Qui est le film ?
Avant Nomadland et sa reconnaissance institutionnelle, The Rider s’inscrit dans une veine héritée du cinéma indépendant américain et du documentaire de terrain. Zhao y prolonge un geste déjà amorcé avec Songs My Brothers Taught Me : filmer des corps réels, des existences marginales, enrobé dans les frontières de la fiction. Le film suit Brady, jeune cowboy victime d’un grave accident de rodéo, contraint d’abandonner ce qui structurait toute son identité. La tension tient dans cette contradiction : comment continuer à appartenir à un monde qui l'exclut désormais biologiquement.
Par quels moyens ?
Le point de départ de The Rider est fascinant : un accident réel qui rend le film initialement prévu impossible. Zhao décide de filmer non pas malgré cet empêchement mais à partir de lui. Cette décision donne au film une densité immédiate. Narrativement, The Rider épouse l’immobilité de Brady. Rien n’avance vraiment, les tentatives de retour au rodéo se répètent, avortent, recommencent. Cependant, l'errance circulaire finit par produire moins de tension que prévu et Zhao peine à inventer une alternative dramaturgique réellement stimulante.
La déconstruction du mythe du cowboy est l’un des axes les plus évidents du film. Le rodéo, censé incarner la virilité et la domination de la nature, apparaît comme une liturgie absurde du sacrifice. Les corps projetés dans les airs, disloqués, mutilés, ne produisent plus du spectacle mais de la stupeur. Le western est vidé de son héroïsme. L’Amérique filmée par Zhao est celle des marges, des réserves indiennes, des espaces oubliés. Les paysages portent une mélancolie réelle mais leur traitement reste parfois trop contemplatif.
Brady Jandreau est filmé avec un respect indéniable. Zhao refuse de psychologiser à outrance. Il est un cheval blessé. Son orgueil est instinctif. Il ne sait pas être autre chose que ce qu’il est. Zhao lui laisse une opacité fondamentale. Et l’un des gestes les plus subtils du film le concerne, le déplacement de la notion de don. Brady ne peut plus monter à cheval mais il peut encore transmettre. Son talent se transforme et c'est magnifique.
Quant aux personnages secondaires, Lane est la mort lente, Lily la vie brute. L’un est figé, l’autre déborde. Leur présence encadre Brady et l’oblige à se situer entre ces deux extrêmes. Lily, par son autisme, échappe aux injonctions sociales. Elle incarne une forme de liberté paradoxale. Lane, au contraire, incarne le prix ultime du mythe viril. Ensemble, ils dessinent les limites du monde que Brady habite.
Quelle lecture en tirer ?
The Rider est un film sincère, habité par une vraie attention aux corps et aux lieux. Certaines scènes, notamment celles avec Lane ou Lily, touchent par leur simplicité désarmante. Zhao sait regarder, et cela compte.