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Un visiteur
5,0
Publiée le 13 juillet 2012
Grand film, disons même chef d'oeuvre autant pour sa valeur philosophique que pour son incontestable valeur artistique. Même si l'oeuvre offre de nombreuses perspectives d'analyses, "Nostalghia" doit d'abord se contempler. Tarkovski est le maitre du cinéma qui se contemple. En effet, comment ne pas se laisser embarquer par ces extraordinaires plans qui se déplacent avec un rythme et une beauté considérables ? Les mouvements de caméra de Tarkovski, extrêmement précis et brillants, lui valaient même l'admiration du grand Ingmar Bergman. Plans séquences d'excellente qualité qui confèrent au film une ambiance poétique. Les plans également, très beaux et très construits, entrent dans cette optique : l'ensemble du film est un poème grâce à sa mise en scène complètement improbable. Il est admirable également de se concentrer sur le travail effectué sur le son. Le bruit de l'eau est formidable et sonne très juste tout au long du film. La musique, très bien choisie et également de qualité. Voilà un argument qui permet de dire que ce film est l'un des meilleurs de tous les temps : une mise en scène originale, bouleversante, incroyable... C'est d'ailleurs dans le cinéma de Tarkovski qu'on peut voir à la perfection ce que Gilles Deleuze appellait "image temps". Comme si cela ne suffisait pas, Tarkovski en rajoute une couche. Le film a également un intêret philosophique. Il filme l'art, l'amour mais également le désespoir, la mort et donc la vie. "Nostalghia" c'est l'histoire d'une humanité qui se perd, qui perd la foi en Dieu et plonge peu à peu vers le néant. La pluie, le vent, la moisissure sont autant d'éléments insistant sur la faiblesse de l'homme et la facilité avec laquelle il pourrait disparaitre. Excellent film, qui marque à jamais celui qui saura le regarder.
Ce n'est pas du cinéma, c'est de la poésie en suspension... Un film hanté par la mort et le souvenir, unis dans une même grâce des gestes, des regards, des mouvements... Et cette petite flamme que le héros tente de préserver jusqu'au bout dans cette grande piscine, c'est à la fois futile et tellement douloureux... J'ai vu "Nostalghia" et j'ai ressenti comme l'éblouissement du désespoir, celui de ne pas dire les choses, mais de les raccrocher au temps du regard, de l'humilité... Que dire d'autre ? Faut il vraiment parler de la grammaire cinématographique à propos de ce film ? Avec cette technique qui n'en est plus une, cet esthétisme qui n'en est pas, avec ce qu'il faut de souffle et de brume pour laisser passer la petite lumière...? Tarkovski était peut-être un génie mais c'était un cinéaste furieusement humain avant tout, donnant à vivre et à mourir dans son oeuvre pour nous dire tout et rien de l'existence, et se souvenir de çà.
Reprocher à un film de Tarkovski d'être lent c'est, précisément, le comprendre. Cela dit, que reste-t-il de Nostalghia après ces deux heures de visionnage ? Une impression, plus présente ici que dans ses autres films, celle d'être en terre connue. Le chien (Stalker), l'eau (Solaris/Stalker), les flash back (Le Miroir) comme toile de fond d'un héros fatigué et en plein doute (Andreï Roublev) que la foi d'un tiers remettra - très brièvement ici - en route. A première vue, Nostalghia ne s'impose pas aussi facilement que ses ainés. Il n'a pas le côté envoutant de Stalker, la beauté du Miroir et cette sensation d'implacable qui parcourait Andrei Roublev et Solaris. Mais ce qu'il perd sur la durée il le rattrape par ses fulgurances, ces longs plans que rien ne vient perturber. Il fallait bien ça. D'abord par petites touches, de temps à autre. Puis, enfin, de façon magistrale. Il fallait bien ces deux heures, où tout se joue parfois dans le détail, pour que le lent dézoom qui clôt le film nous fasse ressentir ce même effroi provoqué par les fins Solaris, du Miroir, de l'Enfance d'Ivan, de Stalker. J'entends déjà les sceptiques tiquer : tout ça pour ça ? Assurément, et à plus d'un titre !
Bon Tarkovski est définitivement un réalisateur avec lequel je n'accroche pas du tout. Après Stalker, Solaris et Andreï Roublev, j'avais bon espoir de mieux accrocher à Nostalghia qui a une durée bien plus raisonnable mais rien à faire, je ressens toujours un vide et un ennui profond devant ces films. Ce n'est vraiment pas ma came.
Long, trés long, abscon, désagréable. Le malaise se poursuit en lisant les critiques élogieuses sur ce site. J'ai l'impression d'avoir assisté à une parodie de film intellectuel mais qui dure... 2h06 Et 2h06... ça peut être long.
