On en sort désarçonné, insatisfait et puis voilà qu'on y pense et qu'on y repense longtemps. L'Apparition est un film qui fait du profit... L'enquête menée dans le film par la commission du Vatican n'est qu'un prélude à celle conduite par le spectateur après être sorti de la salle … Dans les deux cas, cette enquête doit être menée selon le cahier des charges établi par le Vatican, lu par Jacques (Vincent Lindon) à ses collègues à l’ouverture de leurs travaux, et scène clef du film : la reconnaissance d’une « apparition » par l’Eglise ne doit avoir que deux critères : 1) la qualité du voyant (sa piété, son humilité, l’exemplarité de sa conduite) ; 2) l’analyse des conséquences de sa vision (conversion, guérison) : on juge un arbre à ses fruits … Il ne s’agit nullement, ni pour la commission, ni pour le spectateur, de dire si, oui ou non, la jeune Anna a « vu » la Vierge. Il s’agit simplement de dire si elle a vécu une expérience mystique et de constater si, oui ou non, cette expérience produit des bienfaits et si celle qui la revendique est digne de respect. La voyante elle-même ne décrit d’ailleurs pas précisément la nature de sa vision, elle parle d’une « lumière » qu’elle qualifie de « douce », la représentation de cette lumière douce en Vierge n’étant qu’un artifice destiné à « incarner » ladite lumière. Partant de là, l’histoire pourrait se raconter ainsi : Meriem est une jeune musulmane placée, enfant, dans une famille d'accueil, puis dans un foyer. Anna, sa meilleure amie, est une jeune catholique dont le parcours a été tout aussi chaotique. Un jour, marchant dans la montagne, Mériem est confrontée à une vision aussi inattendue que terrifiante pour la musulmane qu'elle est : la « lumière » de la Vierge ! Cette vision lui arrache des cris dont les paysans qui les ont entendus n’ont pas oublié la force. De retour au foyer, Meriem se confie à Anna. Impossible pour une musulmane d'évoquer publiquement cette expérience. Impossible en revanche pour Anna de ne pas faire connaître au monde l’événement vécu par sa meilleure amie, sur la vérité duquel elle n’a aucun doute. La solution est vite trouvée. Anna portera témoignage de l'expérience mystique de Mériem en lieu et place de cette dernière. Si elle-même n’a pas « vu » l’apparition, elle accepte d’en porter le rayonnement. Jacques (Vincent Lindon), le journaliste choisi par le Vatican pour conduire l’enquête, est un agnostique qui, tout en écartant l’idée d’une apparition, n’en est pas moins ébranlé par le comportement d’Anna, la limpidité de son regard, sa dévotion, sa douceur. Son incrédulité est d’autant plus mise à mal que les hasards de l'enquête le confrontent à différents faits troublants, ce qui est notamment le cas lorsque Anna se fait thaumaturge en guérissant son oreille malade ... Si Jacques ne verra pas ce qu'il n'y a pas lieu de voir, il entendra le message sous-tendu par la prétendue vision ... tel est le paradoxe de L'Apparition ...