Le travail d'acteurs est assez remarquable, la mise en scène assez inventive et enlevée, pour susciter l'intérêt de tous ceux que pourrait effrayer l'effrayante profusion des événements. Mais si le film a parfois un aspect elliptique, c'est que Pierre Schoeffer réussit la gageure de présenter un récit raconté selon le point de vue des trois protagonistes: le peuple, à travers une famille d'artisans du faubourg Saint-Antoine, le roi, plus discret, et l'assemblée, avec des extraits remarquablement choisis et interprétés de discours de Barnave, Saint-Just, Danton, Robespierre, Marat (frémissant autant qu'effrayant) et aussi, réduits à quelques mots lourds de sens, puisqu'il s'agit voter la mort du roi, de Camille Desmoulins, Philippe Egalité, et de députés anonymes. Bien sûr, le film ouvre beaucoup de questions, et donne une furieuse envie de se plonger dans Furet et Michelet, une des sources de Schoeffer, pour relire l'intégralité de ces discours, et se replonger dans le détail foisonnant de cette période mouvementée et terrible. Le film ravira un public cultivé, et passionnera beaucoup de ceux qui souhaiteraient connaître la Révolution comme on ne peut guère l'apprendre dans un ouvrage général qui devra se cantonner peu ou prou à la vie politique. Elle est ici reconstituée dans toute sa puissance de séduction, et dans quelques-unes de ses horreurs, On attend fortement la suite !