Cold War
Note moyenne
3,9
2508 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

216 critiques spectateurs

5
35 critiques
4
65 critiques
3
65 critiques
2
33 critiques
1
11 critiques
0
7 critiques
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
poet75
poet75

298 abonnés 703 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 16 octobre 2018
« Ida », son succès ô combien mérité de 2014, a probablement incité le polonais Pawel Pawlikowski à adopter, pour ce nouveau film, les mêmes choix stylistiques : photographie en noir et blanc et format carré de l’image. Des choix qui, cependant, ne donnent pas le sentiment d’une simple redite, loin s’en faut. On comprend, dès les premières scènes, qu’ils sont totalement judicieux, qu’ils conviennent parfaitement à ce film, si parfaitement qu’on a le sentiment, de voir une œuvre qui compte déjà parmi les grands classiques incontournables du cinéma. Formellement, tout, dans « Cold War », est quasi parfait. Les cadres et les mouvements de caméra (quand il y en a) semblent toujours extraordinairement justes. Pas un plan, pas une scène, de ce film ne donnent une impression de banalité. Techniquement, voilà un exemple idéal de ce qui est approprié à l’art cinématographique.
Évidemment, pour qu’un film soit proche de la perfection, il lui faut aussi être séduisant du point de vue du contenu et pas seulement de celui de la technicité. Or, ici, tout est incroyablement fascinant à la fois pour les yeux, pour l’esprit et pour l’intelligence. Le film comble sur tous les plans. Et, bien sûr, comme dans les films les meilleurs, il laisse un grand espace de participation au spectateur, Pawel Pawlikowski misant sur son intelligence et sa puissance d’imagination et ne se croyant pas tenu de tout raconter dans les détails.
spoiler: Au risque de « spoiler » un petit peu, je me dois de mentionner, pour commencer, la superbe épanadiplose que propose le film, l’une des belles qu’on ait vues au cinéma. De quoi s’agit-il ? Eh bien, tout simplement, de la reprise d’une même scène ou d’une scène semblable se déroulant dans un même lieu, au début et à la fin de l’œuvre. Or, dans « Cold War », les deux scènes trouvent leur juste place dans une église à moitié en ruine. Au début du film, le spectateur découvre cette église en se demandant pourquoi le cinéaste a cru bon de la montrer. On y aperçoit la fresque d’un visage (probablement celui du Christ) dont il ne reste que les deux yeux, des yeux qui semblent nous regarder comme ils regardent l’homme qui s’est introduit dans le lieu. On y voit aussi le dôme qui s’est écroulé, laissant au sommet de l’église une grande trouée vers le ciel. À la fin du film, le cinéaste filme à nouveau la même église et tout s’éclaire de façon sublime. Car, cette fois-ci, le bâtiment sert de cadre à un mariage, le plus simple et le plus dépouillé qui soit : rien qu’une bougie sur un autel, une rangée de dragées, et les deux amoureux qui échangent leurs consentements, sans ministre du culte, sans autre témoin que les yeux du Christ fixés sur eux et la bénédiction divine venant de l’infini du ciel au-dessus de leurs têtes. On se croirait dans l’un ou l’autre des films les plus personnels de Frank Borzage (1894-1962), cinéaste génial chez qui les scènes de mariage du même style (sans autre témoin que Dieu) sont récurrentes. C’est d’une beauté à couper le souffle.

