Me fait penser à Moonwalker (Antoine Bardou-Jacquet, 2015) que j'ai trouvé excellent. L'Amour est une Fête (Cédric Anger, 2018) mérite trois étoiles, dès le moment qu'on accepte (et qu'on approuve) qu'il ne s'agit ni d'un documentaire sur l'industrie du porno, ni d'une enquête fiscale.
Même principe que Moonwalker qui n'était pas un documentaire sur la conquête spatiale. Permettez que je décrive tel principe afin de motiver les cinéastes à s'y essayer.
Il sortirait ne fût-ce que un film par an conçu de telle manière, j'en retirerais une grande satisfaction.
Le film doit s'articuler autour d'une thématique grand-public, simple et évidente, un rien racoleuse telle la conquête spatiale fin années 1960 (Moonwalkers). Regroupement familial milieu années 1970 (appel à candidature). Industrie du porno fin années 1970 (L'Amour est une Fête). Flippers et jeux de café années 1980 (appel à candidature). Internet années 1990 (appel à candidature). Ryanair années 2000 (appel à candidature). Greenwashing années 2010 (appel à candidature). BigData&IA années 2020 (appel à candidature), etc.
Le cinéaste profite de l'occasion pour démontrer sa maîtrise en ce qui concerne le décalage et l'inventivité. Le cinéaste sait d'avance qu'il va (qu'il doit) décevoir le public mal informé qui croit qu'il est question d'un documentaire plus ou moins romancé. Le public bien informé, qui sait à quoi s'en tenir, est un public légèrement plus exigeant. Il doit aller de surprises en surprises. Tout le long du film, le spectateur doit être persuadé qu'un millimètre sous la réalité maussade qu'il a connue, dont il garde des souvenirs décousus en qualité de profane, il existait des échappées pratiquées par certains (qui sont les personnages du film), qui y opéraient en tant que chevilles ouvrières, qui s'impliquaient corps et biens à exploiter telle réalité, fabriquant donc en quelque sorte telle réalité. Là où cela devient intéressant, c'est lorsque le cinéaste s'ingénie à montrer que ces personnages sont habités par des ambitions, motivations, idéaux, plus profonds et plus dignes, qui ne correspondent pas à leur activité, ce qu'ils regrettent en eux-mêmes. Il naît là un second degré, un embryon d'auto-dérision empreinte de naïveté qui fournit une matière première pour donner une extraordinaire densité aux personnages. En fonction de cela, des communautés d'intérêt se forment, passagères, opportunistes, définitives ou profondes, qui alimentent le récit considéré comme élément bonus, accessoire, vaguement bidon pour éviter de se prendre la tête (car tel n'est pas le sujet du film), que le cinéaste doit pourtant ciseler, peaufiner, notamment en ce qui concerne les dialogues, de façon à gagner l'approbation et le respect du spectateur. Spectateur qui, pour que le film demeure crédible, doit s'y reconnaître en tant que profane, pour ce qu'il était (ou sera) à l'époque. J'espère que ces lignes sont utiles, tant pour le spectateur qui ressort dubitatif du visionnage de "L'Amour est une Fête", que pour le cinéaste qui ressent de l'intérêt pour une telle approche cinématographique, qui agit en révélateur de talent à tous les niveaux : écriture, acteurs, images. Il faut garder à l'esprit, la prise de risque qu'une telle approche sous-tend.
Cédric Anger a osé, et n'a pas failli. Trois étoiles donc.
J'aurais attribué quatre étoiles si L'Amour est une Fête avait permis à un acteur peu connu de crever l'écran telle Erika Sainte dans Moonwalker.