Réalisateur de polars qui savent s’éloigner des formules éprouvées “Qualité Française”, Cédric Anger assouvit ici un vieux fantasme personnel, celui de se plonger dans le milieu du porno hexagonal à son âge d’or, celui des moustaches, des rouflaquettes et des productions aux ambitions aussi grandioses que leurs moyens étaient limités, avec leurs titres qui pourraient figurer sans honte dans une anthologie de l’humour de caserne (“Blanche-Fesse et les sept mains”, “Vingt mille vieux sous mémère”, etc…). Prétexte commode à l’exploration du sujet, Anger utilise à nouveau les ficelles du polar : ces deux potes prêt à tout pour se faire un nom dans le X sont en réalité deux inspecteurs infiltrés qui ont pour mission de surveiller certains producteurs un peu trop prompts au blanchiment d’argent. Curieusement, il s’agit de la partie la moins convaincante du film, Canet et Lellouche incarnant des flicards beaucoup trop sommaires et stéréotypés. En dehors du recours à certaines techniques qui rendent hommage aux moyens de l’époque, comme ce grain d’image imparfait et ces filtres aux couleurs saturées, c’est clairement la nostalgie d’une époque de pionniers et de liberté, héritière de mai 68, qui s’impose dans la seconde moitié du scénario, mâtinée d’un humour et d’une légèreté de plus en plus présents grâce aux extravagances propres au monde de la nuit. A l’instar de ‘Boogie nights’, ‘L’amour est une fête’, qui se déroule en 1982, a pourtant des airs d’ultime fiesta avant la fin du monde, à savoir l’arrivée du Sida et l’ingérence de l’Etat qui entraîneront la disparition des amateurs libertaires et la professionnalisation de la pornographie, dès lors soumise aux impératifs de rentabilité à tout prix. A en croire Cédric Anger, durant les âges farouches du X, les réalisateurs étaient des bricoleurs allumés, convaincus d’être à l’Avant Garde de quelque chose, les producteurs étaient des gens bienveillants, soucieux du bien-être de leurs acteurs et actrices, et ces dernières étaient des filles de la classe moyenne qui embrassaient la carrière de star du porno moins parce qu’elles n’avaient pas le choix que par hédonisme et envie d’emmerder la morale. Evidemment, présenter l’univers du film cochon sous un angle bienveillant et bonhomme va à l’encontre de toutes les tendances d’aujourd’hui et une telle démarche suscite forcément une sympathie automatique, même si le résultat s’avère bourré de défauts. Après, il reste la question de la véracité de cette vision : est-ce vrai ? Est-ce faux ? Idéalisé ? Sans doute. Mensonger ? Sans doute pas complètement. Je n’étais de toute façon pas là pour en avoir un ressenti de première main. Du reste, Cédric Anger non plus.