Un film de science-fiction helvète! En voilà une chose peu commune dans le paysage cinématographique actuel. Produit par Roland Emmerich (il y a pire, même si c’est plus un cinéaste réputé pour ses blockbusters à tendance destruction massive et zéro psychologie plus qu’un artiste de la finesse en somme), « La Colonie » - ou « Tides » selon son pays de sortie – ne dispose pourtant pas d’un budget très élevé, on ne s’étonnerait d’ailleurs pas que ce soit une production quelque peu fauchée. Cela se ressent non pas à l’image, au contraire, car on peut louer les efforts et les astuces au niveau de la direction artistique pour ne pas faire cheap, mais dans l’économie d’effets, de décors, d’acteurs et de péripéties. C’est un film de science-fiction ambitieux mais sans le sou. A ce niveau, même si les lieux de l’action sont limités, il y a un véritable univers créé ici.
Et il est gris cet univers. On avait rarement vu un film de science-fiction visuellement aussi froid. Pas que ce soit un défaut, cela donne une identité formelle propre et racée à « La Colonie » mais c’est tellement triste à force d’être saturé de gris que cela rend l’image terne et qu’on se demande même si le noir et blanc n’aurait pas été plus judicieux. En revanche, les plages brumeuses et les débris de ces immenses cargos sont une idée malicieuse pour permettre au film d’offrir une carte post-apocalyptique crédible, et ils sont aussi assez originaux pour ne pas faire dernier choix masquant l’absence de budget. Nora Arnzeder porte le film sur ses épaules de manière assez admirable mais le récit patine pas mal et on trouve la première heure quelque peu plate, lente et répétitive. Il manque de péripéties et de développements à cette histoire plutôt sommaire et banale de repeuplement de la planète Terre après diverses catastrophes (naturelle, pandémique, ...).
Et c’est vraiment là que le bât blesse dans ce petit film à cheval entre la science-fiction sérieuse et clinique, le survival et le récit d’anticipation post-apocalyptique. On aimerait en savoir plus sur cette tribu qui peuple une partie de la Terre, mais aussi sur la colonie Kepler et le background des personnages. Tim Fehlbaum semble privilégier la forme et délaisser parfois un peu le fond. C’est en partie ce qui empêche cette série B humble et correcte d’être plus qu’une simple série B de série justement. Pas assez d’action, des personnages peu fouillés aux motivations limitées, une conclusion sympathique mais qui manque d’explications et un scénario trop basique et amorphe. Pas déplaisant pour autant, et si ce n’est cette grisaille suintant chaque de grain de la pellicule, ce film ne laissera pas un souvenir impérissable.
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