La force de ce mélodrame repose beaucoup sur le jeu des acteurs: on reste scotchés par la performance de tous les acteurs qui jouent avec un naturel déconcertant. Pour le reste, je suis mitigée: il faut avoir l'esprit très ouvert et le coeur solide pour supporter une histoire aussi dérangeante voir révoltante et résister à l'envie de se lever de son siège avant la fin de la séance. Il est évident que Michel Franco a voulu choquer les esprits bien- pensants en abordant des thèmes difficiles tels les grossesses précoces, le kidnapping, l'abandon, l'indifférence familiale, l'immaturités des jeunes parents, l'infidélité, le mensonge...
L'affiche de Les filles d'Avril est belle et attendrissante : en bord de mer, une femme protège de ses mains le ventre de sa fille enceinte. Image idyllique qui ne s'accorde guère avec la personnalité de Michel Franco, le cinéaste des relations toxiques et du malaise (Daniel & Ana, Despues de Lucia, Chronic). Un cinéaste aussi violent que son compatriote Amat Escalante (La région sauvage) mais d'une manière différente, moins physique et plus psychologique. Les filles d'Avril développe sa toile autour de l'instant maternel (sic) entre une adolescente de 17 ans et sa mère qui l'est sans doute un peu restée dans sa tête (adolescente). Le personnage que joue la magnifique Emma Suarez (la Julieta d'Almodovar) est-il dérangé et monstrueux ou simplement en quête d'amour ? Tout cela à la fois et la narration sèche de Franco, avec de larges ellipses, semblant laisser toute latitude au spectateur de construire sa propre interprétation. La chose est singulière d'ailleurs : cette liberté qui nous est donnée est illusoire étant donné le dispositif narratif arachnéen que le réalisateur a mis en place, transformant peu à peu son film en thriller suffocant, jusqu'à un dénouement acrobatique et ouvert. Le film n'est pas parfait, on peut le trouver d'une austérité trop marquée et parfois déconcertant dans les décisions prises par les différents protagonistes. Et deux personnages, celui du jeune père, terriblement passif, et de la soeur, en surcharge pondérale et quasi mutique, auraient pu être davantage développés. Autant de petits regrets qui ne remettent pas en question l'intérêt de Les filles d'Avril. On évitera juste de parler de plaisir car le tout est indubitablement inconfortable.
Ce film est un habile étalage de toutes sortes de psychopathologie et autres névroses ! Une femme quadragénaire autoritaire, manipulatrice, en mal de maternité et mère de deux filles. L’ainée est dépressive, mal dans sa peau et en surcharge pondérale, la cadette de 17 ans est hystérique et incapable d’assumer sa grossesse hâtive à 17 ans. Le père de l’enfant, 17 ans lui aussi est insignifiant et immature. Il n’est pas aidé par des parents non-concernés et autocentrés sur leurs occupations. Reste le père absent de la jeune mère qui n’en a rien « secouer » ! En voilà une belle brochette de névrosés !! Ne doutons pas que la réalité, non moins prodigue que la fiction en histoires tordues, ne recèle des cas semblables. La froideur implacable avec laquelle le réalisateur met ses personnage en scène, ne leur laisse aucune chance … tous tant qu’ils sont étant affligés d’une tare mentale qui semble congénitale ou héréditaire. Déprimant tableau clinique sauvé par le talent de séduction hystérique d’Emma Suarez.
Première scène déroulant un plan fixe sur un moment de la vie de tous les jours ajouté à une légère tendance à la provocation. On est dans un film de Michel Franco, cinéaste mexicain devenu un habitué du Festival de Cannes et découvert en 2010 avec le tétanisant « Daniel & Ana », où un frère et une sœur sont enlevés et obligés de coucher ensemble. Pas de doute, et on l’a vu avec les films qui ont suivi, le réalisateur aime les sujets chocs et ne fait pas dans la dentelle en évitant toutefois soigneusement de se complaire dans un excès de voyeurisme, mais préférant le réalisme le plus extrême. Ici, il montre que même dans des lieux aussi paradisiaques que Puerto Vallarta se trament les drames humains les plus tordus avec des êtres complètement amoraux. Et pourtant, « Les filles d’Avril » semble être son film le plus doux et psychologiquement le moins difficile, c’est tout dire.
