Non, l’idée ne fait pas le film. Ici, on la cerne parfaitement, elle est limpide, elle présente même un certain intérêt et elle est tout à fait dans l’air du temps...mais le résultat à l’écran est d’un ennui, mais d’un ennui ! Sous couvert d’une atmosphère post-apo sous-jacente, ‘Jessica forever’ évoquera les heurs et malheurs d’un processus de désensauvagement masculin : d’un côté, de jeunes hommes au passé trouble, de l’autre celle qui leur offre une chance de réhabilitation, avec de l’amour et de l’empathie pour casser ce cycle de la violence, moitié Imperator Furiosa, moitié Madone de descente de croix. Dans les premières minutes, je conçois parfaitement qu’on puisse s’intéresser à un projet aussi particulier, aussi inclassable, dont il est difficile de déterminer à quel degré il doit être abordé et à qui il peut bien s’adresser : aux amateurs de cinéma d’auteur ou aux fans de nanards ? Aux cinéphiles adeptes du syncrétisme des genres ou aux ados mal dans leur slip ? Il y a du cuir, des drones et des gros flingues...mais, sans doute par manque de moyen, l’ensemble a été tourné dans une zone résidentielle proprette du sud de la France. Bien vite, je me suis dit que cette voix off pesante, qui pose le contexte et exprime les pensées des protagonistes, était de trop. Quant à ce qui remplit réellement le film, les déambultions spleeniques de ces grands enfants mâles, dépeints comme une joyeuse petite colonie d’attardés en voie de rédemption sociétale, ils me sont déjà difficilement supportables quand on est chez Bonello alors qu’au moins, chez lui, ils s’inscrivent dans une atmosphère évocatrice qui dispose d’un minimum de sophistication. J’aurais vraiment voulu pouvoir dire quelque chose de bien sur ‘Jessica forever’ mais passé sa note d’intention tout à fait recevable, je manque sérieusement d’arguments.