Cédric Anger change radicalement son fusil d’épaule en délaissant les polars sombres et torturés pour cette chronique sur le milieu du porno dans les années 80. Pourtant, en apparence, « L’amour est une fête » revêt tous les atours d’un film policier classique avec ses deux flics chargés d’infiltrer ledit milieu pour mettre fin à l’évasion fiscale et aux trafics en tous genres de ceux qui le régissent. Mais cette ossature devient bien vite accessoire et même futile sans que cela ne porte aucun dommage au film, car ce qui intéresse le cinéaste ici c’est bien de radiographier les mœurs libertines et insouciantes de ce milieu fascinant et interdit. Et quelle meilleure astuce de scénario que de le faire par le biais de personnages infiltrés qui finalement vont s’y perdre et apprendre à s’y sentir bien. On sent même un véritable culte et un profond amour pour ce microcosme particulier tant tout cela est filmé sans jugement aucun. A l’arrivée, ce long-métrage assez noir au départ va devenir de plus en plus lumineux et coloré.
C’est d’ailleurs cette progression de l’ombre à la lumière qui va donner au film son côté un peu bicéphale si ce n’est quelque peu schizophrène sur le ressenti que l’on s’en fait. Sur les deux heures qu’il dure, notre avis se trouve chahuté, voire pire, il passe de poliment ennuyé à totalement comblé. En effet, le début rame quelque peu. C’est monotone, l’intrigue policière ne passionne pas, les personnages sont peu intéressants et le milieu de Pigalle a déjà été dépeint de manière bien plus passionnante. On croit sincèrement cette promesse artistique cuite et le film bien tiède voire raté. Puis, sans que l’on s’en rende compte, « L’amour est une fête » devient plus aimable, plus drôle, plus vivant et surtout plus beau. Dans la seconde partie, il nous cueille même complètement comme s’il fallait lui laisser le temps de se donner à nous, de s’effeuiller. Comme par magie, on a l’impression d’être convié à la fête et on n’a plus envie de quitter cette joyeuse bande délurée. Certains passages, comme celui dans la maison du producteur de porno et celle sur le tournage du film, sont délicieuses et on rit beaucoup à certains moments.
En conséquence, plus le film avance, plus on y prend goût. Sur la fin, certaines scènes sont d’une joliesse incroyable par le côté polisson voire même poétique qu’elles dégagent. Et le sublime dernier plan, bucolique et solaire, finit de corroborer cette impression. Il synthétise tous ces petits moments en apesanteur vécu par les personnages. Il faut aussi noter l’excellence des seconds rôles incarnés par un Michel Fau impeccable et un Xavier Beauvois totalement déchaîné. Après il faut avouer que le duo Canet/Lellouche finit par lasser mais qu’ils font le boulot avec application. Anger soigne la forme et retrouve tout à fait la patine de l’époque grâce à une direction artistique irréprochable rendant le long-métrage très agréable à l’oeil. Il parvient également à filmer le sexe cru et ce milieu comme on filme l’amour et il démystifie le domaine du porno avec grâce, il le rend glamour même. Bien sûr, on est loin de l’indépassable « Boogie Nights » sur le même sujet mais c’est déjà pas mal. Dommage que la première heure soit si lancinante car « L’amour est une fête » est une délicieuse parenthèse enchantée filmée comme un rapport sexuel en somme : notre intérêt subit une croissance exponentielle jusqu’au final orgasmique.
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