Michel Franco, dans le choix de ses sujets comme dans sa mise en scène, se rapproche beaucoup d’un autre habitué de la Croisette, en l’occurrence l’autrichien Michael Haneke. Même penchant pour une réalisation proche de l’ascétisme (faite de longs plans fixes ou de légers travellings qui s’éternisent) et absence totale de musique qui assimilent leurs œuvres à des observatoires de la banalité de l’horreur humaine. Cela rend leurs films étouffants et produit en général un certain malaise. Ici, on est toujours captivés par ce qui va se passer, par un dénouement que l’on sent inéluctable et atroce. Mais, ce nouveau film est un peu moins réussi que son œuvre la plus magistrale et définitive, « Despues de Lucia » qui voyait une adolescente se faire harceler par ses camarades et l’engrenage dans lequel son père allait se fourvoyer pour la venger. « Les filles d’Avril » développe quelques longueurs et la fin est trop abrupte, ce qui va beaucoup moins au sujet que sur le film cité précédemment. En effet, on reste sur notre faim quant au sort d’Avril, interprétée avec force par Emma Suarez. Enfin, les problèmes de poids de l’autre fille sont trop vite mis de côté au profit de l’intrigue principale et s’avèrent soit frustrants dans leur absence de traitement, soit de trop.
Le personnage d’Avril reste assez énigmatique ; il manque en effet de clés de compréhension psychologique. On sent petit à petit que quelque chose cloche chez cette mère mais on ne nous expliquera jamais le pourquoi du comment. C’est un choix qui en vaut un autre et accroît encore le sentiment de danger (et une certaine tension) ressenti par le spectateur pour son entourage. Un personnage de mère castratrice, border line et imprévisible qui fait peur par le côté imprévisible de ses réactions, voire de ses exactions. A nous de nous faire notre propre interprétation. On a droit encore à quelques scènes pas très catholiques voire quelque peu choquantes qui deviennent en quelque sorte une marque de fabrique pour le mexicain et son style inimitable d’Haneke du sud. Elles servent cependant le récit. Qu’on aime ou pas, le cinéaste développe une œuvre intéressante et étouffante sur les dérives de l’âme humaine et ses aspects les plus torturés et pervers. Et pourtant, « Les filles d’Avril » reste certainement son film le plus accessible et dans le compromis, notamment avec une fin relativement clémente. Maîtrisé et puissant, il reste un film à découvrir.
Ne vous attendez pas à un mélodrame plein de musique sirupeuse, il n'y en a pas. Ne vous attendez pas à aimer tel personnage, détester tel autre, ils sont tous presque ordinairement faibles les uns que les autres et ne peuvent susciter de tendresse empathique. Ne vous attendez pas à une explication quelconque sur le pourquoi du comment, il n'y en aura pas, pas de retour dans le passé, pas de dialogue qui permette de comprendre les réactions des uns et des autres. Tout se joue naturellement dans une toile d'araignée tissée par les uns et les autres sans pathos exagéré mais sans concession non plus, par un jeu d'acteurs parfaits dans leur personnage, y compris le bébé qui y met beaucoup du sien... Ce film est brut et sans doute brutal, dérangeant dans des consciences dérangées. Progressivement, mine de rien, il nous tire vers la tension sous-jacente qu'on espère évitable au début de la séance mais à laquelle on sait ne pouvoir échapper.
Michel Franco continue de confronter ses personnages à des situations intenables. Porté par Emma Suarez, ce nouveau film est toutefois plus lumineux, entre innocence et cruauté.