Je mets la moyenne pour le formalisme de la réalisation, certains scènes sont superbes. on retrouve même des passages qui font penser à Stalker mais si pour ce dernier j'étais arrivé à me faire ma propre idée sur le scénario, ici je reste largement dans le brouillard. critique certifiée conforme
Tarkovski a changé ma vie. Il m’est donc difficile de parler de l’une de ses œuvres sans une certaine solennité. Au-delà de la forme (les films de Tarkovski sont les plus beaux films du monde), il y a tout ce qu’a cherché à nous dire le cinéaste, dans chacune de ses œuvres, nous livrant en témoignage, dans chaque plan et dans chaque son, toute son âme, avec un dévouement et un renoncement d’essence quasi religieuse. Tarkovski, toute sa vie durant, n’a cessé de nous mettre en garde contre la dérive purement matérialiste de notre monde, dérive se faisant au prix de la perte de la spiritualité, qui constitue pourtant la principale dimension humaine. Mais qu’est-ce que la spiritualité au juste? La religion? L’art? La philosophie? La poésie? La sagesse?... Et comment y accéder? L’œuvre de Tarkovski m’a aidé à répondre à ces questions, et m’a aidé à trouver et enrichir ma vie spirituelle. Là est sûrement toute la grandeur du cinéma de Tarkovski: chacun y trouve sa propre porte d’entrée, chacun y voit quelque chose de personnel, chacun y trouve sa voie, avec des réminiscences de sa propre vie, de son propre passé, de ses souvenirs les plus personnels... Et il n’est pas meilleure approche de la spiritualité que cette ouverture universelle à l'invisible. Je ne ferai pas un éloge artistique de "Nostalghia". Oui, certes, vous y verrez des plans parmi les plus beaux de toute l’histoire du cinéma, et le dernier, nous montrant le personnage principal assis à côté de son chien devant sa maison natale, le tout contenu dans la nef d’une abbaye en ruine, vous hantera encore bien longtemps après la projection. Mais à quoi bon? Devant le sublime, les mots ne peuvent être que réducteurs. Je dirai simplement ceci: "Nostalghia" est un film sur une humanité en profond désaccord avec le monde, un monde qui court à la catastrophe. C’est une exhortation à revenir aux fondements essentiels de la vie. Puisse cette invitation trouver un large public.
L'art ne peut pas être traduit. Sous cette inquiétude devenue folie devant la caméra maladive d'Andrei Tarkovski, c'est tout un défi qui est relevé. Sans avoir pu m'en assurer, je crois que les poèmes souvent récités, toujours en italien, sont ceux de son père Arseni. Une manière complice de montrer que la traduction de la poésie peut, si elle est bien faite, convoyer un charme autre que l'original. Alors, pas comme le cinéma, peut-être ?
Mais le réalisateur fait bien mieux en toile de fond que de simplement poser la question. Peu importe si Mosfilm lui a coupé les ponts en cours de route (il ne fallait peut-être pas suggérer d'abolir les frontières…), puisque c'est la Russie qu'il veut traduire, littéralement, « en » Italie. Transposant le pays en langage et la culture en idée, ce sont des notions normalement contenues par les frontières qu'il étale simultanément en philosophie et en politique, toujours à travers le prisme de la remise en cause spirituelle et individuelle. Il crée un univers où aucune limite n'existe. L'Italie, embrumée, dépeuplée, ralentit grâce à la plasticité italienne qui lui permet de devenir l'allégorie d'une remise en cause de l'URSS : veut-elle vraiment de la liberté ? Elle ne sait pas quoi en faire quand on la lui donne…
On connait bien le rapport primal du peuple russe à sa terre, l'amour mystique dont il tire sa grandeur et son errance. C'est donc tout naturellement que Tarkovski, artiste par excellence, homme sensible et profondément lié à l'invisible et l'indicible qui émane du monde, a ressenti son exil italien comme un déracinement. Nostalghia racontait un peu cet écartèlement, en plus de tenter de décrire un peu celui d'un monde à la culture et au rapport à la vie déliquescent. Le sujet aurait pu me parler, hélas je n'ai vécu Nostalghia (un peu comme Le Miroir et sans doute même davantage) que sur le plan intellectuel. Peut-être est-ce du à la complexité de communiquer vers l'extérieur un sentiment aussi emprisonnant et isolant que la nostalgie. Quoi qu'il en soit, et en dehors de quelques images marquantes, je n'ai pas réussi la connexion avec la toile picturale du maître russe. Une déception, qui sera je l'espère oubliée après Le Sacrifice.