Le reste est à l’avenant. Entre ces deux scènes d’église, bien des années se sont écoulées. Le film commence en 1949 et se termine en 1964. Autrement dit, en pleine période de guerre froide. Pawel Pawlikowski s’est inspiré de l’histoire de ses propres parents pour nous raconter celle de ses héros de cinéma, Wiktor (Tomasz Kot) et Zula (Joanna Kulig). Leur rencontre a lieu parce que le premier, musicien et même compositeur, fait partie d’une équipe chargée de collecter et d’enregistrer des chants traditionnels et populaires au fin fond des campagnes polonaises, un peu à la manière de ce que firent, quelques années auparavant, les compositeurs Bela Bartok et Zoltan Kodaly en Hongrie. Cependant, dans la Pologne de ces années-là, le but n’est pas seulement de préserver un patrimoine, mais de le vivifier en sélectionnant une équipe de chanteurs et de danseurs qui se produiront sur scène. C’est à cette occasion que Wiktor fait la connaissance de Zula et que la séduction opère. On a beau prévenir le premier que cette jeune fille n’est guère fréquentable (elle a subi une condamnation pour avoir blessé son père d’un coup de couteau – un père qui, explique-t-elle, a eu la fâcheuse idée « de la confondre avec sa mère), il n’en a cure. Zula non seulement est admise comme membre de la troupe folklorique mais elle en devient rapidement l’une des vedettes.
Du fait du contexte historique de guerre froide, l’histoire d’amour de Wiktor et Zula se complique rapidement. Arrive bientôt, pour la troupe folklorique, l’obligation d’intégrer dans leurs prestations des œuvres vantant la gloire du communisme triomphant et de Staline en personne. Pour Wiktor, le risque de la liberté s’impose. Profitant d’une tournée à Berlin, il parvient à passer de l’autre côté et à rejoindre Paris. Mais, pour Zula, ce n’est pas si simple. Elle a beau aimer Wiktor, elle ne se résout pas à le suivre. Tout n’est pas fini cependant entre les deux amoureux, loin de là. Sans ménager les ellipses, les sauts de plusieurs années (Pawel Pawlikowski n’éprouve pas la nécessité de tout expliquer, fort heureusement), le cinéaste montre, tout particulièrement, les périodes de retrouvailles des deux amants. Pendant un temps, même, Zula parvient non seulement à retrouver Wiktor à Paris mais à demeurer avec lui, sans cependant trouver l’équilibre qu’elle cherchait. Elle est déçue, elle est fantasque, elle se moque d’une poétesse dont s’est entiché Wiktor, elle ne supporte pas de rester à Paris. Mais ni les désillusions ni les emportements ne peuvent rien contre les cœurs et c’est, en fin de compte, Wiktor qui, profitant d’un voyage dans la Yougoslavie de l’époque pour revoir Zula qui s’y produit, revient à son point de départ.
Je ne peux terminer mon éloge de ce film sans en souligner les mérites du point de vue musical. Les musiques et les danses y sont omniprésentes. Bien sûr, de nombreuses scènes font écho au talent de la troupe folklorique polonaise dont fait partie Zula. Mais, Wiktor étant lui-même compositeur et musicien, la musique est présente partout. À Paris, dans les cabarets qui lui sont dédiés, explosent les rythmes du jazz. Une autre scène nous montre Wiktor travaillant à la musique d’un film. Et, surtout, le scénario fait de la place aux séquences les plus sensibles du film, lorsque Zula et Wiktor, s’étant retrouvés pour un temps, la première chante au micro tandis que le second l’accompagne au piano : instant de beauté inoubliable durant lequel on a le sentiment que les deux amants font l’amour par chanson interposée.
Ce film, qui a reçu un Prix de la mise en scène à Cannes, mérite, en vérité, d’être complimenté sur tous les plans. C’est lui, sans nul doute, qui aurait dû être couronné de la Palme d’Or. 10/10
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 12 octobre 2018
Un film intéressant dans sa conception et son esthétisme (noir et blanc, format carré). Il y a des temps fort mais l’histoire d’amour manque de profondeur (peu de dialogues).
Peter Franckson
Peter Franckson

79 abonnés 1 344 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 août 2018
L’histoire (filmée en noir & blanc) débute en 1949 en Pologne : un couple (Wiktor et Irena) enregistre des chanteurs et musiciens des rues. Ils fondent une école de musique (précurseur de la « Star Academy ») et auditionnent les candidats. Parmi eux, une jeune femme blonde, Zula, sort du lot et séduit Wiktor. La suite n'est que chassé croisé entre Wiktor et Zula. Malgré son titre, la guerre froide n’est pas le sujet du film mais sert de décor. C’est bien filmé avec une belle photographie, une séduisante reconstitution du Paris des années 1950’ mais cela manque de souffle [cela n’est pas « Le docteur Jivago » (1965) de David Lean, ni « Le temps d’aimer et le temps de mourir » (1958) de Douglas Sirk], d’autant que le film est un peu long à démarrer (cf. courte durée de 1h24). Malgré toutes ses qualités techniques, le film reste froid et les difficultés rencontrées par ce couple dévoré par une passion mortifère, peine à nous émouvoir. .
Arnaud R
Arnaud R

99 abonnés 826 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 25 mai 2018
Un film à la beauté plastique saisissante et à l'histoire d'amour déchirante mais qui s'enferme un peu dans une austérité qui rend difficile l'implication émotionnelle.
Fanadri123
Fanadri123

33 abonnés 119 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 26 mai 2018
Cold War conte l’amour impossible entre un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée pendant la guerre froide. Le gris universel de l’époque soviétique se retrouve dans le choix du noir et blanc pour le film du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski. Ce drame shakespearien où Joanna Kulig et Tomasz Kot livrent une prestation de haut vol, est avant tout une œuvre universelle. L’importance de la musique est à souligner où elle fait ici office de troisième personnage. Avec sa photographie soignée et sa réalisation maitrisée, Cold War emportera le prix de la mise en scène.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 647 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 12 mai 2018
Après « Ida », Pawel Pawlikowski revient une nouvelle fois au noir et blanc pour « Cold War », l’histoire d’un couple polonais à l’époque stalinienne qui partent s’installer dans le Paris bohème. Wiktor est musicien et cherche à recruter des talents de chants et de danses pour former une troupe qui représentera la Pologne dans tous les pays de l’Est. Il va tomber sous le charme de Zula, au visage magnifique, à la voix nostalgique et aux formes élégantes. Les nombreuses séquences de spectacles pourraient faire penser à la comédie musicale et nous regrettons ce choix de photographie qui atténue l’ambiance folklorique. A l’inverse, le choix de tourner est quatre tiers est judicieux car ressert davantage les émotions des deux brillants comédiens. « Cold War » est une histoire d’amour douloureuse qui tient malgré les pressions politiques qui les poursuivent pendant plus de dix ans. Si le film est en compétition au Festival de Cannes 2018, il risque d’être interdit en Pologne, comme le précédent film, qui dénonce l’appareil judiciaire polonais durant la Guerre Froide avec l’assassinat de nombreux juifs. Film hommage à ses parents, Pawel Pawlikowski signe une œuvre poétique en toute retenue malgré son manque d’allégresse.
D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse