Même si, au minimum depuis les capsules présentant les opinions éclairées de Catherine et Liliane, on sait qu’Alex Lutz est un transformiste de génie, on pouvait craindre, à la lecture de sa note d’intention, que ‘Guy’ soit un simple ego-trip tout entier dévoué à faire applaudir une performance, celle des responsables maquillage, Laetitia Quillery et Grégory Felle, qui vieillissent Alex Lutz d’une trentaine d’années de façon bluffante, et celle de Lutz lui-même, qui offre une synthèse réinventée de toutes les grandes figures de la chanson française des années 60 et 70, jusqu’à composer pour ce Guy Jamet de fiction une poignée de chansons originales qui n’ont rien à envier aux authentiques scies de l’époque. Dès lors, la décision de présenter les performances en question sous la forme d’un faux-documentaire réalisé par un jeune homme qui aurait découvert sur le tard qu’il était le fils de Jamet semblait n’être qu’un emplâtre, une maigre concession à l’originalité pour un projet ayant pour vocation de faire rire aux dépens d’une sorte de rejeton caché de Dave et de Michel Sardou. Sauf que ce n’est pas du tout cette idée là que Alex Lutz avait en tête, bien que le film débute comme une sorte de ‘Spïnal tap’ de la variétoche, avec l’alternance des tournées et des galas et des périodes de repos dans une belle maison de la Garrigue, avec une femme dont on devine qu’il ne l’a pas épousée pour son intelligence (et qu’il trompe sans vergogne en tournée), où ce chanteur finissant, exigeant, grincheux et bougon, un peu vaniteux, soliloque sur tout et sur rien. Pourtant, à mesure que le projet progresse, à mesure que le regard du faux-documenteur sur l’homme et l’artiste évolue, le portrait cesse d’être une accumulation de lieux communs (à la demande expresse de Jamet face caméra, c’est une des bonnes idées de Lutz) pour creuser un peu le sujet en profondeur. Oui, Guy Jamet est ringard mais il le sait. Il a construit sa carrière sur des bluettes sentimentales aux paroles navrantes...mais il n’a pas honte du plaisir qu’elles ont apporté à ses fans, encore moins de ce qu’elles lui ont permis de s’offrir et de ce que les ultimes échos du succès lui permettent encore : à savoir, la possibilité de profiter de tout sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Ce personnage archétypal, qu’on aurait instinctivement catalogué comme beauf est juste quelqu’un de terriblement lucide, sur les femmes, sur le succès, sur les autres et sur lui-même, surtout : c’est ce qui fait l’intelligence et le charme du portrait d’Alex Lutz.