Le film est présenté dans la presse comme l’histoire d’une jeune fille de 17 ans qui tente de survivre avec son bébé. Mais en réalité, le récit tourne davantage autour de sa mère, Avril, une manipulatrice. Pourtant, on ne comprend pas très bien comment elle parvient à manipuler son entourage. Dans la seconde moitié du film, j’ai eu du mal à rester accrochée, tant l’histoire devenait absurde, et je ne parvenais à m’attacher à aucun personnage. Il me semble toutefois que le réalisateur a délibérément choisi de construire une histoire où l’attachement aux personnages est difficile, voire impossible. Cela dit, le film reste très intéressant et pousse à la réflexion. J’ai particulièrement aimé la fin, qui renverse la situation tout en nous laissant nous interroger sur la suite…
A 38 ans, le réalisateur mexicain Michel Franco peut déjà être considéré comme un vieux routier du Festival de Cannes : ses débuts sur la Croisette datent de 2009, avec "Daniel & Ana", son premier long métrage, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. En 2012, "Después de Lucía" obtient le Prix du Jury de la sélection Un Certain Regard. En 2015, c’est la consécration avec "Chronic" : sélectionné pour la compétition officielle, ce film obtient le Prix du scénario. Cette année, il était de nouveau à Cannes, dans la sélection Un Certain Regard, avec "Les filles d’Avril", et à la clé, de nouveau, le Prix du Jury.
C’est avec un sentiment de surprise qu’on entre dans "Les filles d’Avril" : connaissant l’œuvre de Michel Franco, sorte de Haneke mexicain, on s’étonne qu’un tel sentiment de douceur envahisse le début du film. Que lui est-il donc arrivé ? C’est ainsi qu’on rencontre Valeria, une jeune fille de 17 ans qui vit avec sa sœur Carla, une jeune femme neurasthénique dont le seul but dans l’existence semble être de perdre du poids. Détail important : Valeria s’est retrouvée enceinte des œuvres de son petit ami Mateo et le jeune couple a tenu à garder le bébé. Serions nous donc partis vers la peinture gentillette des problèmes rencontrés par un très jeune couple avec l’arrivée inattendue d’un enfant ? Eh bien non, car Michel Franco, visiblement, s’est amusé à nous prendre en traitre et, petit à petit, par touches progressives, il va redevenir le Michel Franco que l’on connait, grâce à l'arrivée d'Avril, la mère de Valeria et de Carla, grâce à la perversité de son comportement : le Michel Franco qu’on aime … ou qu’on n’aime pas !
L’idée de l’histoire racontée dans "Les filles d’Avril" est venue à Michel Franco de deux observations : tout d’abord, la rencontre dans la rue d’une adolescente enceinte qui lui est apparue comme, à la fois, pleine d’espoir et terrorisée à l’idée d’affronter les conséquences de son futur accouchement ; ensuite, l’observation faite couramment des relations conflictuelles que certains parents ont avec leurs enfants, en particulier lorsqu’ils refusent le fait de vieillir. A partir de ces points de départ, on peut faire confiance à Michel Franco pour construire un film dérangeant sans jamais être glauque, un film qui, jusqu’au bout, va réserver son lot de surprises.
Michel Franco est un réalisateur qu’on retrouve toujours avec plaisir. Dans "Les filles d’Avril", il commence par nous surprendre en ne montrant que des gens « anormalement normaux » pendant de nombreuses minutes. Mais on ne perdait rien pour attendre et la suite, connaissant l’individu, est à la hauteur de nos espérances, avec une très grande Emma Suárez dans le rôle principal.
Les Filles d’Avril est très certainement le film le plus dérangeant de la compétition Un Certain Regard de Cannes 2017. Ce qui lui vaudra le prix du Jury. En apparence, il nous présente une famille avec ses problèmes comme beaucoup de familles pourraient en avoir. Valeria est enceinte à 17 ans et a décidé de garder le bébé. En soit, rien ne nous choque, car le couple a l’air stable et sain. De plus, sa grande sœur est présente et la soutien. Sa mère aussi est compréhensive, jusqu’à ce que nous apprenions réellement à la connaître… Nous n’avons pas envie de détailler l’histoire, car celle-ci est surprenante de malsanité. Car Avril n’est pas la douce mère que nous pensions. Jalouse et restée bloquée dans une période qui n’est plus la sienne, Avril va s’immiscer peu à peu dans le quotidien de sa fille jusqu’à en franchir la limite. Oubliez le Julieta d’Almodóvar, Emma Suárez vous délivre son rôle le plus cuisant. D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44