Voilà un film avec un concept plaisant et original, survivre sans faire un bruit sous peine de mourir rapidement, cela ouvre un nombre énorme de possibilités en termes de scénario, de suspense et d’angoisse. Malheureusement « Sans un bruit » ne parvient pas à faire un film entier sur cet excellent concept.
Si le réalisme de la réalisation, le jeu des acteurs (parfaits de bout en bout), une intro réussie et le manque d’informations volontaire nous plongent rapidement dans un stress permanent avec même quelques pointes d’angoisse, ces dernières se font moins nombreuses à mesure qu’avance le film, tout comme la sensation de stress général qui diminue doucement mais surement à mesure que les minutes passent, et ce sans jamais réussir à créer un regain de tension pourtant indispensable à ce genre de film.
La faute à un concept (je le répète pourtant très bon) qui finit par tourner en rond. Survivre sans un bruit, le concept se suffit en lui-même une bonne demie heure, mais après il faut trouver des éléments scénaristiques pour le relancer, le faire vivre, et ça John Krasinski, n’y parvient malheureusement que trop peu. Pourtant certaines idées sont brillantes mais mal ou pas exploitées
(le clou qui dépasse crée un vrai enjeu quand on sait qu’il ne faut pas faire de bruit, mais bizarrement personne ne remarche dessus après Evelyn Abott, la naissance du bébé, très bien, mais au lieu de devenir un handicap pour la survie de la famille et un enjeu il n’est jamais utilisé que pour gémir un peu et faire vaguement monté la pression, la fille sourde qui du coup ne se rend pas compte du bruit qu’elle peut faire, idem l’idée reste quasi inexploitée alors qu’elle pourrait être source d’un gros stress. La cave inondée, pareil un bon élément pour faire une scène hyper angoissante et au final totalement inutilisée)
, alors qu’elles sont bien là. Et c’est en ça que « Sans un bruit » se révèle frustrant il nous donne à voir beaucoup de bonnes idées mais ne les mène pas au bout. Du coup le film finit par tourner en rond, répétant le même schéma
(on fait du bruit-un monstre se pointe-on s’en sort)
si bien que le spectateur finit par anticiper ce qui va se passer, à partir de ce moment la situation d’inconfort disparaît. Et ce d’autant plus que film opte pour un rythme très discutable, lent et posé au début (un peu trop même), il se précipite à la fin, qui arrive bien trop vite en plus de basculer d’un film d’ambiance à un film d’action trop banal.
De plus à plusieurs reprises le film rate le coche au niveau de scènes qui auraient pu être marquantes
(le sacrifice du père qui se voit trop venir et du coup n’émeut personne, les monstres rares au début deviennent trop présents ensuite et les faces à faces monstres-humains perdent rapidement de leur impact)
et n’exploite pas correctement ces choix scénaristiques
(le quasi huis clos de la propriété familiale n’est pas assez angoissant, les sorties en extérieures sont trop calmes alors qu’elles devraient générer un stress énorme tout le monde rentrant trop facilement à la maison)
.
Au final « Sans un bruit » souffre de bons nombres de défauts que parviennent à sauver en partie seulement un super concept de base, un jeu d’acteurs solide, une réalisation réaliste et une famille attachante. Mais voilà tenir un bon concept ne permet pas toujours de faire un bon film. « Sans un bruit » se laisse bien regarder, mais faute d’inventivité et parfois par manque d’audace il ne parvient pas à nous donner le frisson attendu.