La Menagerie de verre
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soniadidierkmurgia

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4,0
Publiée le 19 décembre 2025
“La ménagerie de verre” sorti sur les écrans en septembre 1987 est le cinquième et ultime film réalisé par Paul Newman. Un exercice où l’acteur parvenu à la maturité dévoile la sensibilité qui se cachait derrière ses fameux yeux bleu acier mais aussi sa capacité à diriger les acteurs au premier rang desquels sa chère et tendre Joanne Woodward dont il admirait la plasticité et la véracité de son jeu. « La ménagerie de verre » clôt la période au cours de laquelle l’adaptation des pièces de Tennessee Williams et de ses congénères romanciers du Sud était devenue un passage presque obligé pour tous les fervents partisans de la méthode de l’Actors Studio qu’ils soient acteurs ou réalisateurs.
De 1950 à 1986 elles furent au nombre de 16 avec bizarrement « La ménagerie de verre » pour ouvrir le bal en 1950 (film de Irving Harper avec Kirk Douglas et Jane Wyman) et le clore en 1986. Paul Newman sobre et très respectueux de l’œuvre originale place son film dans les bons crus de la série. Il avait d’ailleurs en qualité d’acteur participé à deux de ces films (« La chatte sur un toit brûlant » en 1950 et « Doux oiseau de jeunesse » en 1962, tous deux réalisés par Richard Brooks). Il œuvre donc en territoire connu pour une sorte d’hommage posthume alors que Tennessee Williams est mort le 25 février 1983.
Amanda Wingfield (Joanne Woodward) veuve entre deux âges vit seule avec son fils Tom (John Malkovich) magasinier dans un entrepôt de chaussures et sa fille Laura (Karen Allen) spoiler: jeune femme souffrant d’un handicap à la hanche générateur d’une timidité maladive qui la coupe de tout contact avec le monde extérieur avec pour seule distraction obsessionnelle une collection de petits animaux en verre qu’elle nomme « La ménagerie de verre », allusion symbolique au titre de la pièce. L’intrigue prenant pour cadre le huis clos de l’appartement où vit la famille Wingfield repliée sur elle-même est narrée selon le point de vue de Tom qui aspire à l’aventure à l’image de son père qui a brutalement quitté femme et enfants pour parcourir le monde sans plus jamais donner de nouvelles.

Amanda, spoiler: issue d’une famille très bourgeoise du Sud vit désormais dans les regrets et les souvenirs, ressassant un passé fantasmé dont elle abreuve ses deux enfants dont peut-être à son corps défendant, elle a placé l’épanouissement personnel sous l’éteignoir. Pour eux, seule alternative : la rébellion ou la soumission. Malgré l’ambiance étouffante qui se dégage du trio, l’amour semble toujours présent, Tom et Laura sentant caché derrière l’autoritarisme parfois un peu niais de leur mère le rêve de leur offrir un avenir radieux
. Un drame sans grande tension comme trop souvent chez Tennessee Williams et qui va prendre une nouvelle tournure quand Tom sur la demande de sa mère marieuse en diable va inviter un de ses camarades de travail (James Naughton) à souper.
Paul Newman formidable directeur d’acteurs sait placer sa caméra au bon endroit pour saisir les regards échangés, les émotions furtives passant sur les visages des trois merveilleux acteurs que sont Joanne Woodward, Karen Allen et John Malkovich. Une réelle réussite pour un Paul Newman sachant avec bonheur se tenir à distance des adaptations souvent outrancières de l’œuvre de Tennessee Williams émanant pourtant de réalisateurs réputés et talentueux comme « Un tramway nommé désir » d’Elia Kazan, « La chatte sur un toit brûlant » de Richard Brooks ou encore « L’homme à la peau de serpent » de Sidney Lumet. Une jolie manière pour le grand acteur dont le regard se porte alors ailleurs de conclure sa courte mais riche carrière de réalisateur. On notera enfin la musique d’Henry Mancini nimbant subtilement l’atmosphère compassée qui envahit l’appartement où Amanda Wingfield fait régner sa douce mais implacable tyrannie.
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