalinienne, c'est à dire après 1954, les artistes et intellectuels ont en effet bénéficié d'une relative liberté, de nombreux films, romans, articles critiquant le régime ont vu le jour et le "réalisme socialiste" a cessé de régner en maître. Il est donc permis de douter qu'un musicien connu ait été jeté en camp de concentration dans les années soixante comme cela aurait pu lui arriver en 1950. On notera aussi que la vision de Paris est quelque peu idéalisée. En dépit de ces faiblesses, qui le rendent très inférieur à Ida, film beaucoup plus courageux qui dénonçait le rôle de certains Polonais dans le génocide et la spoliation des Juifs, Cold War reste un très beau film qui suscite l'émotion. On attend avec intérêt que Pawel Pawlikowski nous livre un film sur la Pologne contemporaine.
Superbe film en noir et blanc , je suppose pour marquer l'époque d'après-guerre , c'est-à-dire la guerre froide , scénario historique de notre histoire , une histoire d'amour compliqué , jusqu'à la mort...?
Un beau film à la fois sombre et lumineux, l'amour tranchant dans le vif, sec et brutal comme les lieux filmés en noir et blanc, le contraste entre l'est tourmenté et un Paris déchainé, pour moi un coup de poing visuel et émotionnel.
Une petite frustration après l'excellent IDA ... Ce film, COLD WAR, aurait pu être un chef d’œuvre: très belle photographie en Noir & Blanc, une Pologne et un Paris de l'après deuxième guerre mondiale joliment reconstitués et crédibles, une belle actrice. Mais non, après des bonnes idées de départ, le spectateur a du mal à garder son intérêt pour ce couple qui se fait et se défait. Pas dénué d'intérêt, mais manquant de profondeur ... Quel dommage!
Je sors partagé du visionnage de « Cold war », à la fois émerveillé par sa beauté visuelle mais également déçu par son scénario qui m’a personnellement laissé en dehors. Ainsi, ce qui frappe en premier lorsque l’on voit ce film c’est la pureté incroyable de ce noir et blanc, la photographie est une merveille et contribue à créer des cadres visuellement époustouflants. Pawel Pawlikowski mérite amplement son prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes tant sa réalisation est impeccable de maîtrise. Mais, je n’ai malheureusement pas réussi à m’attacher à ses deux amants dont l’histoire ne m’a pas touché. Le cinéaste polonais entoure le couple d’une aura faussement romantique qui voile à peine le manque d’attachement qu’il porte à ses personnages. Il ne les aime visiblement pas et cela ne me donne pas envie moi-même de les aimer si bien que je suis resté imperméable à cette intrigue sans véritable enjeu auquel j’aurai pu me raccrocher. C’est surement une appréciation très personnelle mais je n’ai ainsi pas pu apprécier « Cold war » autant que je l’aurai voulu malgré ses qualités évidentes qui suffisent à en faire une belle oeuvre de cinéma.
Une œuvre romanesque éblouissante et totalement désespérée. La mélancolie contemplative : composante constante du film qui ronge irrémédiablement nos deux amants sous l'emprise des griffes du rideau de fer, mais aussi le fait de ne plus pouvoir se rattacher à une appartenance, la dualité des personnages m'ont profondément remémoré une partie de l'œuvre de Kundera... Et que dire de la bande-son - de "L'internationale" au son jazz du Paris des années 50 - qui m'a totalement pris aux tripes... Le plus beau film de l'année. (pour l'instant)