Premier film de Andreï Tarkovski que j'ai vu, et premier choc avec l'univers assez hermétique qu'il a construit et cultivé pendant toute sa carrière. Je pense que je n'ai pas vu son film le plus accessible en premier, et c'est peut-être pour cela que la première demie-heure m'a semblé aussi longue. Ce cinéaste a un sens très particulier de la mise en scène et du scénario, sans parler des dialogues. Mais une fois la glace brisée, on commence un voyage initiatique en même temps que le poète, subjugué par la beauté stupéfiante de la photographie et toutes ces teintes de couleurs, inhabituelles, et qui rappellent les quatre éléments. Eléments qui ont une place fondamentale dans ce film : tout au long du film Tarkovski associe l'eau, synonyme d'oubli et d'action, et la terre, synonyme d'immobilité, puis à la fin du film oppose le feu, allégorie de la vie qui vacille, et le vent, affilié à la mort qui nous délivre de nos souffrances. Il y a une multiplicité absolument impressionnante d'explications possibles. Mais je me risquerai à avancer que Gortchakov était venu dans l'idée en Italie dans l'idée de marcher sur les traces de son compatriote et peut-être chercher l'apaisement de son âme, torturée par l'exil de son pays natal (d'où les flashbacks nostalgiques de son enfance). Il y a effectivement trouvé quelque chose, mais pas le repos, il y a trouvé encore plus de questions, notamment après la rencontre avec Domenico. Celui-ci livre d'ailleurs spoiler: un boniment de bateleur dans une scène mémorable, où il finit par s'immoler de manière spectaculaire pour tenter d'échapper à cette société matérialiste . Gortchakov accède t-il à un monde meilleur spoiler: lorsqu'il meurt lui aussi lors de la scène finale ? A chacun de se faire sa propre opinion. Quoi qu'il en soit, pauvre en dialogue, mais riche en symboles et en symbolique, ce film questionne, déroute, déstabilise, joue avec notre compréhension des choses pour la remettre en question. Une réussite.
C’est, dit-on, et cela se sent à sa vision, le film le plus personnel de l’auteur. Personnel au sens où le personnage principal, prénommé Andrei, comme Tarkovski, est clairement son alter égo : un artiste Russe « exilé » en Italie, en proie à la souffrance et incapable de savourer les beautés (artistiques entre autres) qui l’entourent, et dont la famille est restée en Russie. C’est un film pessimiste et désespéré, difficile à pénétrer. Il oscille entre noir et blanc et couleur, comme il oscille entre souvenirs, rêves et réalité, comme aussi entre un intimisme trouble et impalpable et une réflexion (un peu caricaturale) sur la « normalité ». L’environnement aqueux et glauque, comme la bande son alternant bruits agressifs de travaux humains (hors champ) et bruits de gouttes d’eau stagnante contribuent à l’impression de désolation angoissée du film. Bien sûr, comme toujours avec le cinéaste, on ne peut qu’admirer la merveilleusement soignée composition des plans, et être ému par cet homme qui s’accroche, sans conviction, à l’illusion dérisoire d’une utilité, voire d’une foi. Mais le film souffre quand même de scènes trop étirées, et il lui manque le souffle des chefs-d’œuvre du maître.
C’est la splendeur du septième art que l’on assiste, possédant un certain charme cette langue d’adoption pour l’exilé russe, le manifeste d’un état d’âme de poète. Il apprend ce que c’est la modestie transportée dans la mélancolie de sa mère patrie renommée ainsi « nostaghia ». La Russie est difficile à comprendre tout aussi bien que la mise en scène, des prises de vue qui se déplace tout en douceur, ce style si particulier d’héritage soviétique, un chef-d’œuvre pour apprendre aux écoliers du cinéma comment faire un film comme ça. Il n’y a pas d’histoire à saisir, juste contempler jusqu’à la corde rallongée sans lassitude, c’est le misanthrope russe d’URSS qui fait son cinéma, une touche de folie spirituelle chez cette version de Don Quichotte, l’extrémisme de l’immolation pour ses idoles iconographiques. L’Italie la catholique lui laisse court à ses idées contrariées dans son pays d’origine athée qui astreint donc l’obliger définitivement à tout quitter puis plier bagage, une raison de pudeur politique et philosophie religieuse.
On peut concevoir une véritable fascination pour ce film aussi bien mystique qu’esthétique. Néanmoins, il est également possible de rester complétement hermétique à cette œuvre tant elle tutoie les sommets de l’onirisme intellectualisé. Alors en exil en Italie, le réalisateur russe Andreï Tarkovski signe, en 1983, un long-métrage intimiste dans lequel il évoque notamment son attachement à sa terre natale mais également les tourments d’un homme à la recherche de sa place dans la société. La mise en scène ne souffre d’aucun défaut. La photographie, l’exploitation de la lumière ainsi que l’utilisation des couleurs sont juste sidérantes. Pour le reste, il faut adhérer. Bref, un film d’auteur aussi impénétrable que l’âme humaine.